CHRONIQUE – Derrière sa fenêtre, contemplant ce monde qui ne lui tend pas les bras, l’enfant regarde ses parents s’éloigner en se demandant pourquoi ils font tant d’efforts pour lui ressembler. Peut-être parce que l’espèce est en voie de disparition.

Il passe trois à quatre heures par jour, allongé dans sa chambre, rivé à l’écran de son téléphone portable. On le lui reproche. Que pourrait-il faire d’autre ? Il n’a plus le droit de sortir, encore moins seul. Ses proches craignent pour sa santé, sa sécurité, son intégrité. Les rues sont dangereuses, les jardins mal fréquentés, l’air vicié. Ou qu’il aille, on le géolocalise. Il n’a même plus le droit de sauter sur les genoux du Père Noël ; de toute façon il n’y en a plus – de Noël et de Père Noël.

Il empâte, se ramollit. Les statistiques sont formelles : à 12 ans, il a une chance sur cinq d’être incapable de courir plus de trois minutes d’affilée ; une sur deux, plus de cinq minutes. Tant pis, il regardera les Jeux olympiques à la télé.

« La journée m’a coûté 500 euros » : dans le 8e arrondissement, le quotidien « intenable » des Mallard, famille recomposée de cinq enfants

Parfois, il a l’impression d’avancer en terrain miné. Quand il part à l’école, on dirait qu’il part à la guerre. Il y a de l’affolement dans son regard. Il doit franchir un check-point comme s’il s’envolait pour Beyrouth. Il a appris à prendre garde…

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Le Figaro

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