Le monde se divise en trois grandes sphères d’influence, aujourd’hui. Vous avez le fuseau américain, nord et sud, revendiqué par Donald Trump. En face, vous avez la Chine de Xi Jinping qui ne dit pas grand-chose pour le moment, mais qui attend son heure dans sa propre zone d’influence comprenant Taïwan, la mer de Chine, le détroit de Malacca,…. Actuellement, hormis les Américains à Taiwan, personne ne contrarie cette stratégie. Et entre les deux, vous avez un vide, dominé par Poutine et ses 5 500 ogives nucléaires. Trump, qui ne s’intéresse pas à l’Ukraine, lui abandonne volontiers la zone, sauf le Moyen-Orient, considérée comme une zone périphérique exclusivement digne d’intérêt pour le pétrole. Le reste, soit l’Europe et l’Afrique, est laissé à la Russie, qui y exerce une influence croissante à travers ses proxys.
« Je suis toujours frappé de voir à quel point les Russes ont peur »
Quel est l’état actuel des relations entre Washington et Pékin ?
La Chine reste la mère des batailles pour les Américains. Les accords de défense que ceux-ci ont passé avec les Sud-Coréens, les Japonais et Taiwan créent une sorte de bouchon qui empêche Pékin d’accéder au Pacifique, et constitue un enjeu stratégique majeur. Difficile de dire comment tout cela va évoluer, mais la Chine pourrait être tentée de passer à l’action à Taiwan. Et la surconsommation de missiles américains en Iran, principalement des Tomahawk, des THAAD et des Patriot, pourrait contraindre les États-Unis à rapatrier leurs stocks positionnés en Corée et au Japon. Ce qui veut dire par ailleurs que pour l’Ukraine, c’est sans doute terminé.
La Russie demeure la grande gagnante de l’éclatement de cette guerre moyen-orientale ?
Absolument, c’est LE pays qui gagne tout de la situation actuelle. D’abord parce que la hausse du prix du baril veut dire « jackpot » pour Moscou, ensuite parce que nous allons inévitablement vers un abandon progressif de l’Ukraine par les Américains. Je ne sais pas dans quelle mesure, je ne sais pas quand, mais on voit déjà que l’embargo vis-à-vis de la Russie dans le domaine du pétrole et du gaz, est en train de se casser la figure. D’autant que les Russes sont malins. Ils n’ont pas livré de S-400, soit le missile sol-air russe le plus performant, à l’Iran. Ils font le minimum syndical et Trump a compris le message, il a compris que les Russes ne bougeraient pas pour soutenir Téhéran. C’est la géopolitique dans tout ce qu’elle a de plus simple et immoral. En laissant le Venezuela et l’Iran à Trump, celui-ci les laisse manœuvrer librement en Ukraine et dans leur sphère d’influence. Moscou a, en outre, consciencieusement rallié le Sud global contre l’Occident à commencer par l’Afrique. A priori, tout s’annonce donc plutôt bien pour Moscou dans les années et les décennies à venir. Il n’y aura bientôt plus grand-chose pour l’empêcher de terminer le travail en Ukraine et de continuer sa campagne de déstabilisation de l’Europe.
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Tout cela pourra-t-il se poursuivre après la mort de Vladimir Poutine ?
Poutine a 73 ans, il peut encore tenir dix ans, et contrairement à ce qu’on croit en Europe, la Russie est très bien structurée. Elle possède en outre la profondeur démographique (145 millions d’habitants), industrielle et stratégique (taille de son territoire) pour continuer à peser. Jamais la Russie ne sera un acteur secondaire, et ça, Trump l’a très bien compris.