Des salles historiques aux scènes nouvelles, le rock n’a jamais cessé de circuler à Marseille. Entre héritage et renouveau, deux figures incarnent ce fil tendu entre les générations : le chanteur et guitariste David Hofmann, 32 ans, personnalité solaire impliquée dans une multitude de projets, et Kino Frontera, 67 ans, pilier historique de la scène marseillaise. Rencontre croisée, autour d’un rock local vivant, familial, aux multiples métamorphoses. 

Quel est votre lien personnel avec La Plaine et vos débuts dans la musique ? 

Kino : La Plaine fait partie de ma vie depuis toujours. Je suis marseillais de naissance, mes grands-parents tenaient le Bar du Marché à Notre-Dame-du-Mont. J’ai traversé La Plaine tous les jours pendant quinze ans pour aller au lycée Thiers. C’est un quartier que j’ai connu enfant, ado, puis adulte. Je l’ai vu évoluer, se transformer, passer par des hauts et des bas. Aujourd’hui, j’y habite à nouveau. Musicalement, La Plaine a toujours été un point de passage, un lieu de vie. 

David : Moi, j’ai grandi dedans. Mes parents tenaient un café-concert à La Plaine, le Stairway to Heaven. J’ai grandi en voyant des concerts, des musiciens, des gens qui  passaient et j’ai eu la chance de jouer avec. Le vrai déclic, c’est quand Moon Martin m’a fait monter sur scène le jour de mes sept ans. Il m’a fait appuyer sur une pédale de guitare, m’a chanté Happy Birthday en boogie, et j’ai sauté partout sur scène avec ma sœur. Le lendemain, j’ai dit à mon père que je voulais faire de la guitare. C’est comme ça que tout a commencé. 

David à 7 ans, aux côtés de Moon Martin.David à 7 ans, aux côtés de Moon Martin. © DR

Seniors – Marseille

En Provence comme partout ailleurs, les seniors occupent une place centrale dans la vie locale. Sorties culturelles, initiatives solidaires, services du quotidien, associations… la région ne manque pas d’atouts pour accompagner les aînés à chaque étape de leur vie. Dans cette rubrique, vous retrouverez de quoi vous informez sur ces derniers, ainsi qu’une sélection de bons plans et bonnes adresses à (re)découvrir.

As-tu le sentiment, Kino, d’avoir vu plusieurs générations de groupes se succéder à Marseille ? 

Oui, clairement. Il y a eu des périodes très actives et des périodes de creux. Début des années 2000, par exemple, le rock à Marseille était surtout porté par des gens de ma génération. Il n’y avait plus vraiment de jeunes qui prenaient la relève. Ça a recommencé vers 2015, et depuis une dizaine d’années, il y a une vraie explosion. Avant, il y avait des gens qui faisaient de la musique, des groupes de reprises, des gens qui jouaient pour le plaisir. Mais il n’y avait plus beaucoup de groupes qui créaient vraiment. Aujourd’hui, il y a énormément de jeunes groupes qui produisent, qui écrivent, qui montent des projets. 

David, ton parcours est marqué par une multitude de groupes. Comment s’est construite cette trajectoire ? 

Je suis impliqué dans plusieurs groupes en parallèle : Flathead, avec qui j’ai récemment sorti un album sur plusieurs labels dont Dangerous House à Lyon, Offman Band qui prépare un album pour 2026, et Hofmann Family Blues Experience, fondé par mon père et moi il y a vingt ans. Je développe aussi des projets différents comme Amour Toujours, un spectacle mêlant musique expérimentale et danse contemporaine, notamment avec ma sœur Marie-Fleur. Je joue également de la batterie dans différents projets, récents, comme 52 Hertz, Cheap Entertainment, Oai Cheap (avec Gari Greu, le chanteur de Oai Star). Toutes ces collaborations sont un mélange de générations, de styles, et se réalisent assez naturellement.  

Offman Band à la Plaine du Rock en 2025Offman Band à la Plaine du Rock en 2025 Philippe ALBERTINI

Trouvez-vous que la scène rock marseillaise s’est transformée ces dernières années ? 

Kino : Oui, énormément. Pendant longtemps, Marseille avait surtout une image rap, puis une image métal à un moment. Le rock existait, mais sans vrai mouvement visible. Depuis une dizaine d’années, il y a une explosion de groupes, beaucoup de jeunes, beaucoup de diversité. Et surtout, il y a énormément de petites salles… Ce qui est essentiel pour que les groupes locaux puissent jouer et se développer. Marseille est sans doute la ville où il y a le plus de petites salles… 

David : Il y a toujours eu une scène rock à Marseille, parfois très underground. Ce qui a changé, c’est que maintenant les groupes sortent plus, tournent plus, vont jouer ailleurs qu’à Marseille. Il y a aussi des initiatives portées par la Plaine du Rock ou la Plateforme du Rock et les salles, comme l’Intermédiaire, le Lollipop, la Maison Hantée, le Leda Atomica… Mais il manque des nouvelles salles pour élargir encore. 

Le public a-t-il évolué lui aussi ? 

David : Oui, clairement. Il y a dix ans, j’allais à des concerts et je connaissais quasiment tout le monde. Aujourd’hui, je vois beaucoup de nouvelles têtes, plus jeunes, mais aussi des gens très différents. À la Plateforme du Rock, par exemple, j’ai vu plein de gens que je ne connaissais pas. C’est une évolution super positive. Il y a un vrai mélange de générations, autant dans le public que sur scène. 

Kino : C’est très bienveillant. Il n’y a pas de barrières entre les âges. Personne ne juge quelqu’un parce qu’il est plus jeune ou plus vieux. On juge sur ce qu’il fait. Et ça crée un vrai esprit de famille. Même si on n’aime pas forcément tout musicalement, il y a une honnêteté, une simplicité qui fait que ça passe. Et quand toutes les générations sont réunies dans la salle, c’est que quelque chose fonctionne. 

Les actus de David Hoffman et Kino Frontera

David Hofmann prépare actuellement l’album d’Offman Band. Les enregistrements ont débuté au Nini Studio à Bruxelles avec sa sœur Marie-Fleur, à la basse, et se poursuivront à Marseille avec Sasha Vaughan et Marine Sahakian, les deux autres membres du groupe. Des sessions sont également prévues à Paris, au Studio noir, pour les claviers. Le projet repose sur le travail dans plusieurs studios (Pur Sound, Local 54) et de nombreuses collaborations (Rudy Romeur), afin de mélanger les lieux, les personnes et les énergies. 

De son côté, l’actualité de Kino Frontera s’articule autour d’un projet acoustique. Après la sortie de l’album “Twice Upon a Time”, une release party a eu lieu au Molotov, suivie de showcases à Lollipop, un lieu avec lequel il entretient une longue histoire. Souhaitant proposer autre chose qu’une simple reprise du projet initial, une version acoustique a été imaginée avec David et Michel Basly des Cowboys from Outerspace. Le public a largement adhéré à cette formule, et quatre morceaux ont été enregistrés puis récemment publiés en CD sur Closer Records, un label historique. 

Nos derniers articles publiés