Cartes Pokémon et impôts : le fisc se penche sur des ventes
record
Des cartons qui valent une fortune et, désormais, une ligne dans
votre déclaration. L’influenceur américain Logan Paul a revendu le
16 février son « Pikachu Illustrator » 16,49 millions de dollars,
après l’avoir acheté 5,3 millions en 2021. Bilan : 11,19 millions
de dollars de gain, soit 9,71 millions d’euros. S’il était résident
français, la Direction générale des Finances publiques lui aurait
réclamé près de 3,5 millions d’euros.
Car Bercy a clarifié la fiscalité des cartes
Pokémon et autres Panini, Magic ou Yu‑Gi‑Oh. Les
plus‑values réalisées lors d’une revente doivent être déclarées.
Sur son site, le ministère de l’Économie détaille désormais le
régime applicable et ses cas particuliers. Entre ventes d’initiés,
enchères et appétit des jeunes investisseurs, le marché a pris de
l’ampleur. Tout se joue à un seuil et à un statut.
36,2 % au‑delà de 5 000 € : comment sont taxées vos cartes
?
Par défaut, ces cartes entrent dans le régime des biens de
consommation. Vous bénéficiez d’une exonération totale si chaque
cession reste à 5 000 € ou moins par transaction
(vente unitaire ou lot). Au‑delà, la plus‑value
(prix de vente moins prix d’achat) est imposée à 36,2
% : 19 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements
sociaux. C’est la règle désormais mise en avant par
Bercy et la DGFiP.
Concrètement, ce taux s’applique uniquement au gain, pas au prix
total. L’exemple Logan Paul parle de lui‑même : sur 9,71 millions
d’euros de plus‑value, l’ardoise théorique approcherait 3,5
millions d’euros en France. Pour une vente supérieure à 5
000 €, une déclaration de la plus‑value
est attendue, même si l’opération est ponctuelle, y compris sur les
plateformes de revente.
Objet de collection ou bien de consommation : ce qui
change
Un cas particulier peut alléger la note. Le Code général des
impôts pose la définition suivante : « un objet est considéré comme
« de collection » s’il présente « un intérêt historique ou
ethnographique », cité par BFMTV. Une première impression ou une
carte exclusive liée à un événement peuvent entrer dans cette
catégorie, au cas par cas.
Si une carte est reconnue comme objet de
collection et vendue plus de 5 000 €,
elle relève d’une taxe forfaitaire de 6 % du prix, à laquelle
s’ajoute 0,5 % de CRDS. Là, l’impôt porte sur le montant de vente,
non sur la plus‑value. Bercy indique qu’un juge
peut trancher en cas de doute sur la nature exacte d’une carte
rare. Selon la situation, ce régime peut s’avérer plus avantageux
que les 36,2 %.
A partir de quand la revente de cartes
Pokémon devient‑elle une activité pro ?
Dès que les opérations d’achat‑revente deviennent répétées et
organisées, l’administration fiscale considère qu’il s’agit d’une
activité commerciale. Il faut alors déclarer une structure et
relever des BIC. Les revenus tirés de cette
activité professionnelle sont imposés selon les règles des
commerçants, avec des obligations comptables et, potentiellement,
de TVA.
Le phénomène s’est structuré, avec des enseignes dédiées comme
Fuji Store à Paris et Lille, ou Cartabaffe à Paris et Caen. Pour
ces acteurs, l’imposition au titre des BIC diffère
de celle des particuliers et peut être plus favorable, à condition
d’être en règle. Pour les amateurs, une revente isolée reste
possible, mais une succession d’opérations peut être requalifiée.
Le fisc regarde désormais de très près ce marché en pleine
effervescence.