l’essentiel
La guerre au Moyen-Orient peut-elle avoir des conséquences sur le conflit en Ukraine ? Pour l’ancien officier et chroniqueur militaire Guillaume Ancel, les deux crises sont étroitement liées et pourraient déboucher sur une accélération diplomatique inattendue autour de l’Ukraine.
La guerre au Moyen-Orient peut-elle profiter à la Russie dans la guerre en Ukraine ?
Je pense que la question est plus large. La guerre en Ukraine et la guerre autour de l’Iran sont intimement liées par les acteurs qui les gèrent. Quand on regarde les envoyés spéciaux de Donald Trump, on voit que ce sont les mêmes interlocuteurs pour les deux dossiers. Les discussions ont même eu lieu au même endroit, à Genève. Cela montre qu’il existe une porosité entre ces deux conflits. Pendant longtemps, aucune grande puissance n’osait s’attaquer frontalement à l’Iran parce que la Russie jouait un rôle de puissance protectrice. Or, aujourd’hui, les États-Unis et Israël frappent l’Iran sans réaction russe notable. Pour moi, cela signifie qu’il y a forcément eu un accord implicite quelque part.
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Vous évoquez l’idée d’un « deal » entre Washington et Moscou ?
Oui, c’est mon analyse. Si les États-Unis se permettent d’attaquer l’Iran avec une telle liberté, c’est probablement que la Russie a donné son aval. La contrepartie pourrait être un règlement de la guerre en Ukraine. D’après certaines informations issues des milieux de la négociation internationale, la Russie serait prête à accepter des garanties de sécurité pour l’Ukraine, notamment un déploiement de forces internationales. Mais la condition serait que le Donbass reste sous contrôle russe. Si c’est bien cela, alors on pourrait assister à une accélération spectaculaire des discussions une fois la séquence iranienne terminée.

Guillaume Ancel est ancien officier, chroniqueur de guerre et auteur du blog « Ne pas subir ».
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Vous pensez que la guerre en Ukraine pourrait s’arrêter rapidement ?
Je ne dis pas que la paix est proche, mais la fin du conflit armé pourrait intervenir plus vite qu’on ne le pense. Donald Trump ne veut plus entendre parler de cette guerre. Les États-Unis ne souhaitent plus soutenir l’Ukraine financièrement et militairement au même niveau. De plus, les priorités américaines se déplacent. On voit déjà que certaines livraisons d’armes destinées à l’Ukraine sont redirigées vers Israël ou vers les stocks américains. Cela montre bien que Washington veut tourner la page. Je pense donc qu’une pression très forte pourrait être exercée sur les Ukrainiens pour accepter un compromis territorial.
Dans cette hypothèse, quel serait l’intérêt de Donald Trump ?
Pour Trump, la guerre en Ukraine est surtout un obstacle. Il considère que ce conflit n’aurait jamais dû avoir lieu et qu’il empêche de faire du business avec la Russie. Sa logique est essentiellement économique. Une fois la guerre terminée, les Européens devront massivement réinvestir dans leur défense, et une grande partie de cet équipement sera achetée aux États-Unis. Pour lui, c’est une opportunité.
Quelles conséquences pour l’Europe ?
C’est là que la situation devient préoccupante. L’Europe risque de se retrouver dans un état de menace permanent face à la Russie. Si un accord met fin aux combats en Ukraine sans régler les tensions de fond, la question de la sécurité européenne restera entière. Cela signifie que les Européens devront être capables de déployer des forces pour garantir la sécurité de l’Ukraine, tout en renforçant leur propre défense. Or nos armées sont relativement limitées en effectifs.
Que devraient faire les Européens ?
La question est avant tout politique. Les Européens doivent décider s’ils veulent réellement se défendre ensemble. Ce n’est ni la France seule ni l’Allemagne seule qui pourront faire face à des puissances comme la Russie ou les États-Unis. Il faudra probablement franchir un cap vers une véritable défense européenne, avec des moyens communs et une capacité militaire crédible. Sinon, l’Europe restera vulnérable face aux grandes puissances. La question est simple : voulons-nous rester spectateurs ou devenir capables de nous défendre collectivement ?