Après deux jours de procès à huis clos, la cour d’assises de la Manche de Coutances a condamné, dans la nuit de ce jeudi, Oumar N. à 30 ans de réclusion criminelle dont 20 ans incompressibles. Le 4 août 2023, à Cherbourg, ce jeune homme de 18 ans à l’époque, avait fait irruption chez une jeune femme de 29 ans, qu’il avait déjà croisée mais ne connaissait pas. Il l’a violée ensuite à plusieurs reprises avant de la torturer dans des conditions absolument sordides.

« La cour d’assises de la Manche retient le viol doublé d’actes de torture et de barbarie d’une gravité exceptionnelle et condamne Oumar N. à 30 ans de réclusion criminelle dont 20 ans incompressibles. Si la victime n’était pas parvenue à appeler les secours, elle serait morte ce matin-là », détaille la présidente de la cour d’assises de la Manche lors du rendu du verdict ouvert au public, après deux jours de procès particulièrement éprouvants.

Dans le box des accusés, Oumar N., un jeune homme de 21 ans, tee-shirt bordeaux, tête baissée, reste absolument impassible. Il vient pourtant d’entendre la terrible litanie des faits qui lui sont reprochés, et notamment, en plus du viol, des actes de pénétration absolument indescriptibles, à l’aide d’un manche à balai. Il entend à ce moment-là qu’il passera au moins les 20 prochaines années en prison, mais ne réagit toujours pas.

« Malgré ces deux jours d’audience tellement difficiles, Mégane – sa victime – « n’a malheureusement reçu de lui aucune réponse à ses questions, explique son avocate Me Catherine Besson. Mégane ne sait toujours pas pourquoi son agresseur l’a « choisie », elle, ni pourquoi il lui a imposé ces actes d’une cruauté aussi indescriptible. Pour autant, elle a été, pendant ces deux jours, d’un courage remarquable, alors qu’elle est aujourd’hui encore très fragile psychologiquement. » L’avocate semble, elle-même, très éprouvée par cette affaire.

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ÉcouterMégane a miraculeusement survécu

Il faut dire que les détails des faits sont insoutenables. Le matin du 4 août, peu avant 7 heures, alors que Mégane se prépare pour aller au travail, on frappe à la porte de son appartement, situé en plein centre-ville de Cherbourg. Pensant qu’un voisin ou un visiteur a pu se tromper de pallier, elle ouvre et tombe nez à nez avec Oumar N., un colosse de près d’1,90 m, qu’elle a déjà vu mais qu’elle ne connaît pas. Pourtant, il ne s’est pas trompé de porte. Après l’avoir préalablement repérée, il vient pour la violer. Il sort alors tout juste de la discothèque voisine.

Immédiatement, il la frappe au visage et sur tout le corps. C’est le début d’une séquence d’horreur absolue. Il la viole à plusieurs reprises, allant jusqu’à lui perforer plusieurs organes avec un manche à balai, « la réduisant au rang d’objet, selon les mots même de la présidente, allant jusqu’à rire quand elle se tordait d’une douleur exceptionnelle, avérée par tous les experts médicaux. ». La jeune femme parvient, à bout de forces, à appeler une collègue puis les secours, avant de perdre connaissance.

À son arrivée aux urgences, les médecins diagnostiquent une perforation du colon, de l’intestin grêle, du péritoine et du diaphragme, un pneumothorax mais aussi plusieurs fractures aux côtes. Son pronostic vital est engagé. Elle reste alors près d’un mois plongée dans un coma artificiel. Et depuis, alors que près de trois ans se sont écoulés, la vie de la jeune femme est aujourd’hui encore « une lente reconstruction physiologique et psychologique », dans laquelle ses deux sœurs et sa maman, qui apparaissent toutes très soudées, à chaque interruption d’audience, semblent jouer un rôle capital.

Un jeune homme décrit comme « gentil et timide »…

Quant à l’accusé, que son avocate Me Kian Barakat, s’emploie à décrire comme « un jeune homme au psychisme d’un enfant », il avait été interpellé une semaine à peine après les faits au domicile de sa mère. Et ce qu’on avait alors découvert de son passé prend évidemment une résonnance particulièrement lourde aujourd’hui.

Avant les faits, il avait en effet été condamné à… cinq reprises par le tribunal pour enfants pour des atteintes aux biens et des violences. Et surtout, Oumar N. était déjà connu de la justice suite à une plainte pour viol sur mineure initiée en 2019 dans un internat socio-éducatif médicalisé et classée sans suite par le parquet en 2020, au motif que l’infraction n’était pas suffisamment caractérisée. En outre, une procédure d’agression sexuelle à l’encontre de sa propre sœur de 12 ans est également en cours », rappelle une source proche du dossier.

Pourtant, son avocate l’assure, « c’est un garçon qui apparaît, dans plusieurs témoignages, très loin de ce que son acte donne à voir de lui. Il est décrit comme gentil, et timide. Il est surtout le fruit de carences affectives et éducatives absolument immenses. Finalement, tout le monde a raté quelque chose dans ce dossier, tant sur le plan éducatif que médical ou judiciaire ».

Les jurés n’ont manifestement pas entendu ces arguments. Il est reconnu pleinement responsable de ses actes et condamné donc à 30 ans de réclusion criminelle..