Ils sont designers, créateurs industriels, chercheurs, ou encore architectes. Né en 2007, Designer+ est un réseau professionnel de 150 structures indépendantes de la région, qui représente l’ensemble des métiers du design. A l’approche des élections municipales et du renouvellement du conseil métropolitain, ils craignent que le design soit sous-estimé comme levier de développement pour la ville et que cette carte ne soit pas jouée jusqu’au bout.
©JT/ If Saint-Etienne
« Le design, on ne le voit pas se manifester de manière diffuse, ou infuser dans le territoire stéphanois. C’est un peu notre inquiétude, pointe Philippe Jambrésic, architecte, adhérent de Designer+. Pour beaucoup de candidats, cela reste un sujet complexe, et assez flou ». Designer+, c’est un réseau de 150 professionnels d’Auvergne Rhône-Alpes autour du design, et créé en 2007. Ces petites structures indépendantes de la région représentent ainsi des designers (produit, graphique, numérique, culinaire, mobilier, de politiques publiques, etc.), architectes, ainsi que des métiers associés.
Mais à deux jours du premier tour des élections municipales, à neuf jours d’avoir un nouveau maire et un renouvellement du conseil métropolitain, Designer+ s’interroge sur l’avenir qui sera donné au design, intimement lié à Saint-Etienne, notamment depuis sa labellisation Unesco en 2010. Pour voir au-delà de la Cité et de la biennale.
Un levier pour l’industrie
Car le design est avant tout une activité de terrain, en lien directe avec les entreprises. « On s’imagine que le design c’est une belle chaise et une belle lampe, détaille Philippe Moine, designer, et président de Designer+. Alors que dans l’industrie il y a du design par exemple, et ce n’est pas nécessairement évident pour tout le monde. On ne voit finalement qu’un champ très réduit alors que c’est quelque chose de beaucoup plus large ». Les professionnels voient l’industrie se transformer en profondeur, c’est pourquoi ils estiment que le design peut et doit être un accélérateur pour réinventer l’industrie du territoire en y intégrant des notions d’éco-conception, ou d’économie circulaire.
Pour le collectif, la question qui se pose et qui doit s’inviter dans la prochaine mandature, est celle de l’identité de Saint-Etienne au niveau du design, et que la ville soit dynamisée avec cette dimension. « Nous aimerions que les designers du territoire participent plus à l’évolution de la ville, ajoute Nadine Cahen, designer coloriste et vice-présidente de Designer+. Que l’on puisse être les actifs de la politique menée sur le design. Nous pouvons travailler en synergie, pour répondre à des appels d’offre plus importants ensemble. L’idée serait que l’on soit inclus dans les programmes le plus en amont possible ». Ils souhaitent que le design soit systématiquement intégré dans les politiques publiques : espaces publics, équipements, services, pour que la ville devienne plus intuitive.
Facteur d’attractivité
De même, ils aimeraient lancer des appels à projets « design et industrie » pour encourager les collaborations entre les entreprises locales et les designers, notamment sur les filières en transition. « L’environnement, le climat, sont des notions qui sont présentes dans les programmes de tous les candidats aujourd’hui. C’est une évidence. Le design, non. Parce que le lien entre les deux n’est pas fait. On ne voit les choses que sous le champ du produit, regrette Philippe Moine. Cela fait quelques années qu’il y a une perte de vitesse. Or, c’est une dynamique à laquelle on souhaite participer de manière à remonter la pente. On avait imaginé que Saint-Étienne pourrait être un laboratoire d’une ville de demain. C’est-à-dire comment imaginer la ville de demain avec toutes les problématiques — de circulation, de pollution, de chaleur. Cela vient en complément du rôle de l’administration ».
De manière générale, Designer+ souhaite que la carte design soit davantage exploitée par la ville. « Si le design peut aider à la revalorisation de cette ville, il faut qu’on le joue, mais à tous ces niveaux. Redonner de l’attractivité à Saint-Etienne, c’est l’urgence », avance Nadine Cahen. Pour exemple, elle constate que de nombreux candidats ont fait des places du centre-ville un sujet de campagne. Mais elle explique qu’une place ne doit pas être pensée de la même manière selon la ville où elle se trouve, ou son quartier.
Politique de long terme
Ils estiment que c’est une vision à long terme qui doit être engagée, et que Saint-Etienne ne doit pas être une ville de design, mais une référence en France. « C’est quelque chose qui est transversal. Cela doit passer les changements de cap politiques pour pouvoir vraiment s’ancrer et avoir un effet. C’est une politique urbaine. C’est une échelle de 30 ans. Pour ça, il est important que la vision du design soit, finalement, toujours autour de la table, ajoute Nadine Cahen. On ne prétend pas avoir plus de réponses que les autres. Mais qu’au minimum, nous soyons présents dans ces questionnements-là, parce que c’est important d’être là face à la complexité, souvent, des questions qui sont posées ». Pour eux, le design ne doit pas être un luxe, mais vu comme un investissement pour l’avenir de Saint-Etienne, pour aussi contribuer au fait que les jeunes aient envie d’y rester.