Par

Léa Pippinato

Publié le

12 mars 2026 à 17h06

Le centre Human Santé, installé rue Raoux dans le quartier de Figuerolles à Montpellier, ne ressemble pas à un cabinet médical classique. Depuis la rue, rien ne laisse deviner qu’il s’agit d’un lieu de soins. La façade évoque plutôt un local associatif. Une pancarte attire pourtant l’attention. Les lettres rouges annoncent clairement : « Notre centre de santé en danger ».

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En poussant la porte, l’impression se confirme. Des affiches recouvrent les murs. Elles commencent toutes par la même phrase : « Si mon centre de santé communautaire ferme… ». Patients et habitants y partagent leurs inquiétudes. Certains parlent d’angoisse, d’autres évoquent un lieu où ils ont retrouvé confiance.

Au milieu de ces messages figure un objet qui résume l’esprit du lieu : une boîte « Homophobiol ». Ce faux médicament a été conçu par l’association Aides pour « soigner » symboliquement l’homophobie. L’objet n’a rien d’anodin : le centre revendique un espace sécurisé, ouvert à toutes les nationalités, à toutes les identités de genre et orientations sexuelles. Aujourd’hui, ce lieu singulier pourrait pourtant disparaître.

Un financement menacé

Le centre Human Santé bénéficie depuis 2021 d’un financement national dédié aux « structures d’exercice coordonné participatif », appelé SECPa. Ce dispositif expérimental soutient vingt-six structures en France : treize centres de santé et treize maisons de santé.

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Fin janvier, le gouvernement annonce l’arrêt de cette enveloppe nationale, estimée à 14 millions d’euros pour 2025. La décision provoque l’incompréhension des équipes. L’expérimentation devait pourtant être évaluée avant une éventuelle généralisation. Selon l’établissement, les résultats étaient jugés positifs. Face à la mobilisation, le ministère de la Santé revient partiellement sur sa décision. Le 5 février, il annonce que les financements seront prolongés jusqu’en octobre.

Pour les équipes du centre montpelliérain, ce sursis ne règle pas le problème.

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Une mobilisation nationale

La décision initiale a déclenché une mobilisation importante. Les vingt-six structures concernées se coordonnent au niveau national. Une pétition de soutien a déjà recueilli plus de 25 000 signatures. À Montpellier, plusieurs actions ont été organisées. Le 26 février, un rassemblement s’est tenu devant la Sécurité sociale pour défendre le maintien du dispositif.

« Les mobilisations ont permis d’obtenir ces quelques mois supplémentaires », rappelle Camille Picard, coordinatrice du centre. « Mais il faudra continuer. Le moment décisif arrivera à l’automne, lors des discussions sur le budget de la Sécurité sociale. » Une commission d’usagers s’est également constituée pour participer à cette mobilisation.

« Les mobilisations ont permis d’obtenir ces quelques mois supplémentaires. Mais il faudra continuer. Le moment décisif arrivera à l’automne, lors des discussions sur le budget de la Sécurité sociale »

Camille Picard
Coordinatrice du centre

Un modèle de santé particulier

Human Santé a ouvert ses portes en 2019 dans un quartier qui ne comptait plus de médecin généraliste libéral. Le centre fonctionne selon un modèle associatif et participatif. Son bureau est composé exclusivement de patients. Aujourd’hui, neuf salariés y travaillent. L’équipe accompagne environ 1 350 personnes.

Le centre propose une approche globale de la santé. Les consultations médicales s’inscrivent dans un dispositif plus large qui inclut la prévention, l’activité physique adaptée, le soutien psychologique ou les ateliers collectifs. « Le financement SECPa finance tout ce qui n’est pas la consultation médicale », détaille Camille Picard. « Cela permet les ateliers de prévention, les réunions de coordination entre professionnels, les temps d’échange avec les patients, ou encore l’interprétariat téléphonique. En réalité, ce financement soutient presque toute notre activité. »

« Le financement SECPa finance tout ce qui n’est pas la consultation médicale. Cela permet les ateliers de prévention, les réunions de coordination entre professionnels, les temps d’échange avec les patients, ou encore l’interprétariat téléphonique. En réalité, ce financement soutient presque toute notre activité »

Camille Picard
Coordinatrice du centre

Sans ce dispositif, le centre ne pourrait plus fonctionner dans sa forme actuelle. « Il ne resterait que les médecins », poursuit la coordinatrice. « Mais les médecins nous disent clairement qu’ils ne souhaitent pas travailler dans un modèle réduit. Cela signifierait la fermeture du centre. »

Un lieu qui dépasse la simple consultation

Les témoignages des patients illustrent la spécificité du centre. Claudine fréquente Human Santé depuis son ouverture. Après des agressions sexuelles et du harcèlement sur son lieu de travail, elle traverse une période de profonde détresse. « Imaginez-vous sur un radeau toute seule », raconte-t-elle. « Avec la peur et le stress. Et puis soudain un phare apparaît. Pour moi, ce centre a été ce phare. »

« Imaginez-vous sur un radeau toute seule, avec la peur et le stress. Et puis soudain un phare apparaît. Pour moi, ce centre a été ce phare »

Claudine
Usagère

Elle évoque un accompagnement global. « L’équipe m’a prise en charge dans sa globalité. Sur le plan psychologique, médical, mais aussi social. Ils m’ont aidée à déménager et à me reconstruire. » Ce suivi lui a permis de reprendre certains projets. « J’avais encore des rêves. Ici, on m’a aidée à les réaliser. J’ai même participé deux fois à la Montpellier Reine. Je n’aurais jamais pensé pouvoir courir. »

Retrouver confiance dans le soin

Pour d’autres patients, le centre représente une première expérience positive du système de santé. Aurélia, cinquante ans, n’avait jamais eu de médecin généraliste. « J’ai connu beaucoup de violences dans l’enfance. Je n’avais pas d’éducation aux soins. » Après une hospitalisation psychiatrique difficile, elle développe une méfiance envers les institutions médicales.

« Ici, j’ai trouvé une équipe pluridisciplinaire. Je ne connaissais même pas l’expression ‘centre de santé communautaire’, mais c’était exactement ce que je cherchais. » Autiste, elle souligne l’attention portée aux besoins sensoriels et relationnels des patients. « L’éclairage, les bruits, les odeurs… dans certains lieux médicaux, c’est trop intense pour moi. Ici, on adapte l’environnement. On prend soin de la relation. »

« L’éclairage, les bruits, les odeurs… dans certains lieux médicaux, c’est trop intense pour moi. Ici, on adapte l’environnement. On prend soin de la relation »

Aurélia
Usagère

L’annonce d’une possible fermeture l’a profondément marquée. « J’ai senti une pression dans la poitrine. Je me suis dit que ce n’était pas possible. On a enfin un lieu où l’on peut reprendre espoir. »

Un espace rassurant pour les habitants

Isabelle et son mari Stéphane ont découvert Human Santé en arrivant à Montpellier il y a quatre ans. Le couple cherchait un médecin traitant dans le quartier. « Ce qui nous a frappés ici, c’est la dimension humaine », explique Isabelle. Elle compare l’expérience à celle vécue auparavant à l’étranger. « Là-bas, la relation était très transactionnelle. On entre, on paie, on reçoit une ordonnance et on repart. »

Au centre, l’approche est différente. « On sent qu’on s’intéresse à la personne dans sa globalité. » Même s’ils n’utilisent pas tous les services proposés, leur présence les rassure. « C’est comme une forme d’assurance », résume Stéphane. « Le simple fait que cet endroit existe nous apporte de la sécurité. »

En attendant les décisions nationales, l’activité du centre se poursuit normalement. Les consultations continuent. Les ateliers et les accompagnements restent en place. Pour beaucoup de patients, Human Santé représente un point d’ancrage. Un endroit où l’on vient se soigner, mais aussi reprendre confiance. Et nombreux sont ceux qui espèrent que ce phare ne s’éteindra pas.

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