Le graphiste et photographe Olivier Dupont-Delestraint expose ses grands détournements à la Galerie Gaïa à Nantes jusqu’au 21 mars 2026. Derrière l’humour du geste se cache un véritable amour de l’art. Rencontre.
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Il n’est pas nécessaire d’insister trop pour faire poser Olivier Dupont-Delestraint aux côtés d’une de ses œuvres détournées. L’œil pétillant et le cerveau toujours truculent il choisit, dans la galerie Gaïa de Nantes où il expose, un tableau qu’il tient lui-même dans un cadre en forme de miroir représentant un personnage tenant lui-même un portrait d’un autre personnage. La ressemblance avec le tableau original s’arrête là.
L’œuvre du peintre Antoine Vestier intitulée « Portrait d’un chevalier de Malte » date de 1788 et elle a été exposée au Musée des Beaux-Arts de Nantes lors d’une exposition sur la mode au 18e siècle en 2022.
« Avec la coiffure qu’il avait, ses petites frisettes sur le côté, je me suis dit ce type-là il a forcément inventé le bigoudi » explique Olivier Dupont-Delestraint.
« J’ai retiré le chevalier qui est dans le cadre, sur le tableau qu’il tient, et je l’ai remplacé par un bigoudi rose, pour être un petit peu dans une tonalité assez proche de la mode et des accessoires de la mode » rajoute le graphiste nantais.

la peinture originale du peintre français Antoine Vestier intitulée « Portrait d’un chevalier de Malte » (1788)
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© Vincent Calcagni France 3 Pays de la Loire
Dans le cartel (NDLR: le petit carton explicatif qui accompagne une toile dans un musée) cela donne : « Le Marquis de Bigoudis présentant son invention » pour le titre imaginaire de la toile. Pour le contexte on a droit à « Antoine Vestier (1740 – 1824); Antoine voyagea en Angleterre et aux Pays-Bas. Son talent de portraitiste de famille est très apprécié. Il devient peintre du roi en 1786 et passe trois ans au Louvre, où il est voisin de Jacques-Louis David ».
Un contexte historique tout à fait conforme à l’histoire de l’art, transformé avec truculence par le graphiste nantais : « J’explique que Vestier a été en résidence au Louvre,en même temps que Jacques-Louis David, mais Jacques-Louis David, il a un quasi-homonyme aujourd’hui, c’est Jean-Louis David, qui est coiffeur. Et j’explique qu’ils se sont rencontrés chez leur perruquier ».
« Ce monsieur qui est de passage à Paris c’est le marquis de Bigoudi, et il a inventé… le bigoudi. Vestier lui dit ça me ferait très plaisir de faire un portrait de vous avec votre invention. Voilà, tout ça, c’est la trame de l’histoire » sourit Olivier Dupont-Delestraint.
Et voilà également pour l’une des spécialités du graphiste nantais : ce qu’il appelle lui-même des « VraiFaux ».
« Je joue avec l’histoire de l’art, je joue avec les périodes artistiques, et je crée des confrontations qui ont probablement existé, mais qui sont absolument invérifiables » explique Olivier Dupont-Delestraint.
Ce sont des vrais faux. Ce sont des vrais artistes qui les ont réalisés et je me charge ensuite de leur donner une nouvelle vie, qui va emmener les gens vers la découverte.
Olivier Dupont-Delestraint
graphiste et photographe
« Ce sont des choses qu’on trouve tout le temps dans l’histoire de l’art » explique l’artiste nantais en citant le détournement de la Joconde réalisé dès 1919 par le dadaïste Marcel Duchamp.
Ça nous met toujours face à notre rapport compliqué au vrai et au faux, au réel. C’est une source inépuisable d’inspiration
Olivier Dupont-Delestraint
graphiste et photographe
« C’est fait à la main avec l’outil numérique » répond le graphiste nantais quand on le questionne sur la minutie technique de sa démarche.
« Pour reproduire un tableau dans le domaine public et pour ensuite s’en servir, il faut être propriétaire de la reproduction. Or, la seule façon de faire, c’est de faire soi-même la photo » explique-t-il.
« J’ai un appareil photo qui est dédié à ça, qui est un moyen format numérique avec une définition extraordinaire et avec un objectif qui ne déforme pas, et qui me permet de ne pas être trop loin de l’œuvre » rajoute Olivier Dupont-Delestraint.
« Je tire ma science des couleurs de mon métier de graphiste et de ma formation assez technique autour de la photogravure, un métier aujourd’hui disparu » explique ce professionnel installé à Nantes sous le pseudonyme de Monsieur Dupont
Dans son exposition à la Galerie Gaïa de Nantes intitulée « Monsieur Dupont » Olivier Dupont-Delestraint multiplie les clins d’œil et les détournements souvent cocasses d’œuvres croisées lors de ses visites dans les musées du monde entier, souvent pour raisons professionnelles ou parfois personnelles.
Ainsi il détourne une œuvre du peintre français Simon Vouet réalisée au début du 17e siècle lorsqu’il la croise au célébrissime Metropolitan Museum de New-York en lui substituant une guitare électrique : au moment de sa visite en 2019 le musée accueille une exposition temporaire intitulée « ‘Play it loud! » consacrée au rock.

« La femme qui découvrit le blues » d’après Simon Vouet
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© Vincent Calcagni France 3 Pays de la Loire
Mon idée, c’est de faire de l’art léger. C’est-à-dire d’utiliser une forme d’humour personnel et mon monde, il est quelquefois un peu tordu, mais je l’aime bien
Olivier Dupont-Delestraint
graphiste et photographe
L’artiste n’hésite pas non plus à se mettre en scène dans ces toiles en ne s’épargnant guère. Ce mercredi 11 mars 2026 au matin nous retrouvons Olivier Dupont-Delestraint en plein cours de détournement de l’histoire de l’art devant 14 élèves de CE2 de l’école Henri Bergson du quartier Malakoff à Nantes.
Au « tableau » un détournement d’une des plus célèbres peintures du peintre néerlandais Vermeer intitulée « La Jeune Fille à la perle » et peint vers 1665. Passé à l’humour du bonhomme cela donne : « Le vieil homme à la perle » sous-titrée « huile sur toile et sourire à la c.. « .

Olivier donne un cours sur l’histoire de l’art aux élèves de l’école Henri Bergson à Nantes
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© Vincent Calcagni France 3 Pays de la Loire

« Le vieil homme à la perle » exposé à la Galerie Gaïa de Nantes
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© Vincent Calcagni France 3 Pays de la Loire
Sourire des écoliers et petit cours au passage sur les spécificités de l’art comme l’explique leur professeur.
« C’est intéressant pour mes élèves qui ne sont pas obligatoirement tous sensibilisés à l’art. Ils n’ont pas tous accès au musée, à cette culture-là » assure Thomas Marigné enseignant en CE2 à l’école Henri Bergson à Nantes.
« Par le biais d’Olivier ils découvrent des œuvres classiques. Et le détournement leur permet de voir qu’on peut rire aussi avec l’art » ajoute ce professeur qui a découvert le travail de l »artiste lors de son exposition à la galerie nantaise Gaïa.
Il y a un côté pédagogique, culturel, on apprend des choses
Thomas Marigné
enseignant en CE2 à l’école Henri Bergson à Nantes
« C’est une chose importante d’essayer d’emmener des gens vers une forme d’amour de l’art, mais pas savant » ajoute Olivier Dupont-Delestraint.
Il faut essayer d’emmener les gens d’une façon un peu plus populaire, d’une façon plus ludique finalement. Et après, charge à eux de trouver le point d’accroche qui fera qu’ils vont vraiment s’y intéresser.
Olivier Dupont-Delestraint
graphiste et photographe
Éternellement en quête de nouveaux projets le graphiste nantais a l’intention de rassembler plusieurs artistes du monde entier et de monter un musée mobile à la mode des chapiteaux itinérants qui sillonnaient les Etats-Unis au 19éme siècle.
Toujours pour attirer un nouveau public vers l’art.
L’exposition « Monsieur Dupont » est visible jusqu’au 21 marc 2026 à la Galerie Gaïa, 4 rue Fénelon à Nantes.
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