Baguette pas trop cuite : le réflexe français qui inquiète
À la boulangerie, la demande est devenue un réflexe : une
« baguette pas trop cuite« . Les artisans la voient
défiler toute la journée. Dans certaines enseignes, environ 80 %
des baguettes partent très claires, preuve d’une tendance lourde.
Ce n’est plus une simple affaire de croustillant. Les
gastro-entérologues y voient un vrai sujet de
digestion et de glycémie.
Chaque matin sur Ça va beaucoup mieux (RTL), le docteur
Jimmy Mohamed répond aux questions santé des auditeurs. Sur ce
point précis, il tranche : demander un pain très blanc, il juge que
c’est une très mauvaise idée. « Et lorsque l’amidon n’est pas cuit,
la baguette est blanche », explique Jimmy Mohamed sur
RTL. De quoi interroger ce que cette mie pâle fait
réellement à l’organisme. La suite étonne plus d’un ventre
sensible.
Ce qui se passe dans votre organisme quand la baguette est
sous-cuite
Le pain reste surtout de l’amidon. Quand la
cuisson est insuffisante, cet amidon n’est pas totalement
gélatinisé. Il échappe alors en partie aux enzymes de l’intestin
grêle, file au côlon et nourrit les bactéries. Résultat attendu :
ballonnements et gaz intestinaux,
surtout chez celles et ceux déjà sujets à l’inconfort. Les
documents de la SNFGE décrivent bien ce mécanisme de fermentation
des glucides mal digérés.
Autre effet moins visible : la montée du sucre sanguin. Une
baguette blanche sous-cuite libère plus vite le
glucose, avec un index glycémique élevé, souvent
situé entre 70 et 95 pour la baguette ordinaire. Le scénario est
connu à midi, puis vers 16 h arrive le coup de mou, pendant que la
fermentation commence. Ce n’est pas une fatalité, mais la cuisson
joue franc jeu.
Cuisson, index glycémique et ballonnements : ce que disent les
médecins
Pour limiter ces effets, Jimmy Mohamed recommande un pain bien
cuit, « avec une croûte dorée et croustillante », conseille-t-il. Il
rappelle aussi que la baguette blanche a été
portée par l’industrie, car une cuisson plus courte coûte moins
cher en énergie et laisse un goût plus sucré. Un confort en bouche,
certes, mais un piège pour la digestion et la satiété. Les
nutritionnistes rappellent qu’une meilleure cuisson rend la mie
moins humide et un peu plus facile à assimiler.
Côté nutriments, le pain blanc apporte environ 2,5 g de fibres
pour 100 g, contre près de 7 g pour un pain complet selon la SNFGE.
Trop peu de fibres, une mie très blanche et parfois pas assez cuite
: l’équation alimente la faim rapide et l’inconfort. Bref,
ballonnements et maux de ventre gagnent du terrain
quand la cuisson est trop courte. Un repère simple aide : viser la
croûte dorée.
Quelle baguette demander et quels pains
choisir au quotidien ?
À la boulangerie, formuler la demande change tout : bien cuite
ou bien dorée. Observer la croûte uniforme, un son un peu creux
quand on la tapote, une mie ni collante ni gommeuse. Éviter aussi
le pain brûlant avalé en vitesse ; laisser tiédir améliore le
confort digestif. Si la baguette achetée est très claire, la garder
pour le lendemain et la toaster aide à former de
l’amidon résistant, ce qui atténue l’index
glycémique. Ce n’est pas magique, mais c’est mieux que
frais et blanc.
Pour un quotidien plus serein, plusieurs choix fonctionnent.
Jimmy Mohamed oriente vers le pain au levain, plus
digeste et plus rassasiant, le pain de sarrasin à
index glycémique un peu plus faible, et le
petit épeautre autour de 7 % de gluten contre 10 à
20 % pour un pain classique. Associer toujours le pain à des
protéines et des fibres végétales limite la flambée glycémique. Et
surtout, demander la baguette pas trop cuite n’a
plus vraiment d’argument santé.
Sources