« Acheter européen » : l’idée est révolutionnaire pour l’Union européenne, biberonnée depuis des décennies au libre-échange. Elle inspire les dernières propositions de la Commission visant à protéger l’industrie du continent des ravages de la concurrence déloyale chinoise. Le principe consiste à réserver l’argent public, qu’il soit distribué sous forme de subventions, d’aides d’Etat ou de marchés publics, aux produits fabriqués en Europe. Le projet est séduisant mais périlleux. Car plus les règles seront contraignantes, plus elles désavantageront l’économie et donc les consommateurs.
Primo, attention au risque de se tirer une balle dans le pied. Le commerce international est l’un des rares domaines où l’Union est une puissance qui compte dans le monde. Elle enregistre chaque année un excédent commercial, qui peut atteindre des montants colossaux : 150 milliards d’euros en 2024, dernière année connue. Le libre-échange enrichit les Européens. S’engager dans la voie protectionniste favorisée aujourd’hui par les Etats-Unis et la Chine, c’est risquer de tuer la poule aux œufs d’or.
Secundo, l’excès de bureaucratie nous guette, une fois de plus. Alors que la Commission d’Ursula von der Leyen n’avait ces derniers mois que le mot « simplification » à la bouche, la voilà qui met sur la table, sous l’impulsion du commissaire français, Stéphane Séjourné, un projet d’une complexité folle. Dans un monde où les chaînes de valeur sont mondiales, il va falloir définir, pour chaque produit, à partir de quel seuil celui-ci sera estampillé « made in Europe ». Sont concernés dans un premier temps les automobiles, les produits à forte teneur en énergie (acier, aluminium et ciment bas-carbone, notamment) et les technologies propres (batteries électriques, nucléaire, pompes à chaleur, éoliennes, etc.). Ainsi, l’acheteur d’une automobile électrique ne pourra recevoir une subvention des pouvoirs publics que si la voiture de son choix comporte au moins 70 % de pièces européennes, hors batterie. Voilà de quoi occuper longtemps un nombre considérable de fonctionnaires.
.