C’est une tendance encouragée par les pouvoirs publics, qui ont même créé pour cette occasion un bonus : plutôt que de jeter, il vaut mieux réparer, donner une seconde vie à votre four à micro-ondes, votre sèche-cheveux ou votre lave-linge.
Cela fonctionne aussi avec les chaussures et les vêtements. En France, l’occasion représente près de 11% des achats vestimentaires en valeur et cela monte au-delà des 16% chez les 18-34 ans. C’est un marché dopé par l’émergence de géants numériques spécialisés et par la promesse plutôt vertueuse de l’économie circulaire pour lutter contre le gaspillage et la pollution textile. Mais la seconde main qui a toujours existé échappe-t-elle vraiment aux logiques du capitalisme financier ?
La seconde main : un phénomène ancien réinventé par le numérique
Comme le rappelle notre invitée, Maurane Nait Mazi, juriste spécialisée en droit des biens et de la consommation, »dans le dictionnaire de l’Académie française, la seconde main c’est avoir ou acheter après quelqu’un ».
Ce marché, qui existe depuis l’aube des objets, a vu son ampleur démultipliée par l’avènement des plateformes numériques. Ces dernières, en facilitant les transactions et en démocratisant l’accès, ont transformé la manière dont les objets circulent, passant du commerce physique des brocanteurs et fripiers à une économie digitale globalisée. Cet engouement, particulièrement marqué dans le secteur vestimentaire, s’inscrit dans un contexte de prise de conscience écologique et de lutte contre le gaspillage, mais soulève aussi des questions sur sa dépendance aux logiques capitalistes.
La transformation de la seconde main : du militantisme à la financiarisation
Dans les années 2010, la seconde main est de plus en plus associée à la volonté d’une économie durable. Elle prend une dimension écologique et militante. Pour autant, on observe aussi une ‘ »amazonisation » de la seconde main, en prenant pour référence notamment des revendeurs comme Vinted en France. « Aujourd’hui, la seconde main prend une dimension capitaliste qui s’insère dans le consumérisme de nos sociétés »
La médiation des grandes plateformes numériques a donc engendré une nouvelle dynamique : celle de la « finance des objets ». Cette tendance voit des individus acheter dans une optique de revente rapide, transformant le marché en une forme de trading du quotidien, avec une spéculation et une recherche de profit qui rappellent les mécanismes financiers traditionnels, parfois au détriment des acteurs de l’économie solidaire. « On met en marché des collections capsules qui vont créer, drainer un public, il y a des files d’attente pour acheter certains produits qui sont immédiatement revendus sur les plateformes, il y a une spéculation du quotidien, une financiarisation du quotidien. On peut même parler de trading, si on veut utiliser la métaphore dans une économie aussi capitalistique. »