Si le réservoir s’est épaissi dans le secteur de la deuxième ligne, entraînant une concurrence nouvelle, les joueurs de la cage sont devenus la variable d’ajustement du pack tricolore. Ce qui a ses atouts, et ses limites.

C’est une interrogation depuis le début du Tournoi, sûrement précipitée par le choix de Thibaud Flament d’accompagner son épouse dans son parcours PMA (Procréation Médicalement Assistée) et donc de manquer la réception initiale de l’Irlande, conduisant à la titularisation de Charles Ollivon. Quel deuxième ligne pour le XV de France ? Il faut dire que l’ex-capitaine des Bleus, dont le replacement dans la cage est globalement un succès, a brillé en entame de la compétition. Comme Mickaël Guillard, alors préféré à Emmanuel Meafou pour porter le numéro 5. Le staff tricolore y a vu un gain évident : outre une profondeur nouvelle dans un secteur longtemps ciblé pour son manque de recours, cela a apporté une concurrence sur laquelle Fabien Galthié et ses adjoints comptaient s’appuyer. Logique. Mais le piège n’est-il pas en passe de se refermer sur eux ? Un exemple : alors que Guillard fut élu du match contre l’Irlande, puis a confirmé à Cardiff, il s’est retrouvé remplaçant face à l’Italie. De quoi surprendre. Mais la prestation de Meafou avait donné raison au sélectionneur, le géant toulousain ayant à son tour été élu homme du match. Ce qui ne l’a pas empêché de retourner sur le banc en Écosse. « Sur la deuxième ligne, on est très satisfait de la performance de Thibaud Flament et d’Emmanuel Meafou face à l’Italie, aussi de celles de Charles Ollivon et Mickaël Guillard sur les deux premiers matchs, justifiait Galthié jeudi dernier. Ce sont des choix de performance, de compétition et d’émulation en interne. » Aussi, et peut-être surtout, d’adaptation.

Des doublettes immuables ?

La composition de la deuxième ligne semble la variable d’ajustement du huit de devant par rapport au profil de l’adversaire. À Cardiff, l’encadrement s’attendait à un gros volume de course et a opté pour la paire Ollivon-Guillard, jugée plus mobile. Contre l’Italie, il savait que son pack serait défié sur le combat ou la mêlée, et a privilégié la puissance avec l’attelage Flament-Meafou. Serait-ce réducteur ? Sûrement… Mais il faut bien remarquer qu’à Édimbourg, Galthié a de nouveau changé son fusil d’épaule, pour répondre à la fameuse « intensité courue » des Écossais. Choix perdant, manifestement. Cela arrive mais le problème est, ici, multiple. D’abord, parce que le réflexe de la doublette immuable (Ollivon-Guillard ou Flament-Meafou) peut devenir un frein à la progression. Ensuite, parce que cela renvoie l’image d’une équipe habitée par sa volonté de s’adapter plutôt que d’imposer ses points forts. Enfin, parce que cela a fini par fragiliser le statut d’un Flament, installé depuis près de quatre ans et reconnu comme le deuxième ligne moderne par excellence. Mais, au moins, ce n’est pas la matière qui fait défaut.