Elle trône depuis des siècles sur les tables méditerranéennes. Mais l’huile d’olive n’aurait pas fini de nous surprendre. Au-delà de ses vertus reconnues pour la santé cardiovasculaire, elle pourrait aussi protéger le cerveau — et réduire significativement le risque de mourir d’une démence.

C’est ce que suggère une vaste étude publiée en mai 2024 dans JAMA Network Open par une équipe de chercheurs de la Harvard T.H. Chan School of Public Health, pilotée par Anne-Julie Tessier et Marta Guasch-Ferré.

Une étude hors normes par son ampleur

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé les données de 92 383 adultes américains, suivis pendant 28 ans dans le cadre de deux grandes cohortes : la Nurses’ Health Study, qui suit des femmes depuis les années 1970, et la Health Professionals Follow-Up Study, son équivalent masculin. Au total, 4 749 participants sont décédés d’une démence au cours de la période d’observation.

Tous les quatre ans, les participants renseignaient leurs habitudes alimentaires via des questionnaires détaillés, permettant aux chercheurs de reconstituer leur consommation d’huile d’olive sur le long terme.

28 % de risque en moins : un chiffre qui interpelle

Le résultat principal est saisissant : les personnes consommant plus de 7 grammes d’huile d’olive par jour — soit environ une cuillère à soupe et demie — affichent un risque de décès par démence inférieur de 28 % à celles qui n’en consomment jamais ou presque jamais.

Mais ce qui distingue cette étude des précédentes, c’est un détail crucial : cet effet protecteur se maintient indépendamment de la qualité globale du régime alimentaire. Autrement dit, même chez des personnes dont l’alimentation n’est pas particulièrement saine par ailleurs, la consommation régulière d’huile d’olive reste associée à un risque réduit. De quoi suggérer que ce n’est pas simplement le fait de bien manger qui joue — mais bien quelque chose de propre à l’huile d’olive elle-même.

Remplacer la margarine suffirait

L’étude s’est aussi intéressée aux effets de substitution. Remplacer une simple cuillère à café de margarine ou de mayonnaise par l’équivalent en huile d’olive chaque jour serait associé à une réduction du risque de décès par démence comprise entre 8 et 14 %.

Un geste alimentaire minime, donc, pour un bénéfice potentiel non négligeable.

Pourquoi l’huile d’olive protègerait-elle le cerveau ?

Les chercheurs avancent deux hypothèses complémentaires. La première est directe : certains composés antioxydants présents dans l’huile d’olive seraient capables de franchir la barrière hémato-encéphalique, cette frontière qui protège le cerveau, et d’agir directement sur les tissus cérébraux. La seconde est indirecte : en préservant la santé cardiovasculaire, l’huile d’olive améliorerait également l’irrigation du cerveau, le protégeant ainsi des lésions associées au déclin cognitif.

Une association, pas une preuve absolue

Les auteurs sont les premiers à rappeler les limites de leur travail. Il s’agit d’une étude observationnelle : elle établit une corrélation, non une causalité. Des essais cliniques contrôlés seraient nécessaires pour confirmer un lien de cause à effet et déterminer la quantité optimale à consommer.

Il faut aussi noter que les participants — en majorité des professionnels de santé américains — ne sont pas représentatifs de l’ensemble de la population.

Malgré ces réserves, l’étude s’inscrit dans un faisceau de preuves croissant en faveur du régime méditerranéen, et offre un argument scientifique supplémentaire à ceux qui hésitent encore à adopter l’huile d’olive comme corps gras de référence au quotidien.

Référence : Tessier A-J. et al., « Consumption of Olive Oil and Diet Quality and Risk of Dementia-Related Death », JAMA Network Open, 2024, vol. 7, n° 5, e2410021. DOI : 10.1001/jamanetworkopen.2024.10021