Annoncée le 11 mars par Michel‑Édouard
Leclerc, la baisse carburant 30 centimes promet un peu d’air aux
automobilistes. Mais entre logistique des stocks et disparités
locales, votre plein de ce week-end reste loin d’être garanti au
rabais.

Faire son plein à plus de 2 euros le litre, plein après plein,
commence à sérieusement peser. Alors quand Michel-Édouard Leclerc
annonce en pleine semaine une baisse de
30 centimes du prix du carburant
dans ses stations et
chez Système U, beaucoup d’automobilistes se posent la même
question : est-ce que cette bouffée d’air va vraiment arriver à
temps pour le week-end ?

Entre la flambée liée à la guerre au Moyen-Orient, un baril
de pétrole qui fait le yo-yo et des prix qui s’envolent dans
presque toutes les stations, cette promesse de baisse arrive à un
moment où les conducteurs scrutent le moindre panneau lumineux.
Sauf qu’entre l’annonce politique et le chiffre affiché sur la
pompe, il y a la réalité du terrain… et c’est là que tout se joue
pour savoir si vous profiterez déjà de ces 30 centimes dès ce
week-end.

Ce que recouvrent vraiment les 30 centimes de baisse du prix
des carburants

Mercredi 11 mars, le patron d’E.Leclerc
Michel-Édouard Leclerc a détaillé son plan : il assure avoir
obtenu, avec la Coopérative U, une baisse des tarifs directement
auprès des raffineurs. « On a mis la pression sur les
raffineurs », a déclaré Michel-Édouard Leclerc sur Franceinfo. Il
décrit la situation actuelle comme « C »est probablement une
bulle d’anticipation, spéculative, très en amont, au niveau des
raffineries ».

Dans ce contexte, il annonce « dans les deux jours » une
baisse de 30 centimes par litre sur le
prix des carburants dans ses stations, un
mouvement qui doit toucher aussi « Système U, et probablement dans
les Intermarché, les Carrefour ». Concrètement, le dispositif se
fait en deux temps : « Sur les deux jours qui viennent, au fur
et à mesure que les stations seront réapprovisionnées, on va avoir
une fois 0,23 euros de baisse, puis encore 0,07 euros de baisse,
soit à peu près 0,30 euros de baisse par litre ». Tous les
carburants sont concernés, « le gazole en particulier », un point clé
pour les nombreux diesels qui roulent encore en France.

En arrière-plan, le marché du pétrole est extrêmement instable.
Selon les informations relayées, le prix du baril de brut a atteint
près de 120 dollars (un peu plus de 100 €) ce lundi-là, avant
de retomber dès le lendemain autour de 85 dollars (environ
78 €), pour remonter ensuite vers 100 dollars (aux alentours
de 92 €). Une volatilité qui explique pourquoi Michel-Édouard
Leclerc insiste sur le fait que cette baisse est « provisoire ».
« Tant que le conflit dure au Moyen-Orient », prévient-il, les prix
vont « faire le yoyo ». Il ajoute même : « Si ça dure, il faudra
des mesures de soutien pour les automobilistes plus
modestes ».

Les distributeurs, de leur côté, ont indiqué qu’ils
s’engageaient à répercuter « au plus tôt la baisse des cours du
baril » et à diminuer « immédiatement les prix des carburants au
bénéfice des consommateurs », comme l’a indiqué Bercy après une
réunion avec la profession. Une promesse qui pose une autre
question très concrète : à quel moment exact cette baisse
carburant 30 centimes
se voit-elle sur le totem de votre
station habituelle ?

Pourrez-vous en profiter dès ce week-end dans votre station
Leclerc ou U ?

Sur le papier, la réponse semble simple : si la baisse est
annoncée « dans les deux jours » après le mercredi, elle devrait être
là dès le vendredi, donc juste avant le week-end. Dans la réalité,
tout dépend de la logistique de chaque station. Michel-Édouard
Leclerc l’explique très clairement : « Il faut le temps que les
camions-citernes arrivent dans les cuves des stations. Et que
celles-ci soient vides pour les renouveler ». Autrement dit,
tant que la station n’a pas écoulé son ancien stock acheté plus
cher, elle ne peut pas appliquer les nouveaux tarifs négociés à la
baisse.

Les premières baisses ont néanmoins été visibles très vite.
RMC Conso a
constaté dès le jeudi 12 mars des reculs de prix dans plusieurs
stations Leclerc. À Levallois-Perret, dans les
Hauts-de-Seine, le diesel est passé de 2,179 euros le litre le
mardi à 1,939 euro le jeudi. À Rezé, près de Nantes, le gazole
est descendu de 2,020 euros à 1,958 euro. D’autres points
de vente ont amorcé la baisse plus doucement, comme à Caen (de
2,049 à 2,019 euros le litre de diesel) ou à Chaponnay près de
Lyon (de 1,978 à 1,958 euro).

Les stations U commencent aussi à suivre le
mouvement. Le Super U de Saint-Grégoire, près de Rennes, a vu son
gazole passer de 2,015 euros à 1,989 euro le litre. À
Eschau, au sud de Strasbourg, le tarif est même tombé de
2,055 euros à 1,916 euro. Et pourtant, à quelques
kilomètres de là, au Super U de Bollwiller en Alsace, le litre de
gazole restait à 2,065 euros au même moment. Un contraste qui
illustre bien ce que rappelait Michel-Édouard Leclerc : « Au fur et
à mesure que les stations seront réapprovisionnées, on va avoir une
fois 0,23 euro de baisse, puis encore 0,07 euro de baisse ». Aucune
précision n’est donnée sur la date exacte à laquelle chaque station
atteindra la baisse complète de 30 centimes.

Pour savoir si la station près de chez vous a déjà enclenché
cette baisse, l’usage d’une application dédiée peut faire la
différence. Si vous voyez une chute nette de plusieurs dizaines de
centimes en un ou deux jours dans une station Leclerc ou U, c’est
probablement le signe que le nouveau carburant négocié à la baisse
est arrivé dans les cuves.

En attendant que toutes les stations aient été
réapprovisionnées, certains automobilistes peuvent aussi se tourner
vers d’autres réseaux. Depuis le début de la crise,
TotalEnergies a choisi de
plafonner ses tarifs :
l’essence ne peut pas dépasser 1,99
euro le litre et le diesel 2,09 euros le litre, au moins
jusqu’à fin mars. Ces prix restent parfois élevés,
mais ils se situent déjà en dessous de nombreuses stations qui
n’ont pas encore répercuté la baisse négociée par Leclerc et U.
Aucune indication n’est donnée sur la durée exacte de la baisse de
30 centimes, mais au vu de la volatilité du pétrole, tout montre
que les automobilistes devront suivre de près les panneaux de prix
dans les jours qui viennent.