Les élections municipales, c’est dans moins d’une semaine (1er tour ce 15 mars). Après avoir suivi les négociations entre partis et les déclarations de candidature à Saint-Etienne et Saint-Chamond, notre rédaction se penche aussi sur les forces en présence dans plusieurs communes du sud Loire, sélectionnées à partir d’un seuil de leur nombre d’habitants. Nous revenons enfin, en détails, sur les différentes listes stéphanoises et couramiaudes.

Les parutions suivent la logique chronologique des entretiens obtenus avec les têtes de liste, les candidatures ayant été sollicitées en même temps. 2e volet couramiaud donc consacré à la liste Lutte Ouvrière (LO), menée par l’inoxydable André Moulin, présent pour la 5e fois consécutive au nom du « camp des travailleurs ».

André Moulin, 77 ans, ne renonce pas : 5e candidature consécutive aux Municipales de Saint-Chamond. ©If Saint-Etienne / XA

LO a déjà goûté au pouvoir. De 2008 à 2014 dans quelques municipalités françaises dont… Saint-Chamond. Stratégie d’alliance avec des listes de gauche, depuis jetée aux orties, sous le couvert de la « déception » du Hollandisme et cie toujours et encore. André Moulin était donc avec quelques camarades de la liste gagnante menée par le socialiste Philippe Kizirian. Il y a 18 ans. Déjà. Et dans la foulée de la victoire, nommé adjoint en charge de l’eau, de l’assainissement et des barrages. « Ça s’est plutôt bien passé et nous avions de bons rapports tous ensemble, des combats communs. Bon… pour ce qui était de créer une régie publique de l’eau, un peu moins !, sourit l’ex adjoint. Il n’y a pas eu une folle volonté. C’est regrettable mais ce n’est plus d’actualité maintenant (du moins, cela se joue-t-il à échelle métropolitaine désormais, Ndlr). »

D’actualité, sa « lutte », en revanche, l’est toujours. A l’instar de Romain Brossard à Saint-Etienne, André Moulin est LA figure du parti révolutionnaire trotskyste à Saint-Chamond et plus largement dans le Gier, assurément. Fils d’un père mineur et d’une mère travailleuse à domicile pour des entreprises de textile, il a travaillé plus de 40 ans dans la métallurgie sur le site qu’est devenu Novaciéries. Embauché aux Aciéries de la Marine en 1967, il a fini à Siemens en passant par Creusot Loire. « J’y ai vécu 8 plans de restructurations… et de licenciements. On était 3 500 quand je suis arrivé », lance-t-il autour d’un café dans une petite partie devenue brasserie, à quelques mètres à peine de son ancien poste de travail quotidien. Déçu par la gauche et les syndicats en mai 68, il est devenu militant de Lutte Ouvrière dans les années 70. Avant de s’ajouter le rôle de candidat : 5,64 % réalisés aux Municipales 2001 (706 voix exprimée), époque apogée, portée par Arlette Laguiller, puis 1,75 % en 2014 lors du retour solo de LO et, enfin, 1,76 % en 2020

« Rien n’a changé, voire cela a empiré »

Pas de quoi dégonfler la motivation d’un éternel révolté vis-à-vis non pas des « dérives » du « capitalisme » mais, croit-il, de « l’oppression » tous azimuts qu’il porte par nature : « Ça fait 50 ans que je milite et rien n’a changé, voire cela a empiré ». Révolte qui ne semble pas avoir de mal à en agréger d’autres, une fois de plus, pour ce qui est de dresser une liste. « Bon, pour la prochaine, ce sera sans doute sans moi… pour ce qui est d’en avoir la tête au moins », sourit encore, lucide sur les ans, ce septuagénaire bien avancé, « secondé » sur la liste par Laurence Di Gusto, 60 ans, travailleuse à domicile. « Les trois quarts ne sont ni de LO, ni sympathisant permanents. Il y a des gens-là depuis 2001, d’autres venus au fur et à mesure : effectivement, on n’a aucun mal à mobiliser parce que nous, nous sommes auprès des gens tout le temps, toute l’année, sur les marchés, les manifs, sur un dossier etc. Pas que lors des élections ! On se soucie du sort des gens, on lutte. Comme je connais la gestion publique, je peux vous dire qu’il y en a des gens qui viennent me voir pour leurs problèmes. On fait ce que l’on peut. Ce ne sont pas les sujets qui manquent. »

Notre liste ne présente pas un catalogue de promesses électorales vite oubliées après les élections.

Cette liste de 41 noms, elle ne comporte « ni notable, ni politicien professionnel, ni patron, ni directeur… Mais au contraire des travailleurs, des chômeurs, des retraités qui subissent la dégradation de leurs conditions d’existence mais qui veulent relever la tête », clame un texte « localisé » de LO. Nos candidats ne vivent pas dans les quartiers résidentiels de Saint-Chamond mais principalement dans les HLM. Ils connaissent les difficultés de payer les loyers et les charges. Notre liste ne présente pas un catalogue de promesses électorales vite oubliées après les élections. » Pas plus qu’un programme de gestion pour mener les politiques municipales à venir, d’où la forme particulière de cet article vis-à-vis des autres. « Simplement », un discours révolutionnaire communiste appelant à renverser ce qui est considéré comme l’ordre établi. Encore et toujours, sans préciser de quelle manière avec qui, comment et quelles « cibles » exactement. Pas plus de comment ça se passe « ensuite »…

Voter n’est « pas gaspillé »

Reste, insiste André Moulin, qu’un bulletin de vote qui permettrait à LO d’exister dans une opposition à l’assemblée « ne serait pas gaspillé » (il faudrait une présence au 2e tour donc atteindre les 10 % au 1er pour cela, sinon 5 % pour une, a priori très improbable, fusion avec la liste des réformistes de gauche), assure-t-il puisqu’attentive à défendre bec et ongles les intérêts des plus faibles au cœur du pouvoir municipal. « La montée de l’abstention montre le désespoir de gens et ce n’est pas pour rien qu’aucun effort n’est réellement fait contre, estime André Moulin. Dans notre ville, comme dans la plupart des autres, c’est comme dans les entreprises : les premiers concernés n’ont pas leur mot à dire, les gens qui n’ont pas la nationalité même pas le droit de se présenter, de voter même s’ils paient leurs cotisations. Face à l’avidité des patrons, il n’y a plus de Français ou des étrangers mais des travailleurs qui subissent. »

Dans notre ville, comme dans la plupart des autres, c’est comme dans les entreprises : les premiers concernés n’ont pas leur mot à dire.

Les candidats Lutte Ouvrière ont « tout de même beaucoup de chose à dire, à proposer », argue-t-il encore. Mais « il faut revendiquer pour améliorer notre vie même si nous connaissons les limites d’une gestion municipale dans une commune comme Saint Chamond dont un quart des habitants sont sous le seuil de pauvreté dans un département pauvre », clame encore LO Saint-Chamond. Certes, LO n’a pas de programme de gestion locale à présenter, assume André Moulin, mais cela ne l’empêche pas d’être connectée aux manquements des politiques publiques. Il le martèle et pointe les sujets sans mal. En vrac : « l’eau pourrait être en régie intercommunale, cela s’est fait ailleurs, ce se serait plus juste puisqu’aucun actionnaire ne serait à rémunérer » ; « les transports en commun sont défaillants : la Stas en vacances scolaires… Ou même lorsqu’il s’agit aussi de relier la ville centre aux vallées de l’Ondaine, du Gier, les quartiers aux centre villes en général ».

Du 100 % local dans la lutte

Il lui semble, par-dessus tout qu’actuellement, « la principale préoccupation soit dans les loyers et les charges explosives que connaît l’habitat social, occupant plus d’un tiers des revenus de tant et tant de gens : une majorité municipale comme celle de Saint-Chamond est présente dans les CA (conseils d’administration) des OPH, peut et doit agir. Surtout que la représentation des locataires a été incroyablement diluée au fur et à mesure des années dans les instances décisionnaires. » « Plutôt contre » l’extension de Stelytec, André Moulin s’indigne encore du laissez-faire sur Fonsala, abandonné des services, des banques, du non-respect des retours issus de la consultation de la population pour la requalification du mini quartier de Lavieu où la destruction de Soldarak / Tout-à-10-Francs / Point S (choisissez votre génération) fera finalement place à une reconstruction, énième polémique de gestion publique.

100 % local encore : le combat lancé par André Moulin et d’autres « ex » de Creusot Loire contre le projet du SCABB au Bujarret : « Ce n’est pas plié ! Il faut lutter, là aussi pour faire respecter le droit, cette clause garantissant la dimension sociale des lieux. Nous serons sur ce combat en premier, en avant, comme nous l’avions été pour la maternité. D’autres suivront sans doute derrière… Avec la maternité de Saint-Chamond, là aussi, on nous avait dit que ça ne servait à rien, que c’était une fatalité : on a gagné, après avoir poussé les politiques à faire le job ! » La fin de l’alerte rouge, chez André Moulin, ce n’est décidément pas pour le lendemain.