Des écoles rasées, des hôpitaux en ruines, des milliers de civils tués ou blessés. Beaucoup d’enfants. Trop. La guerre déclenchée le 28 février 2026 par des frappes israélo-américaines sur l’Iran s’est ensuite rapidement étendue à plusieurs pays voisins du Moyen-Orient. Une horreur humanitaire. Personne n’en doute.
Mais sous les bombes, une autre menace se fait chaque jour un peu plus précise. Des mares d’hydrocarbures qui flottent sur les eaux, des fumées toxiques qui s’élèvent des raffineries et des pétroliers en feu, des polluants qui s’échappent des sites militaires touchés. Le spectre d’un désastre écologique – et sanitaire – plane aujourd’hui plus que jamais sur le golfe Persique.
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Le temps des médias, toutefois, n’est pas celui de la science. Les médias veulent savoir. Ils cherchent le fait, le chiffre qui touchera le public au cœur. Maintenant. La science est moins spectaculaire. Quelques jours d’opérations militaires ne lui suffisent pas. Elle a besoin de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois pour analyser une situation. Pour l’heure, elle ne peut faire beaucoup plus que quelques spéculations.
Les leçons amères de 2025
Déjà en 2025, l’Iran – ses sites nucléaires, essentiellement – avait été lourdement frappé. Douze jours d’attaques ont laissé des blessures à vif dans les écosystèmes du pays. Des zones humides ont été endommagées. Des forêts ont été incendiées.
Des troupeaux entiers de cerfs qui fuient. Des oiseaux qui se dispersent. Les images rapportées par les volontaires qui ont risqué leur vie pour contenir les incendies sont fortes. Les anciennes chênaies du Zagros ou encore les aires protégées de Lorestan et de Kermanshah. Ces régions parmi les plus précieuses de l’Iran étaient déjà fragilisées par les assauts du réchauffement climatique. Certaines aussi par le contrôle exercé encore par le régime iranien. Il leur faudra d’autant plus de temps pour cicatriser et retrouver le cours de leur vie.
Des conséquences que nous commençons à peine à appréhender
Au-delà des dommages directs, on peut s’en douter, les bombardements ont généré des niveaux extraordinaires de pollution chimique, dans l’atmosphère et dans les eaux. Dus aux missiles eux-mêmes, mais aussi aux zones visées : des sites industriels et militaires sensibles. Ce qu’on devine moins, c’est tout le reste – comme les intenses vibrations qui ont été provoquées par les bombardements. Ces chocs peuvent être fatals aux animaux. Ils peuvent même causer des dommages aux structures végétales. Et puis, il y a eu la pollution lumineuse engendrée par les frappes de missiles et les incendies. Elle a probablement désorienté les oiseaux migrateurs et les espèces nocturnes dont la survie dépend du cycle naturel de la lumière. Le tout en pleine période de nidification, de migration et de production de graines. De quoi potentiellement perturber les schémas des écosystèmes pour des années.
Mais temps des médias, temps de la science – rallongé encore dans le contexte imposé par le régime iranien -, souvenez-vous. Le docteur Naghmeh Mobarghaee Dinan, membre du Conseil suprême pour la protection de l’environnement d’Iran, estime que « cette guerre aura eu des conséquences pour les écosystèmes, la faune sauvage et la santé publique que nous commençons à peine à appréhender ». C’était il y a huit mois maintenant.
En 3 jours, au moins 120 incidents écotoxiques
Vous l’aurez compris, juger de l’impact de cette nouvelle guerre sur l’environnement alors même qu’elle se poursuit encore révèle du défi. Les chercheurs de l’Observatoire des conflits et de l’environnement (CEOBS, Royaume-Uni) se sont prêtés à l’exercice. Sur les trois premiers jours de l’opération « fureur épique », ils avaient déjà décompté quelque « 120 incidents » à risque pour l’environnement. Comprenez, des attaques sur des raffineries de pétrole ou sur des dépôts de pneus. Pire encore, sur des infrastructures militaires.
Les panaches de fumée au-dessus de la base de missiles de Tabriz, par exemple, ne laissent rien présager de bon. « Les armements contiennent plusieurs familles de substances potentiellement polluantes », nous précise Jean-François Ghiglione, directeur de recherche au Laboratoire d’océanographie microbienne (CNRS), pour nous aider à saisir l’étendue du problème. Des carburants et des huiles. Des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), ces fameux polluants éternels. Mais aussi des métaux lourds : du plomb, du mercure, du nickel ou du cuivre. Et bien sûr, des composés explosifs. « Le trinitrotoluène (TNT), le cyclonite (RDX) ou encore l’octogène (HMX) sont toxiques pour les organismes. »
Vous pensez que nous avons fait le tour ? Détrompez-vous. Car Jean-François Ghiglione nous l’assure, « des composés plus toxiques encore que les explosifs eux-mêmes peuvent être libérés dans l’environnement lors de frappes ou d’incendies de zones stratégiques ». Il parle de dioxines, de résidus carbonés et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Autant de substances dont on n’a pas nécessairement en tête les effets délétères, mais dont les noms nous parlent suffisamment pour savoir que leur libération dans notre environnement n’est pas souhaitable.
La couche d’ozone menacée ?
Les experts du CEOBS estiment que les missiles balistiques de moyenne portée lancés par l’Iran pourraient d’abord menacer une haute atmosphère particulièrement sensible à l’injection de contaminants. Cette pollution pourrait modifier la chimie, la température et jusqu’aux schémas de circulation atmosphérique. Mais son impact réel est difficile à déterminer. Il dépend des matériaux et des carburants utilisés, ainsi que de l’altitude à laquelle les polluants sont libérés : au lancement, durant l’accélération ou même après une interception.
Les scientifiques peinent d’ailleurs encore à comprendre comment les missiles peuvent impacter notre atmosphère. Une chose pourrait les aider. Ceux utilisés par l’Iran sont à propergol solide, les chercheurs peuvent ainsi émettre quelques hypothèses en se basant sur ce qu’ils commencent à savoir des lancements de satellites. Au cœur des préoccupations donc, les particules d’oxyde d’aluminium et de carbone noir – la suie -, ainsi que l’azote et le chlore, parce que ces polluants sont soupçonnés d’avoir un impact sur la couche d’ozone stratosphérique. Celle qui nous protège des rayonnements nocifs du soleil.
Des océans à nos assiettes
« Ces polluants arrivent aussi dans l’océan par ruissellement de surface ou par lessivage des sols après leur dissolution », nous explique encore le directeur de recherche du CNRS. En d’autres mots, non contents de polluer notre atmosphère, tous ces composés finissent à l’eau, entraînés par la pluie ou infiltrant les nappes phréatiques. Avec, pour la faune marine, des conséquences qui peuvent être immédiates. « Les explosions en mer provoquent une onde de choc qui tue les animaux et disperse immédiatement des résidus chimiques, parfois dans des concentrations qui elles aussi entraînent une mort soudaine. »
Le mal peut également être fait sur le plus long terme. Des troubles reproductifs ont été observés chez ceux qui ont été exposés à une pollution aux métaux lourds, d’autant que ces derniers ont la fâcheuse tendance à s’accumuler le long de la chaîne alimentaire. « Jusqu’aux poissons et crustacés que nous mangeons. » Notamment les poissons gras de type sardine, maquereau, saumon ou hareng que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) nous recommande déjà de ne pas consommer plus d’une fois par semaine.

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Crise environnementale et crise sanitaire sont souvent étroitement liées. Le rappel est brutal. HAP, TNT ou encore toxines ne sont pas seulement nuisibles à la faune et la flore. Les premiers sont reconnus pour le potentiel carcinogène et mutagène, le second peut provoquer des troubles sanguins comme l’anémie et l’exposition aux dernières peut altérer la fonction hépatique, voire dégrader le système immunitaire.
La pollution à retardement
Jean-François Ghiglione attire aussi notre attention sur ce qu’il qualifie de « pollution à retardement » : les munitions non explosées et attaquées par la corrosion. Elles libèrent des composés toxiques dans les eaux jusqu’à des décennies après un conflit. Idem pour les navires de guerre.
Un sous-marin américain a coulé un navire de guerre iranien dans l’océan Indien, a annoncé mercredi le Pentagone, après que la marine sri-lankaise a annoncé le naufrage au large de ses côtes de la frégate iranienne Dena ⤵️ pic.twitter.com/6Vo93QIy8i
— Agence France-Presse (@afpfr) March 4, 2026
Cette « frégate iranienne ultrasophistiquée » que nous avons tous vue sur les images diffusées par l’armée américaine. Une coque brisée en une fraction de seconde, une explosion qui soulève une immense gerbe d’eau et un bateau qui coule en quelques instants seulement. « Une victoire navale spectaculaire et historique » pour certains. Une catastrophe annoncée pour d’autres. « Des munitions immergées après la Seconde Guerre mondiale relarguent encore des explosifs aujourd’hui en mer Baltique. »
Des explosifs et… du pétrole ! Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), près de 550 fois plus de pétrole reste prisonnier – pour combien de temps encore – des 3 millions d’épaves abandonnées dans nos océans que ce qu’avait libéré l’Exxon Valdez en 1989 avec les conséquences dramatiques et durables qu’on connait de cette grave marée noire.
Dans le Golfe, plusieurs guerres ont déjà fait des dégâts
Le risque le plus direct en la matière, ce sont, bien sûr, les attaques visant des pétroliers. Ils sont évidemment légion dans la région. Le MKD VYOM, le STENA IMPERATIVE, le SKYLIGHT ou encore l’HERCULES STAR ont été parmi les premiers touchés. La menace d’une marée noire majeure est réelle. Et reviennent à nos souvenirs des images terribles de « la guerre du Golfe ». Lorsqu’en 1991, Saddam Hussein avait délibérément déversé du pétrole dans le golfe Persique. Entre 6 et 11 millions de barils. « On parle là de l’une des plus grandes marées noires de toute l’histoire, souligne Jean-François Ghiglione. Avec des impacts durables sur les côtes, les sédiments et les espèces marines. »
La stratégie de la terre brûlée avait été portée à son paroxysme lorsque les troupes irakiennes avaient consciencieusement mis le feu à quelque 700 puits de pétrole koweïtiens. Les incendies étaient visibles depuis l’espace. Au printemps 1991, ce sont ainsi quelque 4,6 millions de barils de pétrole qui partaient en fumée… chaque jour. Certains de ces incendies ont duré plusieurs mois ! Avec une fumée qui absorbait, par endroits, jusqu’à 80 % du rayonnement solaire. Et les milliers de tonnes de suie qui ont alors recouvert le désert donnent un triste aperçu des conséquences environnementales de l’opération.

Des panaches de fumée des feux de pétrole au Koweït au moment de la guerre du Golfe (1991) vus de l’espace. © Nasa
Une marée noire, mais dans l’atmosphère
Mais revenons-en à l’opération « fureur épique ». Les chercheurs de l’Observatoire des conflits et de l’environnement rapportent que la frappe de drones contre la raffinerie de pétrole de Ras Tanurah, en Arabie saoudite, a provoqué un incendie et un important panache de fumée. De quoi libérer des particules fines, des oxydes d’azote, du dioxyde de soufre, du monoxyde de carbone et des composés organiques toxiques. Encore des HAP et potentiellement des dioxines. Synonymes, nous le savons désormais, de catastrophe environnementale tout autant que de risque sanitaire pour les populations exposées.
Le saviez-vous ?
Après les attaques déjà portées sur les installations nucléaires iraniennes en 2025, le risque, de ce côté-là, semble surtout se concentrer aujourd’hui sur les centrales nucléaires et les réacteurs de recherche en fonctionnement dans les pays du Moyen-Orient ainsi que les sites d’entreposage de combustibles. Rafael Grossi, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) rappelait à ce sujet il y a quelques jours que « des attaques armées contre des installations nucléaires ne devraient jamais avoir lieu et qu’elles pourraient provoquer des rejets radioactifs ayant des conséquences graves à l’intérieur des frontières de l’État attaqué et au-delà ». L’AIEA suit la situation de près. Pour l’heure, des sites iraniens ont été frappés – la fameuse usine d’enrichissement de Natanz, par exemple –, mais sans risque radiologique identifié.
Et ça, c’était avant les frappes israéliennes sur des infrastructures pétrolières iraniennes dans la nuit du 7 au 8 mars.
Les feux de l’enfer
Au cours de ces attaques, la raffinerie de Téhéran a été ciblée. Elle figure parmi les plus importantes du pays. Elle traite environ 225 000 barils de pétrole chaque jour. Soixante-douze heures après l’attaque, l’incendie n’était pas encore maîtrisé. Des images ont montré d’épais panaches de fumée noire toxique. Ces polluants se sont ensuite déversés sur la ville. Ils ont pénétré les réseaux d’égouts, contaminant potentiellement les eaux de surface et les eaux souterraines.
Le plus gros dépôt de pétrole de Téhéran frappé cette nuit rejette ce matin dans l’atmosphère d’immenses fumées noires. Selon les habitants, une odeur de brûlée couvre toute la ville (médias iraniens)
— Renaud Pila (@renaudpila) March 8, 2026
Un drame pour les plus de neuf millions d’habitants de Téhéran traumatisés par ce « paysage apocalyptique » dans lequel ils ont été contraints d’évoluer. Sous un ciel obscurci et des pluies noires de pétrole. Traumatisés et touchés dans leurs chairs par cette pollution qui peut provoquer des détresses respiratoires, des œdèmes pulmonaires ou même des accidents cardio-vasculaires. Qui peut aussi, déclencher des formes sévères de grippe ou de Covid. Et à plus long terme, mener à une recrudescence de cancers.

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Les impacts environnementaux, eux, pourraient, là encore, être lourds. Déjà, des rapports décrivent des « pluies acides ». Le résultat de la combustion d’un pétrole brut riche en soufre. Les déversements provenant du site de stockage de pétrole de Shahran, quant à eux, atteindront sans doute des cours d’eau, des sols agricoles ou encore des nappes phréatiques peu profondes en empruntant le vaste réseau d’égouts destiné à évacuer les eaux de ruissellement. Les fumées, elles, emportent les polluants au loin. Les simulations suggèrent ainsi que des glaciers de Sibérie pourraient se voir recouverts de suie.

La marée noire produite pendant la guerre Iran-Irak des années 1980 a été liée à la quasi-annihilation de la population de tortues imbriquées – comme celle-ci – et à une grande partie de la population de tortues vertes. © B. Navez, Wikipedia, CC by-SA 3.0
Le climat va-t-il encore trinquer ?
L’occasion de basculer sur une autre conséquence dramatique de cette guerre pour notre environnement – et pour nous : une accélération du réchauffement climatique. Elle est déjà en cours, nous ont récemment prévenu des chercheurs du Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK, Allemagne).

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Cette guerre au Moyen-Orient pourrait venir aggraver un peu plus la situation. Prenez les suies dont nous venons de parler. Lorsqu’elles se posent sur la neige, elles font baisser son albédo. Comprenez que la glace devient alors moins efficace à renvoyer la chaleur du soleil vers l’espace. Notre atmosphère se réchauffe.
Plus directement encore, tous ces incendies sont à l’origine d’émissions de dioxyde de carbone (CO2). Celui-là même qui est responsable d’une large part du réchauffement climatique anthropique. Une étude a montré que les feux déclenchés sur les puits de pétrole du Koweït en 1991 avaient compté pour 2 % des émissions mondiales, soit l’équivalent, aujourd’hui, des émissions annuelles d’un pays comme le Japon. Et c’est sans compter qu’une combustion non contrôlée comme celle qui se produit actuellement en Iran peut entraîner des émissions relativement plus importantes de méthane (CH4), un autre puissant gaz à effet de serre. Sans compter non plus les émissions liées à la période avant-guerre et aux phases de reconstruction. Des chercheurs viennent à ce sujet de calculer le coût carbone du conflit entre Israël-Gaza, entre octobre 2023 et janvier 2025 : 33 millions de tonnes équivalent CO2, soit autant que 7,6 millions de voitures à essence.
Il y a une lueur d’espoir, toutefois. Un détroit d’Ormuz pour les énergies propres, ça n’existe pas ! Alors que les prix des carburants augmentent partout dans le monde, cette crise pourrait se muer en opportunité d’accélérer la transition vers les énergies bas carbone et locales. « Il existe une solution claire à ce chaos des coûts des énergies fossiles : les énergies renouvelables sont désormais moins chères, plus sûres et plus rapides à commercialiser, ce qui en fait la voie évidente vers la sécurité et la souveraineté énergétiques », estime Simon Stiell, responsable du climat à l’Organisation des Nations unies (ONU). Certains soulignent le risque, alors, de développer une dépendance accrue aux entreprises et aux matériaux chinois. Mais António Guterres, le secrétaire général de l’ONU l’affirme, « les ressources de l’ère des énergies propres ne peuvent être ni bloquées ni utilisées à des fins militaires. Il n’y a pas de flambée des prix de l’énergie solaire ni d’embargo sur l’énergie éolienne. »

Comme le rappelle Marie-Alexandrine Sicre, directrice de recherche au LOCEAN (CNRS), le contexte complique parfois le travail de terrain des chercheurs qui veulent évaluer l’impact des pollutions engendrées par les hydrocarbures. La présence de mines dans le golfe Persique après la guerre, en 1991, rendait difficile le prélèvement d’échantillons. Une équipe du Marine Environment Laboratory de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) présentait malgré tout des résultats dans la revue Nature quelques mois plus tard : une forte pollution pétrolière concentrée sur le littoral saoudien dans un rayon de 400 kilomètres des déversements, mais des concentrations en hydrocarbures plus faibles qu’attendu. Inférieures, même à celles enregistrées avant la guerre. Comment est-ce possible ? Probablement en raison de la diminution du trafic des pétroliers pendant et après le conflit. © Grispb, Adobe Stock
Un contexte local qui n’arrange rien
Pour revenir à la question de l’impact négatif de cette guerre en particulier, les scientifiques mettent en avant plusieurs facteurs qui exacerberont vraisemblablement les impacts, tant sur la population que sur l’environnement. « Les conditions d’ensoleillement et l’exposition aux UV dans la région, par exemple, favorisent les réactions photochimiques des HAPs à la surface de l’eau et dans les aérosols », nous signale Marie-Alexandrine Sicre, directrice de recherche au LOCEAN (CNRS). De quoi produire, potentiellement, des molécules encore plus toxiques.

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Il y a l’exemple de Téhéran aussi. La capitale de l’Iran est coincée dans un bassin semi-fermé. L’air y circule difficilement. Les polluants restent emprisonnés non seulement au-dessus de la ville, mais aussi dans les « canyons urbains » formés par les rangées d’immeubles. Des modélisations montrent que ces canyons peuvent générer des vortex de recirculation qui piègent les polluants au niveau des piétons, réduisant encore la ventilation même lorsque l’air circule au-dessus des toits. Seules des pluies pourraient améliorer la situation. Mais les prévisions météorologiques ne semblent pour l’heure pas favorables.
Jusqu’à l’intérieur de leurs logements, les habitants de Téhéran ne semblent pas à l’abri. En 2022, une étude avait révélé la facilité déconcertante avec laquelle les particules de pollution pouvaient s’infiltrer dans des bâtiments ventilés naturellement et mal isolés.
« Dans le golfe Persique, le risque est aussi amplifié. Parce que le renouvellement d’eau y est très lent », nous explique Jean-François Ghiglione. Avec des temps de résidence de plusieurs années, les polluants qui arrivent par ruissellement s’accumulent alors qu’ils seraient plus rapidement dilués dans une mer ouverte. Le tout dans des pays dans lesquels la gouvernance environnementale n’est pas des plus solides et où les dommages aux populations et aux écosystèmes seront donc difficiles à gérer. Dans des pays dans lesquels la nature est déjà sous pression après des décennies d’extraction de ressources. Des pays où les températures atteignent des sommets.
Le golfe Persique est l’une des mers les plus chaudes du monde : en surface, la température peut atteindre les 35 °C en été. Pour beaucoup d’espèces marines, on n’est pas loin du seuil létal. Des études montrent d’ailleurs que les récifs coralliens de la région subissent des blanchissements bien plus massifs que ceux observés dans les Caraïbes ou en Australie.