«Je ne sais pas si on doit dire du neuf vieux ou du vieux neuf mais c’est un des deux. » En s’interrogeant sur la formulation, Edouard contemple l’objet de son questionnement : une Renault R5 de 1982. Une simple et petite voiture qui a été la star du monde de l’automobile ces derniers jours.
Raphaël de Serres, en charge de la vente aux enchères pose aux côtés de la « pépite » - R.Le Dourneuf/20 Minutes
Même au milieu de la centaine de voitures de prestige et bolides de sport, dont plusieurs à quelques centaines de milliers d’euros, la voiture interroge, amuse et ravit. Ce vendredi et ce samedi, elle est exposée à l’Espace Champerret dans le 17e arrondissement de Paris avant d’être mise aux enchères dimanche.
Retrouvée sous des détritus et de la poussière
« On a une grosse dominante Ferrari pour cette vente, dont un modèle particulièrement prisé, la Ferrari 599 GTO à 800.000 euros. Il n’y en a que 550 dans le monde. Mais c’est la petite R5, estimée entre 5.000 et 10.000 euros qui a eu la plus grosse couverture médiatique », sourit Raphaël de Serres de la maison Aguttes, en charge de cette vente aux enchères.
C’est lui qui s’est dégoté la petite perle via un ami, collectionneur près de Mâcon, qui lui en a parlé. L’histoire, nous vous l’avons déjà racontée dans nos colonnes. « Pour faire simple, c’est une histoire de succession. La propriétaire d’une maison à Laives [Saône-et-Loire] est décédée en 2011. Là, la maison doit être débarrassée. Et dans l’affaire, les personnes en charge ont retrouvé la voiture dans une grange sous des détritus et de la poussière », explique le spécialiste.
Point incroyable, la voiture, achetée il y a quarante-trois ans est… intacte. « Elle n’a en fait jamais servi. Nous avons retrouvé des papiers qui montrent que sa propriétaire a échoué deux fois au permis pour l’avoir la troisième. Mais dans le village, les voisins nous ont dit qu’elle était terrorisée de conduire et ne l’ont toujours vu qu’à vélo. »
« Pas un point de rouille »
C’est donc une voiture neuve de 43 ans qui est présentée aux amateurs et collectionneurs, preuves à l’appui. Raphaël de Serres nous ouvre les portières pour nous faire sentir « l’odeur de neuf » à l’intérieur et les tapis provisoires d’époque encore en place, tout comme les plaques d’immatriculation définitives du véhicule, jamais installées et toujours dans le coffre.
Hugues, un collectionneur aguerri de passage sur l’exposition ce vendredi matin ne peut que constater : « Elle n’a même pas un point de rouille c’est fou ! » Même étonnement du côté du spécialiste : « Nous l’avons seulement lavée et nous avons constaté la même chose. » Une rareté qu’il explique par une grange « très saine » et des tas de bois à l’intérieur « connus pour absorber l’humidité ». « C’est un peu le rêve de tout collectionneur. Tomber sur une « Barn Find » [une trouvaille de grange] comme ça. La voiture rare sur laquelle on tombe par hasard. C’est comme trouver un trésor. Sauf que là elle sort vraiment d’une grange. »
Un petit miracle qui laisse pantois les visiteurs. « En plus sa couleur [bleu de schiste] est drôlement belle. Ni ringarde, ni criarde comme on pouvait le faire parfois dans les années 1980 », se félicite Hugues. « C’était une option », se permet de faire remarquer Raphaël de Serres pas peu fier de pouvoir lui proposer un avenir « plus radieux que le broyeur ».
Une voiture qui fait remonter les souvenirs des visiteurs
Bien calée entre deux « cousines » alpines, elle dénote au milieu des voitures de luxe et les visiteurs qui se succèdent ne peuvent s’empêcher de s’arrêter quelques instants. Comme Edouard, plus porté sur une Alpha Roméo de 1964, aucun n’est venu pour la fameuse R5, mais tous en ont entendu parler : « Ce sont des souvenirs. C’est du patrimoine tout ça. On a tous eu un parent, un cousin ou un ami qui a conduit cette voiture. C’était la jeunesse, l’insouciance, les premiers kilomètres de liberté. C’était la voiture de Monsieur Tout-le-monde. Et puis elle plaisait. Regardez le succès de la nouvelle R5 électrique. Ce n’est pas pour rien. »
Et si notre nostalgique se dit déjà « pas loin de la casse », un autre visiteur bien plus jeune tourne autour de la curiosité. Rémi, la vingtaine, photographie la voiture sous toutes ses coutures et la décortique du regard. « Je suis fan des R5. J’en ai plusieurs. Ça a été ma première voiture, mais aussi celle de mon père et celle de mon grand-père. » Ce qui l’impressionne, au-delà de l’état global, c’est le faible kilométrage de l’engin : « Seulement 12 km, je n’avais jamais vu ça. Elle doit être unique pour cela. »
La petite R5 abandonnée et retrouvée intacte 43 ans après dans une grange de Saône-et-Loire vole la vedette aux voitures de sport et de prestige dans une vente aux enchères @20Minutes pic.twitter.com/C36eeyCdcY
— Romarik Le Dourneuf (@rledourneuf) March 13, 2026
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Si celle-ci est « un peu chère » pour Rémi, Raphaël de Serres ne doute pas qu’elle trouvera preneur dimanche. « Elle ne peut pas rouler en l’état. Le moteur est figé sans doute par quarante-trois années d’inactivité. Mais il est en parfait état, il n’est pas bloqué. Il suffirait de revoir tous les fluides et peut-être la culasse et elle pourrait repartir. »
Pourtant le spécialiste ne la voit pas pour autant brûler l’asphalte à l’avenir : « Je pense qu’elle plaira à un collectionneur qui voudrait l’exposer, peut-être dans son salon. » Lui et ses collègues ont même lancé les paris sur le prix auquel elle partira.