l’essentiel
Un drame familial bouleverse le village de Tuzaguet, près de La Barthe-de-Neste. Un homme de 86 ans aurait tué son épouse malade d’Alzheimer avant d’être interné. La question de la solitude des aidants âgés, est posée.
À Tuzaguet, près de La Barthe-de-Neste, c’est une belle maison pyrénéenne au parc joliment arboré et fleuri, à la pelouse impeccable, au bord de la route de Cantaous, à proximité de la salle des fêtes.
Dans ce village paisible où coule le ruisseau Le Bioué, avec la chaîne des Pyrénées enneigée en fond, seuls les scellés à peine visibles qui ferment les grandes portes-fenêtres en bois, témoignent de l’effroyable drame qui s’est noué une dizaine de jours plus tôt, dans cette immense demeure.

La maison du couple où s’est noué le drame.
Photo Cyrille Marqué
C’est là, sans doute à bout de nerfs, dans un coup de folie, qu’un homme de 86 ans aurait tué son épouse de 91 ans. Les circonstances du drame restent floues, notamment sur l’usage par le mis en cause du moyen pour mettre fin aux jours de son épouse.
Selon la procureure de la République de Tarbes Sylvie Martins-Guedes, « une enquête est ouverte pour meurtre sur conjoint. La victime était atteinte de la maladie d’Alzheimer à un stade avancé. Son époux était en dépression du fait de la situation. Le mis en cause est actuellement en hôpital psychiatrique ».

L’une des portes-fenêtres mise sous scellés.
Photo Cyrille Marqué
Comment ce drame à huis clos est-il advenu ? Le mis en cause a-t-il voulu abréger les souffrances de sa femme qui souffrait de cette terrible maladie ? L’enquête diligentée par le parquet de Tarbes et confiée à la gendarmerie, s’attachera à éclaircir les circonstances de l’affaire.
Un homme « serviable »
Il est difficile pourtant de voir dans ce geste de l’octogénaire, moins une manifestation de la haine à l’encontre de son épouse qu’un acte de désespoir.

Le cimetière adossé à l’église du village de Tuzaguet, avec les Pyrénées en fond.
Photo Cyrille Marqué
Selon un employé de la commune rencontré par hasard au cimetière, « il adorait sa femme. On les voyait souvent marcher du côté de Nistos. Ils avaient même entrepris les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle était tout pour lui. Il s’occupait d’elle en permanence. Comme elle venait de faire un AVC, il la veillait jour et nuit et ne pouvait plus sortir depuis plusieurs semaines ».
L’employé communal atteste même du « côté serviable » de cet homme à l’égard de son oncle : « Quand il sortait faire les courses, il lui proposait souvent ses services pour lui ramener les commissions ».
Cependant, les voisins les plus directs assurent qu’ils n’avaient pas beaucoup de contact avec le couple, ce qui démontre qu’il vivait de manière isolée.
Le maire de la commune Gaston Thieffry les croisait parfois, lors de manifestations : « des personnes discrètes, charmantes, vraiment bien sous tous rapports, qui étaient installées sur la commune depuis une trentaine d’années.
Mais on ne les voyait plus depuis au moins un an. Ils ont deux enfants qui vivent ailleurs ».
L’enquête devra sans doute examiner la question du drame de la solitude et des aidants proches malgré eux, qui se retrouvent sans solution devant le déclin insupportable de l’être aimé.
Le secret autour de cette affaire est aussi lourd et pesant que le silence qui règne dans ce village de près de 500 âmes.