Les Planètes sauvages
Planètes est aussi un bel accomplissement pour Momoko Seto. La cinéaste japonaise travaille depuis les années 2000 au sein du CNRS, où elle a réalisé moult courts-métrages en collaboration avec les scientifiques de l’institution. Parmi eux, la série des Planète (A, Z, ∑ et ∞), où elle fabrique des mondes étranges à partir de véritables images du nôtre, a visiblement inspiré son premier long-métrage.
Elle nous invite donc à embarquer dans une véritable épopée de science-fiction, au cœur d’univers foisonnants et dangereux, peuplés de créatures diverses et variées. Des univers constitués exclusivement de prises de vue réelles à l’échelle « macro » (de très, très gros plans) collés les uns aux autres pour constituer des paysages extraterrestres. Le travail de compositing, pour utiliser le terme consacré dans l’industrie du VFX, est phénoménal : on imagine à peine la complexité derrière l’assemblage de toutes ces images, d’échelles très différentes.

Ils gèrent la fougère
Artistiquement, l’ambition de Planètes force donc le respect, d’autant que Momoko Seto s’est appuyée sur l’expertise des chercheurs au CNRS pour organiser de véritables séances de casting. La faune et la flore en vedette ont été minutieusement sélectionnées en fonction de leur look, leur comportement et leur photogénie.
Le résultat est vraiment unique en son genre : les prises de vue des limaces, champignons et autres bestioles nous donnent à les contempler sous un autre angle, qui les transforme véritablement en extra-terrestres. L’argument étant le suivant : bien que l’être humain passe son temps à imaginer ce qui rampe, plane, remue et se mue dans les profondeurs de la galaxie, notre propre planète héberge assez de visions aliens pour alimenter tous les fantasmes des amateurs de science-fiction, et plus encore.

Ice spiceAkène le survivant
Le concept est dingue, si bien que le film peine parfois à être à sa hauteur. Outre la générosité parfois à double tranchant des patchworks visuels, l’intrigue imaginée pour les explorer oscille entre le symbolisme et le prétexte. On suit en effet une petite troupe d’akènes de pissenlit, éjectés de leur port d’attache par le souffle de la destruction nucléaire. Ces protagonistes improbables sont les seuls à être de véritables créations en CGI (Computer Generated Images, images générées numériquement), si bien qu’ils jurent un peu avec l’ultra réalisme de ces impressionnants très gros plans.
Intègre, la cinéaste ne peut magnifier à ce point la nature sans évoquer la menace qui pèse sur elle. Les « planètes » du titre sont donc débarrassées des humains, insensibles à la beauté qu’ils ont recouverte de béton, et bientôt de gravats radioactifs. Pas question non plus d’esquiver la dimension politique d’un tel exode forcé : les akènes sont des réfugiés spatiaux, qui tentent de planter littéralement leur graine sur un sol qui voudra d’eux, malgré le danger omniprésent, qui les emporte les uns après les autres.

Le vrai royaume champignon
Un récit simple peu à peu dilué dans la contemplation des paysages recomposés et les multiples rencontres avec divers animaux (incroyables limaces). Si l’envie manifeste de proposer une véritable narration dans ce voyage scientifique et sensoriel, de relier la fiction et le documentaire sans perdre le (potentiellement jeune) public était perceptible de bout en bout, Planètes aurait tout du chef-d’œuvre naturaliste.
C’est plutôt une fascinante expérience, par ailleurs difficile à soumettre au système de notation des films imposé par internet et les réseaux sociaux depuis des années. Ce 3,5/5 veut donc dire : allez découvrir cette petite anomalie par vous-mêmes.
