Les Bleus se sont fait rudoyer à Murrayfield mais près de 500 Français n’ont pas pu le voir, bloqués aux portes de l’enceinte mythique à l’heure de la cornemuse et du « Flower of Scotland ». « C’est trop dur, témoigne Adeline, à Bayonne. J’avais acheté trois places pour les 40 ans de mon frère. Il est allé en Écosse avec mon conjoint et mon filleul. J’ai tout réservé, avion, Airbnb, et ils n’ont pas pu rentrer. » Les trois places au stade lui ont coûté 1 700 euros, l’ensemble du week-end, 4 000.

Adeline avait acheté ses billets en septembre mais ne voyait toujours rien venir. Elle ne s’inquiétait pas outre mesure, comme tous les clients du site dont certains ont eu la chance d’être servis. Les billets de ces matches très demandés sont en effet édités le plus tard possible pour éviter le marché noir. « Le vendredi, Viagogo m’envoie une confirmation que la commande est bien traitée. Puis je reçois un mail de l’adresse rugbydelivery26@gmail.com qui indique que les places seront livrées samedi à 11 h 10. » Les spectateurs qui ont pu assister au match ont aussi reçu cet échéancier mais de la part de la plateforme uniquement, sans autre contact.

Temps d’attente crescendo

11 h 10 pour un match à 14 h 10 heure locale, c’est serré. Surtout quand on part de Pau, Biarritz ou Bordeaux. Alors on espère une bonne nouvelle dans la soirée de vendredi. Après une soirée dans les pubs de la capitale écossaise, les proches d’Adeline s’avancent le samedi matin vers Murrayfield à l’Ouest du centre-ville, toujours sans leur sésame. « La pression a commencé à monter au réveil en voyant qu’il n’y avait toujours pas de place. J’ai passé la matinée à appeler la plateforme. Ils m’ont dit, comme depuis le début, qu’ils s’engageaient à retrouver des tickets équivalents mais là, 0 place. C’était mort. »

Signe qu’Adeline n’était pas toute seule, le temps d’attente avant d’être mis en relation avec un conseiller Viagogo a augmenté au fil de la semaine. D’une minute le lundi à quatorze minutes le vendredi et plus encore le samedi. En fin de matinée, des dizaines de Français se trouvent bloqués à l’entrée de Murrayfield et tentent de joindre le service client.

« Finalement une personne est entrée en communication avec une opératrice », explique Jean-Rémy, un Perpignanais qui avait acheté trois places pour 1 800 euros, un week-end grandiose offert à ses parents. Pour beaucoup, ce week-end coûteux était un voyage à marquer d’une pierre blanche. « La communication était exécrable, souligne celui qui vit une partie de l’année au Canada. L’opératrice parlait avec un très fort accent indien. Je parle bien anglais, je ne la comprenais pas. Une manager du stade non plus. »

Dans les pubs, de guerre lasse

Les naufragés se sont rassemblés et ont échangé leurs numéros pour envisager la suite. Beaucoup ont regagné les pubs les plus proches, abattus. Jean-Rémy était au Roseburn, à dix minutes à pied. « Il y avait beaucoup de Français, je ne sais pas s’ils avaient tous acheté leur billet sur Viagogo mais ça me paraît curieux de payer un week-end à Edimbourg juste pour aller voir le match au pub à 500 mètres du stade. » Depuis, la colère s’est organisée. Un groupe Whatsapp rassemble aujourd’hui 270 personnes. Un formulaire de recensement a été lancé pour structurer les plaintes : il recense aujourd’hui 485 billets jamais livrés pour environ 250 000 euros.

« Certaines personnes commencent à recevoir des propositions de remboursement, mais la situation reste très variable selon les dossiers, indiquaient mardi soir les administrateurs du groupe Whatsapp. L’objectif des victimes est de faire toute la transparence sur les pratiques et obtenir réparation pour l’ensemble des préjudices subis. » Un avocat spécialisé en droit du commerce doit recevoir des victimes vendredi. Le groupe a pris attache avec le service juriduqe de la fédération française de rugby, qui a publié un communiqué pour soutenir les victimes de la potentielle escroquerie. « Les gens étaient tous très déçus mais ont fait preuve d’un grand sang-froid, ajoute le supporter perpignanais. C’est le sport qui crée ça, le rugby. Je veux retenir le positif et cette belle mentalité. »