Le roman « 1984 » de George Orwell a souvent été brandi pour mettre en garde contre les tentations totalitaires. Un documentaire du réalisateur haïtien Raoul Peck, « Orwell 2+2=5 », lui donne une nouvelle actualité et révèle les ressemblances entre le roman et le monde d’aujourd’hui.
L’érosion du débat public et ses dangers
En 1949, l’écrivain George Orwell termine ce qui sera son dernier, mais plus important roman: « 1984 ». Dans son documentaire « Orwell: 2+2=5 », le réalisateur haïtien Raoul Peck revient sur les derniers mois de la vie de l’auteur britannique et son œuvre visionnaire pour explorer les racines des concepts troublants qu’il a révélés au monde dans son chef-d’œuvre dystopique: le double discours, le crime par la pensée, la guerre qui devient la paix, la novlangue et la destruction du langage, le spectre omniprésent de « Big Brother ». Ces vérités sociopolitiques résonnent encore plus puissamment aujourd’hui. Avec son montage d’images d’archives et d’actualités structuré autour des écrits de George Orwell, le documentaire de Raoul Peck brosse un état des lieux terrifiant des effets de la post-vérité sur la société.
« La dégradation du langage dont parle Orwell entraîne aussi une altération du passé. Qui dit altération du passé dit révisionnisme et si on ne se renseigne pas, c’est pris pour argent comptant. Ce regard critique et la valeur des mots [qui se perdent ndr] sont le point de départ d’un glissement vers la fin des démocraties », souligne Maria Watzlawick, directrice du festival Black Movie, qui a projeté « Orwell: 2+2=5 » en première suisse durant le mois de janvier.
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Dans son documentaire, Raoul Peck met en lumière l’endoctrinement de masse, ces individus en uniforme, hommes et femmes, qui marchent au pas comme des machines, sans plus réfléchir. « La vérité objective, c’est une vérité que l’on expérimente à plusieurs. Et que l’on construit dans le dialogue, dans la délibération, dans quelque chose que l’on partage avec les autres. Et ce que nous dessine Orwell, c’est l’aboutissement d’un processus de déliquescence et de destruction de l’espace public, où il n’existe qu’une version: celle du maître qui impose sa vérité à tout le monde et donc qui peut dire à peu près n’importe quoi », décrypte Olivier Voirol, maître de recherche et d’enseignement à l’Université de Lausanne.
A ce sombre tableau, il faut ajouter à la surveillance de masse, le fameux « Big Brother » théorisé par Orwell qui a cours un peu partout sur la planète, ainsi que les appels à la haine. Avec la perte du libre arbitre commencent les totalitarismes, rappelait Orwell. Face à ces phénomènes inquiétants, le documentaire « Orwell 2+2=5 » invite à ne pas rester paralysé par la peur, mais pousse à la réflexion et à l’action.
Sujet TV: Chloé Steulet
Adaptation web: mh
« Orwell 2+2=5 » de Raoul Peck, à voir actuellement sur quelques écrans romands. A voir également lors du Festival International du Film de Fribourg (FIFF) les 25 et 28 mars 2026.