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Rédaction Cahors

Publié le

13 mars 2026 à 16h46

Jean Suzanne, figure majeure de la sculpture contemporaine, expose au Patio des Arts de Castelnau-Montratier, dans le Lot, jusqu’au 31 mars 2026.

Le parcours du sculpteur Jean Suzanne

Il y a des trajectoires qui ressemblent à des failles sismiques. À 47 ans, Jean Suzanne a tout quitté. Son poste d’ingénieur en électronique, les bureaux aux néons blafards, les désaccords avec une hiérarchie qui ne le comprenait plus. Pour sculpter. Installé depuis 1975 dans le Quercy, il avait d’abord mené de front conception électronique et création artistique dans son atelier de Puylaroque. Mais en 1985, le choix s’impose, comme une évidence. Il voulait partir, et la réussite fut immédiate.

Le déclic ? Une visite au musée Ingres de Montauban avec Paul Duchein. De cette rencontre naît une certitude : la sculpture sera son langage. Marqué par le travail d’Alicia Penalba, il s’oriente vers l’abstraction en développant des formes aérodynamiques réalisées en métal soudé. Les courbes deviennent son vocabulaire, l’abstrait sa grammaire. Mais avant l’acier, il y eut la cire. Ses premières figurations à fond perdu, travail patient de l’apprenti qui découvre la matière. Puis le bois, la pierre, cette quête incessante de simplification des formes et d’épuration des plans. Son souhait le plus fort : construire des volumes dans l’espace.

Le Lot comme source vive

Ce qui frappe chez cet homme qui vous reçoit au Patio des Arts, l’œil vif sous la casquette, c’est l’ancrage. Le Quercy n’est pas un décor ; c’est une matrice. La nature encore sauvage, les résurgences, les caprices géologiques de cette terre, tout cela irrigue son œuvre. Il observe, dessine, et transpose dans le métal les lignes de force des paysages lotois. Car tout commence par le dessin. Toujours. Une ébauche, un trait qui cherche la structure avant que la soudure ne vienne figer le geste dans l’inox ou le corten.

Le minéral, dans la composition de ses structures, est sa source d’inspiration où l’on retrouve des conceptions architecturales sobres et puissantes, comme des portes géantes où deux matériaux s’opposent, l’acier corten et l’inoxydable, et se partagent la composition. Ce contraste, ce jeu entre le noir oxydé et l’éclat poli, entre le vide et le plein, définit sa signature. Plus tard vient le bois.

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L’ascension fut rapide. En 1986, Jean Suzanne obtient le prix de la Ville de Montauban à l’occasion de l’exposition « Les non figuratifs du midi autour d’Atlan ». Les commandes publiques suivent : Montauban, Albi, Nègrepelisse, des sculptures monumentales qui jalonnent le territoire. En 1993, sélectionné au concours international organisé par la Fujisankei Biennale au Japon, il obtient le prix Henry Moore pour la sculpture monumentale « La Brèche », installée depuis au musée de plein air Utsukushi-Ga-Hara dans les montagnes japonaises. Une reconnaissance mondiale pour ce Quercynois d’adoption.

De l’industrie à l’art, y a-t-il eu passerelle ? « Aucun lien », tranche-t-il. L’ingénieur a cédé la place au sculpteur, sans transition, sans regret. Seul demeure ce goût de la structure, peut-être, cette rigueur qui sous-tend chaque courbe. Et quand on lui demande quelle est sa meilleure œuvre, Jean Suzanne répond avec un sourire malicieux : « Celle à venir. » À 87 ans, le sculpteur de Puylaroque continue de tracer dans l’acier les lignes de force d’un Quercy qu’il n’a jamais cessé d’observer.

Bernard COAT

Exposition au patio des arts jusqu’au 31 mars, rue Étienne Lacavalerie à Castelnau-Montratier.

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