« Voir le monde tel qu’il est ne diminue en rien notre détermination à nous battre pour le monde que nous souhaitons voir advenir », a-t-elle assuré aux députés européens, mercredi. Notre attachement inébranlable à la paix et au respect des principes de la Charte des Nations unies et du droit international est tout aussi essentiel aujourd’hui qu’il l’était lors de notre création. Nous défendrons toujours ces principes ».

Des propos « inadéquats »

Ses propos de lundi ont donné le sentiment que la présidente de la Commission approuve sans réserve l’opération militaire menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran, lancée en dehors du cadre du droit international. Ils avaient fait mardi l’objet d’un désaveu feutré de la n°2 de la Commission, l’Espagnole Teresa Ribera. « Ce n’était peut-être pas la manière la plus adéquate de parler », a déclaré cette proche du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, très critique de l’intervention israélo-américaine.

Pourquoi le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez se pose en défenseur du droit international face à Donald Trump

Invité à son tour à prononcer un discours devant les ambassadeurs de l’Union, le président du Conseil européen, Antonio Costa, avait lui aussi dressé, le même jour, une critique à peine voilée à la présidente de la Commission. « Il est dans notre intérêt de veiller à ce que le monde reste fondé sur des règles et sur la coopération », a défendu le Portugais. Et de rappeler que les États-Unis de l’ère Trump font partie de ceux « qui bouleversent l’ordre international fondé sur des règles ». Un fait qu’Ursula von der Leyen continue d’éluder.

Face au Parlement, la présidente de la Commission a encore souligné la brutalité du pouvoir iranien, les violences auxquelles il soumet sa propre population et rappelé le facteur de désordre qu’il est pour le Moyen-Orient, et au-delà. « Aucune larme ne devrait être versée pour un tel régime », défend-elle. Mais pas plus ce mercredi que depuis le début du conflit, elle n’a émis de réserves sur l’initiative prise par Israël et les États-Unis d’attaquer l’Iran, dont l’UE doit aujourd’hui gérer les conséquences financières, énergétiques, sécuritaires…

« Qui viole cet ordre mondial ? »

Membre du Parti populaire européen (PPE), l’eurodéputé Jeroen Lenaerts a évité de s’en prendre à Ursula von der Leyen, membre de sa famille politique. Le conservateur néerlandais a toutefois exprimé sa crainte qu' » une intervention militaire sans objectif ou stratégie de sortie » ne finisse pas embraser la région et a appelé « toutes les parties à respecter pleinement le droit international ».

Cheffe du groupe des socialistes et démocrates (S & D), l’Espagnole Iratxe Garcia-Perez a, elle, déploré les silences d’UvdL. « Qui permet que l’on viole cet ordre mondial ? Lorsque l’Europe répond avec complaisance et apaisement, elle ne fait qu’ouvrir la porte à des autocrates comme [le président américain] Trump et [le Premier ministre israélien] Netanyahou qui peuvent le violer sans conséquence. Votre responsabilité n’est pas de déclarer que l’ordre mondial est obsolète, mais de le défendre », a grondé Iratxe Garcia-Perez.

Mis devant le fait accompli par Washington et Tel Aviv, les Européens doivent anticiper les conséquences du conflit en Iran

« Quel est notre intérêt, à nous Européens ? La loi du plus fort ou des règles communément établies […] ? », a interrogé la Française Valérie Hayer, présidente du groupe central Renew, réclament que l’UE soit « intraitable et sans ambiguïté sur la défense du droit international ».

« Il faut que nous sachions où nous en sommes dans ce monde. Nous ne sommes pas alignés sur les intérêts de Washington, mais sur ceux des citoyens européens », a enchaîné la régionaliste espagnole Diana Riba I Giner (groupe des Verts). « Qui pense sérieusement que l’on ramène la démocratie avec des bombes ? », a grondé la Française Manon Aubry, coprésidente du groupe de La Gauche.

« Quel est votre mandat ? »

De nombreuses interventions provenant de la gauche et du centre de l’hémicycle allaient dans le même sens. La Française Nathalie Loiseau (Renew) a, de son côté, pressé Ursula von der Leyen d’expliquer de quel mandat elle disposait pour « s’exprimer contre le maintien le droit international basé sur les règles » et « parler de politique étrangère ».

L’Allemande, à ce moment-là, avait déjà quitté l’hémicycle. Mais cette critique fait écho au mécontentement de diplomates d’États membres, agacés de voir la présidente de la Commission s’avancer sur le terrain de la politique étrangère « pure » – notamment quand elle appelle les leaders de pays du Golfe – alors que c’est un domaine que les traités réservent à la Haute représentante Kaja Kallas et au président du Conseil européen.