C’est un document interne qui fait tache, à la SNCF, deux jours après le 8-Mars, journée mondiale de lutte pour les droits des femmes. Un « guide élégance TGV Inoui, édition février 2026 » donne des conseils aux salariés de SNCF Voyageurs, pour contribuer à une « élégance à la française ». Il a fuité mercredi 11 mars.

Ce guide de « bonnes pratiques » crée la polémique parce qu’il invite les salariés de l’opérateur ferroviaire à suivre des « conseils vestimentaires », à partir de plusieurs « archétypes morphologiques », pour « équilibrer », « corriger » ou « affiner » la silhouette.

Le document de 40 pages, consulté par « La Provence », présente par exemple des femmes en « morphologie O », dont « la taille n’est pas ou peu marquée, les épaules arrondies ». Il leur conseille d’éviter les « vêtements trop moulants ou trop amples ».

« Les fesses ne doivent pas être moulées »

Plusieurs morphologies sont listées pour les hommes, le guide recommandant à ceux ayant une « morphologie en O » d’éviter un « pantalon taille basse » ou des « matières moulantes ».

Des conseils portent par ailleurs sur la taille de la barbe, le maquillage, l’ajustement des tenues. « Soyez toujours impeccable avec une coiffure et un rasage entretenus », peut-on lire entre autres injonctions comme « ne portez pas plus de 3 accessoires », « évitez les fards noirs qui durcissent le regard », ou même « les fesses ne doivent pas être moulées » dans les vêtements.

Le guide a fait bondir Alain Krakovitch, directeur de TGV Intercités. Il a affirmé sur X qu’il n’avait « aucune raison d’être », a déclaré avoir « immédiatement demandé sa dépublication ».

« Ce ne sont ni nos valeurs ni nos méthodes vis-à-vis de nos agents », a-t-il poursuivi. Chez SNCF Voyageurs, on décrit un document « diffusé sans validation », ayant été « immédiatement retiré d’un Sharepoint (outil de partage de fichiers, NDLR) sur lequel il était hébergé ».

« On se croirait revenu dans les années 1960 »

Reste que ce guide est vivement décrié par les syndicats. La CFDT Cheminots a adressé un courrier à M. Krakovitch, décrivant un document « infantilisant et discriminatoire », appelant à son retrait.

Sud-Rail a fait de même, écrivant au dirigeant que « nulle part il n’est stipulé que les cheminots et cheminotes auraient l’obligation d’adapter leur corps, leur silhouette ou leur apparence aux exigences esthétiques de l’entreprise ».

Le syndicat a dénoncé une « dérive grave », un discours « sexiste et grossophobe » qui « laisse entendre que certains corps seraient moins acceptables que d’autres ». Avant d’ajouter qu’à « la lecture de ces pages, on se croirait revenu dans les années 1960 ».

Selon SNCF Voyageurs, une « enquête interne » a été ouverte après le retrait du document. Elle devra notamment déterminer « comment ce document a été rédigé et publié ».