ANALYSE – Au cœur de l’Isère, département le plus touché par les démissions de maires lors de la mandature écoulée, un secteur géographique est particulièrement décimé.

C’est un petit coin de France logé entre Grenoble, Lyon et Chambéry. On y compte des cités médiévales, des villages plus classiques et un surnom qui fait déjà son petit effet : « Les terres froides ».

On parle ici d’une partie de l’Isère, plus précisément d’un bout de l’ancienne province du Dauphiné, où vivent 320 000 habitants répartis dans plus de 130 communes, toutes situées dans l’arrondissement de La Tour-du-Pin.

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C’est sur ces terres – froides donc- et sur une partie de l’arrondissement de Grenoble que Paris Match a localisé, grâce au travail titanesque du politologue Martial Foucault, l’endroit de France où les maires ont le plus démissionné. « La situation en Isère est plus préoccupante car la fréquence de démission y est en moyenne deux fois plus importante que celle observée dans les 10 autres départements les plus touchés », expliquait le professeur des universités à Sciences Po Paris (et ancien directeur du CEVIPOF entre 2014 et 2024). Le département a ainsi comptabilisé 65 démissions en cinq ans, entre juin 2020 et juin 2025, dont deux dans la même ville -Saint-Victor-de-Cessieu – et près d’un tiers d’entre elles ont été entérinées par le préfet dans les terres froides et alentours (*). C’est, proportionnellement, la plus grosse concentration de démissions d’édiles dans notre pays. Le triangle des Bermudes des écharpes tricolores aux franges dorées.

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On a un certain nombre de maires aussi qui ont été élus juste après le Covid, un peu à la surprise générale et qui n’étaient pas préparés à la fonction.

Daniel Vitte

Pourquoi là plus qu’ailleurs dans l’Hexagone ? Difficile à dire, tant les raisons avancées par les démissionnaires isérois sont fidèles à celles des édiles du reste de l’Hexagone. La lassitude, la fatigue, les conflits au sein du conseil municipal puis les raisons de santé, en majorité. Le même syndrome qui s’est répandu dans la dernière mandature et que devront certainement affronter les heureux élus de dimanche soir (neuf maires sur dix devraient être connus dès ce 15 mars au soir) et de dimanche prochain.

« Ma commune est au cœur de cet arrondissement et des terres froides, témoigne Daniel Vitte, président de l’association des maires de l’Isère. Pour autant, je ne vois pas pourquoi il y a plus de démissions ici qu’ailleurs. Pour moi, il y a deux types de raisons à ces démissions. Des raisons plus traditionnelles, des problèmes de santé, des maires qui préparent la suite, une saturation. Et un phénomène plus nouveau. On retrouve ainsi au sein des conseils municipaux ce que l’on observe dans la société : une difficulté à se contrôler et des tensions plus nombreuses qui apparaissent. On a enfin un certain nombre de maires aussi qui ont été élus juste après le Covid, un peu à la surprise générale et qui n’étaient pas préparés à la fonction. »

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Dans le détail, les démissions touchent davantage les élus de petites communes.

« Les communes de 1 000 à 3 500 habitants font face à une vague de démissions sans précédent, éclaire Martial Foucault, dans sa note de juillet 2025. Un maire démissionnaire sur quatre gouvernait une commune de 1 000 à 3 500 habitants (contre 13 % au cours du mandat 2008-2014). »

Dans le secteur isérois des « terres froides » que nous avons identifié, les communes concernées comptent entre 200 et 8 000 habitants (2000 en moyenne, environ, sur les 19 communes).

(*) Les limites géographiques de la zone n’ont jamais été administrativement dessinées.