Marcel Duchamp avait ajouté des moustaches à la Joconde. Dali avait, quant à lui, décliné l’Angélus de Millet jusqu’à plus soif et le truculent journal Hara-Kiri avait pris l’habitude d’assortir les toiles célèbres de phylactères pour le moins polissons. Le détournement d’œuvres classiques est une joyeuse discipline qui ne date résolument pas d’hier.

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C’est aujourd’hui au graphiste nantais Olivier Dupont-Delestraint de reprendre, avec verve et santé, ce flambeau un peu tombé en désuétude. Partant de ses photos réalisées dans les musées aux quatre coins du monde, l’homme, armé de son esprit facétieux à toutes épreuves et de son pinceau numérique, s’est amusé à enrichir ces images célèbres d’anachronismes et de détails insolites volontairement énormes. Son exposition est ainsi visible jusqu’au 21 mars 2026 à la galerie Gaïa, à Nantes.
Leonidas flanqué d’un vélo durant la bataille des Thermopyles, une vache, forcément hollandaise, arborant une robe signée Rembrandt, une pianiste inspirée de Vermeer faisant ses gammes avec des gants de boxe… L’insolite, pour ne pas dire l’incongruité de ces images, ne manquera pas de faire sourire.
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Pourtant, au-delà du plaisir quasi enfantin de tirer ainsi la langue aux vaches les plus sacrées de l’art, l’homme refuse de se définir comme un simple iconoclaste. Loin de vouloir tourner en dérision ces œuvres, j’aimerais qu’on voie dans mes détournements une manière, certes ludique, d’hommage. D’ailleurs si mon travail permettait aux visiteurs de reconsidérer les classiques d’un œil neuf j’en serais ravi. Outre l’amusement visuel j’ai également tenu à donner une petite touche littéraire à cette exhibition. Pour chaque tableau j’ai rédigé une cartouche fantaisiste réinventant fort librement la biographie de l’auteur et le contexte historique. Ceci dit, et c’est là que réside tout le sel, entre divers calembours et délires nonsensiques certaines informations sont parfaitement vraies. À une époque où on nous fatigue tant avec le concept de fake news, il m’a semblé amusant de questionner cette fameuse frontière ténue censée séparer le vrai du faux.
Monsieur Dupont à la galerie Gaïa, 4 rue Fénelon, jusqu’au 21 mars 2026. Entrée libre (du mardi au samedi). galeriegaia.fr ou : 02 40 48 14 91