En 2010, après deux années d’analyses régulières de la qualité de l’eau, face à la plage de l’Huveaune à Marseille, la fondation Surfrider avait organisé un « enterrement » symbolique, dénonçant l’accumulation « catastrophique » de bactéries et de pollutions plastiques sur ce spot très fréquenté par les surfeurs. Les responsables de l’ONG n’ont donc pas été surpris lorsqu’ils ont appris – une information révélée jeudi 12 mars dans La Provence – que l’Agence régionale de santé (ARS) avait demandé à la Ville d’interdire la baignade pendant un an sur cette plage de sable naturel, surnommée « Épluchures beach ».

L’ARS qui a classé la qualité de l’eau « insuffisante » pour la cinquième année consécutive, s’appuie sur une directive européenne de février 2006 pour réclamer cette interdiction. Elle l’a également demandé pour deux plages situées à Saint-Laurent-du-Var, dans les Alpes-Maritimes.

Les surfeurs exposés aux pollutions

« Chaque année, explique-t-on chez Surfrider, de nombreuses plages sont déclassées. » Concentrée sur Épluchures beach, l’ONG remet en question la seule « surveillance visuelle » effectuée concernant les déchets que les orages et le vent ramènent en nombre sur ce bout de sable situé à l’embouchure de l’Huveaune, un fleuve côtier détourné, mais qui se déverse dans la mer en cas de fortes pluies.

« Si suivre la qualité bactériologique demeure déterminant, rappelle Surfrider Foundation, cela n’est plus suffisant. Les déchets, les proliférations d’algues nuisibles et toxiques et les contaminants chimiques ne figurent toujours pas dans les paramètres officiels de suivi et de classification des zones de baignade alors même que ces différentes pollutions, en lien avec nos habitudes de consommation, ont tendance à se démultiplier. L’enjeu maintenant, souligne Sabine Allou, chargée d’expertise Qualité de l’eau et santé, c’est que cette fermeture serve d’électrochoc pour investir et agir concrètement pour améliorer la qualité de l’eau, car aujourd’hui si la baignade est interdite, les autres usagers du spot restent eux aussi exposés à ces pollutions. »

D’autant que la Ville prévoit de reconvertir les lieux en « spot nautique », dédié aux associations de surfeurs et windsurfeurs.

Chargée de la gestion de l’eau à la Métropole, ce qui inclut le bassin-versant de l’Huveaune, Didier Réault, lui, compte sur les récents travaux de réaménagement et de recréation de méandres sur le fleuve, entre Auriol et La Pomme, pour ralentir son débit et éviter les débordements intempestifs. On pourra mesurer les résultats dès cette année.