Par
Adrien Filoche
Publié le
12 mars 2026 à 8h08
« On a tendance à banaliser les violences alors qu’il ne faut pas ». Joséphine Feurtet est urgentiste au CHU de Rouen depuis novembre 2021. Au cours de son internat et de sa prise de poste, cette médecin de 32 ans a été confrontée à de nombreux épisodes de violences, qu’ils soient verbaux ou physiques. « On en vit tellement souvent qu’on ne les compte pas. Il y a toujours un patient blessant, désobligeant, parfois agressif. Il faut faire avec, mais ne pas les excuser », insiste-t-elle. Aux côtés de plusieurs intervenants, la soignante forme depuis plusieurs années les personnels des urgences à faire à ces épisodes : « Il y a des choses à avoir en tête, des réflexes. Il faut être préparé ».
« Il ne faut pas banaliser les violences »
Le profil type du patient violent, « c’est celui alcoolisé ou intoxiqué ou bien avec une pathologie psychiatrique », explique-t-elle. Aux urgences, ces passages sont relativement communs, « il faut toujours être sur ses gardes avec ce genre de profils. Cela peut vite déraper et on peut anticiper ».
Si on lève la main sur nous, ce n’est pas une situation normale, peu importe le contexte. Il ne faut pas banaliser les violences.
Joséphine Feurtet
urgentiste au CHU de Rouen et formatrice aux violences
Et puis, il y a les situations imprévisibles. Joséphine se souvient en particulier d’un épisode lors duquel elle aurait pu être blessée physiquement. « C’était une patiente de 20 ans atteinte de troubles schizophréniques. Elle faisait deux mètres de haut et autant de large », se remémore la médecin. Et d’ajouter : « Je suis arrivée et elle voulait que j’aille la voir ».
Mais avant même que l’urgentiste ne puisse s’exécuter, la patiente a fait irruption dans son bureau. « Elle a pris l’une de ses béquilles, l’a levée et elle a essayé de me frapper avec. Je n’ai même pas eu le temps de dire ‘bonjour’ », raconte la soignante.
Heureusement, un interne s’est interposé. « Après, on a appelé l’équipe de médiation et c’est rentré dans l’ordre. Ce sont des moments qui peuvent nous affecter et nous marquer. Il ne faut pas hésiter à en parler », insiste à ce propos Joséphine.
Des formations pour faire face aux violences
Au cours de ces derniers mois, la soignante relate deux épisodes où la situation a dégénéré en violences physiques : un collègue médecin qui s’est fait tordre le poignet et un autre qui a reçu un coup dans le visage.
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Pour accompagner les personnels des urgences, Joséphine propose depuis trois ans des formations aux violences, aux côtés de plusieurs intervenants (aides-soignants, psychologues et infirmiers au sein de l’unité des malades difficiles du centre du Rouvray). « C’est une demande ministérielle face à la hausse des violences aux urgences », explique-t-elle.
La dernière formation aux violences en date s’est déroulée le 10 mars 2026 au Medical Training Center (MTC) de Rouen.
On cherche à identifier les situations à risque. Puis, on donne les outils de communication verbale et non verbale afin de désamorcer une situation tendue. Il faut avoir une réponse adaptée.
Joséphine Feurtet
urgentiste au CHU de Rouen et formatrice aux violences
Si cela s’envenime, l’un des premiers réflexes est d’appeler l’équipe de médiation. « On peut aussi les prévenir de façon anticipée quand on sait que l’on risque d’avoir une situation difficile, comme un patient fortement alcoolisé », poursuit la formatrice.
Le CHU dispose également de boutons muraux qui permettent d’alerter immédiatement l’équipe de médiation et ainsi de réclamer une intervention rapide.
Travailler sous pression
Lors de ces créneaux de formations, les participants apprennent également à maîtriser un patient, sans se blesser et sans lui faire mal. « Ce sont les collègues de l’unité des malades difficiles qui nous montrent cela. C’est une technique que l’on peut reproduire à deux, peu importe son poids ou sa taille », souligne l’urgentiste.
Malgré ce quotidien difficile, « je n’arrêterais les urgences pour rien au monde, confie Joséphine. Il y a ce côté touche-à-tout. Et puis, travailler sous pression, ça me plaît. Chaque journée est différente. Même si c’est parfois délicat, je m’y retrouve ».
L’urgentiste l’assure en souriant, « s’il y a des patients difficiles, on en a aussi beaucoup de très avenants et de très gentils. Heureusement ! ».
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