Par

Jade David

Publié le

10 mars 2026 à 18h21

Depuis huit décennies, Midica trône en plein hypercentre de Toulouse. Initialement appelé Midi-Caoutchouc et situé place de la Trinité, le magasin s’est très vite renommé Midica et a migré place Esquirol d’où il n’a pas bougé depuis. Cette grande enseigne familiale, aujourd’hui dirigée par Olivier (48 ans) et Sophie Garrigou (53 ans), a traversé les modes, les crises et les révolutions du commerce de détail sans jamais quitter le centre de la Ville rose. Les gérants révèlent à Actu Toulouse les secrets de leur succès.

Un chiffre d’affaires alléchant

En 2025, l’enseigne affiche 12 millions d’euros de chiffre d’affaires. Sans compter les quelque 825 000 euros générés par son restaurant, GigiLand, ouvert au dernier étage.

Une santé surprenante pour un commerce de centre-ville, à l’heure où les grandes surfaces et le e-commerce prennent de plus en plus de place.

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Un magasin qui a su faire le tri

« À ses débuts, Midica, c’était un vrai bazar, au sens propre du terme. Il y avait 80 000 références dans le magasin », se souvient Sophie Garrigou, directrice générale du groupe Gefiroga. Aujourd’hui, ce chiffre a été ramené à 40 000. Un choix volontaire : repenser chaque produit selon les besoins réels des clients, plutôt que de tout proposer à tout le monde.

« Choisir c’est renoncer, on a fait le choix de ne pas faire d’e-commerce, Midica c’est un magasin en hypercentre, totalement physique », explique Sophie Garrigou. Un pari audacieux à l’ère du tout numérique, qui semble pourtant payer : la fréquentation a progressé de 5 % en 2025, portant le nombre de visiteurs annuels à près de 970 000.

Sur les 5 000 m² de surface de vente répartis sur cinq étages, les rayons les plus performants sont le bricolage (33 % du chiffre d’affaires), suivi de l’art de table et de la cuisine (25 %), puis du linge de maison. « Pour ce qui marche le mieux dans les rayons, il faut regarder le sens des étages, et ça le suit », résume Benoît Barron, directeur général du Retail.

De gauche à droite : Benoit Barron (Directeur général du Retail), Clarisse Berthet (Directrice du magasin Midica), Sophie Garrigou (Directrice générale du groupe Gefiroga), Olivier Garrigou (Président du groupe Gefiroga) et Rosine Pelletier-Chabot (Co-créatrice de Gigiland).
De gauche à droite : Benoit Barron (Directeur général du Retail), Clarisse Berthet (Directrice du magasin Midica), Sophie Garrigou (Directrice générale du groupe Gefiroga), Olivier Garrigou (Président du groupe Gefiroga) et Rosine Pelletier-Chabot (Co-créatrice de Gigiland). (©Jade David/Actu Toulouse)

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Des clients fidèles et de nouvelles têtes à conquérir

« Je connais ce magasin depuis les années 50, j’avais ma grand-mère qui habitait dans le quartier des Carmes donc je venais souvent. » Cette cliente régulière, rencontrée à l’entrée du magasin, incarne à elle seule la force de Midica : une fidélité transgénérationnelle, héritée presque comme un patrimoine familial.

« Aujourd’hui ça fait 36 ans que j’habite à Toulouse et que je viens à Midica », ajoute-t-elle. Pour elle, l’attrait est simple : « C’est facile d’accès, il y a le métro, il y a beaucoup de choix et contrairement à ce que peuvent croire beaucoup de monde, on peut trouver plein d’articles à des prix raisonnables. »

Un besoin de se renouveller

Mais Midica ne veut pas se reposer sur cette clientèle historique. « On avait perdu les jeunes dans la clientèle, alors on s’adapte à la mode », reconnaît Olivier Garrigou. Résultat : sur les 40 000 références du magasin, plusieurs milliers changent chaque mois, au rythme des tendances des envies de la clientèle.

La stratégie commerciale se ressent dans les chiffres. Le prix moyen du panier a baissé, mais le nombre de clients – et d’articles achetés – a augmenté. « C’est grâce aux achats compulsifs », décrypte Benoît Barron. Des petites bougies à 2,89 € disposées à chaque étage, des objets plaisir accessibles : autant de petits achat qui, mis bout à bout, font le chiffre d’affaires. Le tout affiche une croissance régulière : +2,5 % en 2024, +2 % en 2025.

Une offre premium assumée (mais pas toujours française)

Si Midica joue sur les achats impulsifs, le magasin monte également en gamme sur d’autres segments. « On est une référence sur la qualité de l’offre culinaire. Ça nous permet de maintenir des marques de très grande qualité et en plus françaises, comme Crystel. On arrive à avoir des gammes que très peu de gens ont et qui pèsent chez nos fournisseurs », souligne Olivier Garrigou.

Mais ils ne peuvent pas se permettre de vendre que des produits hauts de gamme. « Les produits que nos clients les plus proches recherchent et qui rentrent dans leur budget ne sont pas français », admet le président de Gefiroga, le groupe familiale né de Midica.

Ce double positionnement, accessible pour tous et pointu pour les connaisseurs, est l’un des secrets de longévité de l’enseigne. En bref, le plus gros risque, c’est que le chiffre d’affaires se maintienne uniquement parce qu’un petit nombre de clients achète beaucoup, explique Olivier Garrigou.

GigiLand : « la cerise sur le gâteau »

Il y a quelques années, l’idée aurait semblé saugrenue : ouvrir un restaurant au dernier étage d’un magasin de bazar. « Quand on a décidé de le faire, notre père nous a dit qu’on était fou », se rappelle Olivier Garrigou avec amusement. Aujourd’hui, GigiLand génère plus de 825 000 euros de chiffre d’affaires annuel et accueille jusqu’à 200 couverts par jour.

Le restaurant a été co-créé par Rosine Pelletier-Chabot (restauratrice), Florence De Le Rue (diététicienne diplômée d’État) et Emma Tissier (illustratrice toulousaine). L’ambition : « partager une vision bienveillante et accessible du bien-manger », avec des produits locaux et de saison, des menus allégés en sel, élaborés avec l’appui d’une nutritionniste. GigiLand partage même ses recettes pour donner envie de cuisiner à ses clients.

La carte change au fil des saisons – une nouvelle arrivera au printemps – et le lieu se transforme régulièrement : marchés de créateurs, venue de producteurs locaux pour faire déguster leurs produits, et des ateliers créatifs pour enfants en juin. « Ce restaurant, c’est la cerise sur le gâteau de Midica », résume joliment Rosine Pelletier-Chabot.

Une équipe soudée derrière le comptoir

Derrière les rayons et les caisses, Midica, c’est aussi 83 salariés. Clarisse Berthet, directrice du magasin, incarne une philosophie de management simple : « Un client est satisfait si les collaborateurs sont satisfaits. »

L’ancienneté de certains employés en dit long sur l’ambiance interne : sept collaborateurs ont déjà passé plus de 25 ans dans l’enseigne. À leurs côtés, huit étudiants en temps partiel et onze alternants apportent une énergie nouvelle.

Une année de fête, de mars à décembre

Pour célébrer ses 80 ans, Midica a concocté un programme ambitieux sur toute l’année 2025, sous le nouveau slogan « La maison des Toulousains ». L’idée directrice : voyager dans le temps, en rendant hommage à chaque décennie qui a façonné l’identité du magasin.

Dès le 9 mars, place aux années 50. Ensuite, le 4 mai, cap sur les années 70. À l’automne, ce seront les années 90 qui seront à l’honneur, avant un retour aux années 2010 dès le 9 novembre. À chaque période, 80 produits « pépites » inspirés de l’esthétique de l’époque seront mis en avant : au total, 320 objets emblématiques sélectionnés dans les différents univers du magasin, à « prix anniversaire ».

Une campagne de communication, réalisée avec l’école de publicité ESP, accompagnera toutes ces animations. Cet anniversaire est certes une célébration de l’entreprise, mais pour Olivier Garrigou, « c’est surtout un prétexte pour fêter le lien à Toulouse et à nos clients. »

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