14 mars 2026 à 16h36

KhersonKherson (Ukraine).– Sur l’écran du détecteur de drones, au moment où la masse grise des parasites radio laisse place à une image nette, le chasseur a l’air d’être encore loin. En regardant ainsi le centre-ville de Kherson avec les yeux d’un oiseau, on ne sait toujours pas d’où vient le drone russe, ni qui il traque.

Le détecteur, qui capte le signal radio analogique de l’émetteur vidéo du drone FPV (first-person view), montre exactement ce que voit le pilote russe à travers ses lunettes, alors que l’objet vole depuis la rive occupée du Dniepr.

Le drone se rapproche rapidement. En moins de trente secondes, le hurlement strident des quatre hélices à grande vitesse résonne sur la place de la Liberté. À ce bruit, la plupart des rares habitant·es qui se trouvent à l’extérieur hâtent le pas pour aller s’abriter. Une mère et son enfant se réfugient dans un abri antibombes en béton spécialement conçu, à côté d’un arrêt de bus. D’autres ne réagissent pas du tout.

Le flux vidéo du détecteur s’interrompt juste au moment où le drone descend à hauteur des immeubles de cinq étages qui entourent la place. Quelques secondes plus tard, une explosion retentit. Puis, voyant que le danger est passé, les habitant·es sortent de leur cachette et reprennent leur chemin.

Un habitant de Kherson (Ukraine) se tient près d’un abri, le 21 novembre 2025. © Photo Sasha Maslov / The Kyiv Independent Agrandir l’image : Illustration 1

La scène n’est qu’un aperçu de la réalité sombre et terrifiante des habitant·es de Kherson : ils et elles servent de cibles d’entraînement aux opérateurs de drones russes, qui perfectionnent leurs compétences avant d’être envoyés dans les intenses combats de l’est de l’Ukraine.

« C’est du pur sadisme, assure Dmytro, commandant ukrainien d’une unité de guerre électronique défendant la région au Kyiv Independent. Leurs pilotes survolent la ville, et s’ils ne voient pas de véhicule militaire, n’importe quel véhicule ou personne leur servira de cible, y compris les voitures civiles ou les ambulances. »

Conquise par la Russie puis libérée

La place de la Liberté, dans le centre de Kherson, a été au cœur du parcours vertigineux de la ville depuis février 2022 et le début de guerre à grande échelle menée par la Russie contre l’Ukraine.

Dans les premiers jours qui ont suivi l’occupation de la ville par les troupes russes, en mars 2022 – c’est la seule capitale régionale à avoir été conquise lors de l’invasion initiale –, les habitant·es se sont rassemblé·es en nombre, pendant des semaines, pour protester contre l’occupation. Avant d’être dispersé·es avec des gaz lacrymogènes et des coups de feu.

Huit mois plus tard, lorsque les troupes ukrainiennes ont libéré Kherson, dans l’un des moments les plus émouvants de la guerre pour Kyiv, des milliers de personnes se sont à nouveau rassemblées sur la place. Elles ont embrassé les soldats ukrainiens et défilé dans les rues sans crainte, certaines brandissant des drapeaux qu’elles avaient cachés pendant l’occupation.

Aujourd’hui, plus de trois ans après sa libération, Kherson est plongée dans une réalité dont la noirceur dépasse l’imagination. Avec les troupes russes toujours postées juste de l’autre côté du fleuve, la ville est fréquemment bombardée par de l’artillerie, des tirs de roquettes et des bombes planantes, dont plusieurs ont réduit le bâtiment de l’administration régionale, sur la place, à une ruine béante.

Mais il y a encore plus effrayant : depuis l’été 2024, et de plus en plus chaque mois qui passe, la ville est désormais l’endroit où des civil·es – hommes, femmes, enfants et personnes âgées – sont systématiquement et délibérément pourchassé·es par des drones russes de haute précision.

Ce crime de guerre, cynique et quotidien, est connu des habitant·es locaux et du monde entier sous le nom de « safari humain ».

Celles et ceux qui restent font tout leur possible pour mener une vie normale, dans des conditions totalement anormales.

Depuis que ce « safari » a véritablement commencé, il y a un an et demi, les équipes de dronistes russes pilotent des systèmes de plus en plus sophistiqués. Leur nombre a augmenté de manière exponentielle à Kherson et dans les villages voisins – et le nombre de victimes civiles ukrainiennes avec.

En 2025, un total de 3 152 victimes civiles, dont 332 sont mortes, ont été recensées dans l’oblast de Kherson, selon le projet international d’enquête en sources ouvertes (Osint) Tochnyi, qui a suivi et cartographié de manière exhaustive ce « safari humain » depuis son début. Il faut y ajouter 384 victimes supplémentaires depuis 2024 dans la région parmi les premiers secours, souvent victimes de « doubles frappes ».

Sur terre et dans les airs, les soldats ukrainiens, en collaboration avec les autorités locales, travaillent nuit et jour pour protéger la ville d’une menace sans précédent dans l’histoire mondiale. Pendant ce temps, celles et ceux qui restent à Kherson – environ 50 000 personnes début 2026 –, qui ont déjà vécu l’occupation russe et des années de bombardements, s’accrochent à leurs maisons et font tout leur possible pour mener une vie normale, dans des conditions totalement anormales.

La route menant à Kherson (Ukraine) entièrement recouverte d’un tunnel de filets antidrones, le 21 novembre 2025. © Photo Sasha Maslov / The Kyiv Independent Agrandir l’image : Illustration 2

En arrivant à Kherson par la route principale depuis Mykolaïv, on découvre un spectacle qui semble tout droit sorti d’un film dystopique. Une autoroute entière, recouverte de bout en bout par un tunnel continu de filets antidrones, serpente à travers la steppe aride du sud. À son entrée, un feu de signalisation solitaire, non pas pour réguler un carrefour, mais pour avertir les conducteurs de la présence de drones russes détectés dans les airs.

L’urgence de couvrir l’autoroute s’est fait sentir durant l’été 2025, lorsque la route a été pour la première fois prise pour cible par des drones russes. Du jour au lendemain, la ville héroïque, qui avait déjà tant enduré, s’est retrouvée menacée de voir sa seule ligne de vie coupée.

Aujourd’hui, l’autoroute est couverte, mais les automobilistes préfèrent encore ne pas prendre de risques et traversent le tunnel vers Kherson aussi vite que les conditions le permettent. Ce matin, il pleut et il y a du brouillard : parfait pour faire l’aller-retour.

Le SUV ne roulera plus

Parallèlement, le travail visant à protéger les habitant·es de Kherson intra-muros ne fait que commencer. Chaque jour, des équipes couvrent de plus en plus de rues du centre-ville de filets antidrones, dans le cadre d’une initiative menée et gérée par l’administration régionale.

Les feuilles mortes, la neige et les autres débris qui s’accumulent sur les filets créent une voûte menaçante au-dessus des têtes. Désormais, suivant l’exemple de Kherson, les administrations des régions ukrainiennes situées en première ligne couvrent les routes importantes et les rues des villes de filets.

Une indication fournie par l’armée en fin d’après-midi nous mène à un carrefour, dans un quartier calme et peu peuplé, juste à l’extérieur de la zone rouge. Au milieu de la route : un SUV Audi argenté plutôt récent, qui ne roulera plus jamais. Frappé par un drone FPV russe environ une heure plus tôt, le toit de la voiture est transpercé et enfoncé, le pare-brise et les vitres latérales sont brisés, et l’arrière ne ressemble plus à rien.

Des habitants de Kherson (Ukraine) déplacent une voiture percutée par un drone FPV, le 23 novembre 2025. © Photo Sasha Maslov / The Kyiv Independent Agrandir l’image : Illustration 3

Les deux occupants de la voiture, qui ont eu la chance de s’en sortir vivants, sont hospitalisés pour des commotions cérébrales et des blessures légères, explique notre contact militaire, dernières victimes en date de l’un des actes de cruauté quotidiens les plus terrifiants commis par la Russie. Si les attaques contre les civils ukrainiens dans la rue sont fréquentes, les véhicules restent la cible préférée des chasseurs russes.

De nombreuses vidéos prises par des drones et publiées sur le Telegram russe justifient les frappes indiscriminées sur les voitures, en affirmant que les civils ukrainiens qui se trouvent à l’intérieur sont en réalité des combattants. Se déplacer ainsi devient encore plus dangereux à la tombée de la nuit, les phares étant facilement repérables par les FPV russes équipés de vision nocturne.

Des passants tentent de mettre la voiture au point mort et de la retirer de la route, mais elle ne bouge pas. « La seule chose qui les a sauvés, c’est la vitesse à laquelle ils allaient, dit l’un des passants, qui a vu le FPV percuter la voiture de plein fouet. S’ils n’avaient pas roulé aussi vite, le drone n’aurait pas laissé passer sa cible et aurait directement percuté le pare-brise. »

Les gens du coin déconseillent de rester trop longtemps sur place, car une attaque de drone est souvent suivie d’une autre contre celles et ceux qui se sont rassemblé·es là.

Ils voient n’importe qui, un homme, une femme ou une grand-mère, et ils larguent leurs bombes.

Serhii Shevchenko, blessé par une bombe russe

Mortiers, bombes planantes, artillerie, roquettes, missiles, mines, drones FPV et drones lanceurs de bombes, snipers : située si près des positions russes, Kherson est à portée de presque toutes les armes de l’arsenal russe.

Le vaste éventail d’armes utilisées contre la ville laisse sa marque sur ses habitant·es, sous la forme d’une grande variété de blessures. Dans l’un des principaux hôpitaux de la ville, une chambre terne donnant sur le couloir accueille deux victimes des attaques russes.

C’est une bombe larguée par un drone qui a conduit Serhii Shevchenko, 36 ans, ici. Très probablement le type de modèle chinois utilisé pour la reconnaissance sur la ligne de front grâce à ses caméras haute définition.

« J’étais en route vers le magasin avec un ami lorsqu’un drone nous a repérés et a largué une bombe. Deux jambes en compote, plein de sang, se souvient-il dans son lit en appliquant de la crème sur son pied enflé et parsemé de mauvaises cicatrices. Ils voient n’importe qui, un homme, une femme ou une grand-mère, et ils larguent leurs bombes. Pourquoi chassent-ils les gens comme ça ? Je n’ai pas de réponse. »

Bouleversé, avec une mobilité réduite le temps de sa convalescence, Serhii Shevchenko a au moins l’espoir de retrouver quelque chose qui ressemble à une vie normale. Son colocataire, Volodymyr Baidarov, 53 ans, a eu moins de chance.

Résident d’Antonivka, une banlieue peu peuplée de Kherson située près du pont Antonivka (aujourd’hui détruit) qui enjambe le Dniepr, devenue la partie la plus dangereuse de la ville, Volodymyr Baidarov était sorti pour une course lorsqu’il a marché sur une mine antipersonnel, du type de celles que les drones russes disséminent régulièrement.

Des centaines de drones chaque jour

« Elle était là, dans l’herbe, je ne l’ai pas vue et j’ai marché dessus, dit-il. Le sang sortait de partout. » Réagissant rapidement, Baidarov a utilisé un morceau de fil de fer comme garrot improvisé pour arrêter l’hémorragie. Arrivé chez un ami, ils ont appelé une ambulance, mais en raison de la fréquence des frappes sur les secouristes dans la zone, on lui a dit qu’il devait sortir d’Antonivka par ses propres moyens.

« S’ils étaient arrivés plus vite, la jambe aurait pu être amputée sous le genou, explique-t-il. Mais personne ne veut aller là-bas, tout le monde a peur. »

Une voiture blanche apparaît sur l’image tremblante et pixélisée de la caméra d’un drone. Celui-ci s’en rapproche, sur une route de terre qui traverse un champ aux abords de Kherson. La caméra se rapproche de plus en plus, dans ce qui semble être le prélude à la dernière preuve en date d’une attaque contre un véhicule civil dans la région. Mais au dernier moment, le drone dévie de sa trajectoire et atterrit dans un champ sans faire de dégâts.

La vidéo passe sur le téléphone de Dmytro, commandant du 310e bataillon séparé de guerre électronique, qui fait partie des troupes de marine ukrainiennes. Grâce à un réseau dense et sophistiqué de capteurs, de détecteurs et de dispositifs de brouillage, son unité défend la population de Kherson vingt-quatre heures sur vingt-quatre contre les « safaris humains » de la Russie.

Début 2025, environ 50 à 60 drones russes entraient à Kherson chaque jour, mais en fin d’année, le chiffre dépassait les 300 en moyenne. Des groupes d’intervention mobiles patrouillent dans la ville avec des fusils pour les intercepter, les filets antidrones ne constituant qu’une dernière ligne de défense.

Alors que Dmytro montre la vidéo, on entend au loin des coups de feu provenant d’armes légères, suivis d’une explosion. Dmytro lève la tête. « Ils l’ont abattu. » Dans l’une des bases du bataillon, des soldats scrutent les flux vidéos des drones russes qui arrivent, et transmettent les ordres à leurs équipes de brouillage dans et autour de la ville. Si le travail est bien fait, les drones tombent du ciel alors qu’ils survolent encore le Dniepr, avant même d’entrer dans Kherson.

Sur le canapé, des drones abattus sont alignés. Chaque quadricoptère, tordu et cassé, est le trophée d’une attaque russe ratée, mais aussi un témoignage de la guerre d’adaptation menée par Moscou. Face à la bulle de brouilleurs ukrainiens au-dessus de Kherson, les forces russes testent constamment de nouveaux équipements de communication à installer sur leurs drones.

Antennes utilisant de nouvelles fréquences, câbles à fibre optique posés sur les ponts détruits de Kherson, modules alimentés par l’intelligence artificielle qui se dirigent sans opérateur humain vers les véhicules : tout est fait pour permettre au « safari humain » de se poursuivre.

« L’ennemi perfectionne son art, relève Maksym, spécialiste en brouillage âgé de 28 ans. Ils attendent sur les toits des maisons de civils, des immeubles d’habitation, des entrepôts. Ils attendent jusqu’à ce qu’ils voient quelqu’un descendre la rue, puis ils attaquent. »

Malgré les conditions de vie extrêmes qui règnent ici, la guerre menée par la Russie n’a pas empêché de nouveaux Ukrainiens de voir le jour à Kherson. La cour d’un des centres prénataux de la ville est recouverte d’un dense filet. Mais en bas, dans le sous-sol rénové, les mères des environs se préparent à l’accouchement comme elles le feraient dans n’importe quelle ville en paix.

Tatiana Kuznetsova, âgée de 32 ans, attend son deuxième enfant après une pause de neuf ans, prolongée par les bouleversements liés à l’occupation et à la guerre. « Pourquoi attendre pour être heureux ?, dit-elle, rayonnante. Notre fils aîné gère très bien la situation. S’il entend un drone, il court directement dans notre maison ou notre garage. »

« C’est vraiment dommage, une partie de moi aimerait déménager, mais je ne peux pas et je ne veux pas laisser mon mari ici, alors nous avons décidé de rester », ajoute-t-elle.

Si je n’avais pas de projets pour le futur, je ne préparerais pas les pièces de demain.

Oleksandr Knyha, metteur en scène

Ilona Osadcha, secouriste de 31 ans, est également enceinte. Mais, après avoir vu les effets de la terreur semée par la Russie depuis l’autre côté du fleuve sur les enfants de la région, elle ne prévoit pas d’élever le sien à Kherson.

Le débit frénétique, les yeux épuisés, Ilona Osadcha se souvient avoir répondu à des appels d’urgence après les attaques russes sur sa ville natale de Bilozerka, juste à l’est de la ville. « Je vis dans la zone rouge. Des enfants sont morts entre mes mains. J’ai tenu des enfants blessés. C’est très difficile », dit-elle.

« Il y avait un enfant… ses blessures n’avaient pas l’air graves, deux petits trous, mais c’était un pneumothorax ouvert. “Ne respire pas trop fort, petit”, nous lui avons dit pour le calmer. Mais plus tard, à l’hôpital pédiatrique, il est mort. Ces deux éclats d’obus l’avaient déchiré à l’intérieur. »

Rester à la maison avec un nouveau-né serait égoïste, a réfléchi Ilona Osadcha, dont le mari est également secouriste. Mais elle n’a pas envisagé une seule seconde de partir à l’étranger. « Je veux que mon enfant vive libre en Ukraine, explique-t-elle. J’ai beaucoup d’amis qui vivent à l’étranger, mais ils ont toujours été heureux ici, chez eux. »

Chaque jour, malgré la mort qui les entoure, les gens de Kherson continuent de chercher la joie dans les choses simples. Bravant le danger de se déplacer à l’extérieur, des dizaines d’habitant·es se rendent à une pièce de théâtre mise en scène par le théâtre municipal.

L’actrice Maria Shapochka joue dans la pièce « L’Oiseau dans le grenier » à Kherson, en Ukraine, le 20 novembre 2025. © Photo Sasha Maslov / The Kyiv Independent Agrandir l’image : Illustration 4

La dernière représentation a eu lieu sur la scène principale, la veille de l’invasion à grande échelle, mais aujourd’hui, le bâtiment du théâtre est fermé et les spectacles se déroulent dans un espace souterrain beaucoup plus petit.

« Si je n’avais pas de projets pour le futur, je ne préparerais pas les pièces de demain, dit le metteur en scène Oleksandr Knyha, 66 ans, qui vivait auparavant sur la rive est du fleuve Dniepr, aujourd’hui occupée. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être pessimistes. Je n’ai pas perdu l’espoir de retourner chez moi, de l’autre côté. »

Le spectacle de ce soir est un seule-en-scène joué par Maria Shapochka, une jeune actrice venue pour l’occasion de la ville voisine de Mykolaïv. Intitulée L’Oiseau dans le grenier, l’œuvre se présente sous la forme d’une série de journaux vidéo d’un enfant de Marioupol, déporté et « adopté » par la commissaire aux droits de l’enfant russe Maria Lvova-Belova – visée par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale.

L’événement est à la fois étrangement sinistre et réconfortant. Les habitant·es de Kherson prennent de leur temps pour se rassembler à quelques kilomètres seulement des forces russes et assister à une pièce de théâtre à propos d’encore un autre crime de guerre russe.

Mais ce qui pourrait ressembler à un mélange presque masochiste de chagrin et de dépression devient au contraire une source de communion et de force intérieure. Alors que l’actrice évoque dans la pièce la libération de Kherson, le public regarde, chacun se remémorant la manière dont lui-même a vécu la fin de huit mois de terreur.

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« Kherson, c’est l’Ukraine. Nous ne serons pas vaincus ! », crie un habitant âgé à la fin de la pièce, tandis que le petit public se lève pour une standing ovation. Après la représentation, les employé·es du théâtre et les spectateurs et spectatrices se retrouvent à l’extérieur du bâtiment, discutent avec Maria Shapochka qui tient un bouquet de roses et un metteur en scène de la région, Serhiy Pavlyuk.

Les antennes d’un détecteur de drones dépassent, bien visibles, du sac d’un visiteur, un journaliste local. Juste au moment où la foule commence à se disperser, un drone FPV russe se fait entendre dans les airs, forçant tout le monde à retourner à l’intérieur jusqu’à ce que le signal de fin d’alerte soit donné. Rien d’inhabituel pour cette ville.

« Kherson a montré à toute l’Ukraine et au monde entier comment résister, nous dit Oleksandr Knyha. L’idée que des gens sortent pour manifester contre un agresseur lourdement armé et lui disent : “Nous ne voulons pas de toi” est difficile à comprendre. Mais ce sont des gens libres. »