GIGN, hélicoptères, équipes cynophiles… Plus de 900 gendarmes ont été mobilisés pour cette « première phase d’interpellations » lancée ce lundi 9 mars essentiellement dans les Bouches-du-Rhône, a précisé le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, au moment de dresser un bilan, ce samedi, de l’opération Octopus visant à déstabiliser le groupe criminel DZ Mafia.
Une quarantaine de personnes ont ainsi été placées en garde à vue cette semaine, dont certaines – pour des questions pratiques – dans des locaux de la gendarmerie situés dans le Var, confie une source proche de l’enquête.
À l’issue des auditions, vingt-six personnes – dont six sans antécédents judiciaires – ont été mises en examen notamment pour « participation à une organisation criminelle », un nouveau délit qui permet d’accrocher « des personnes qui ne touchent pas les armes, ne touchent pas la drogue, ne transportent pas le cash […] mais qui par leur participation vont permettre à l’organisation de prospérer ».
L’âge moyen des mis en cause est de 28 ans. « Ce ne sont pas nos jeunes adolescents […] qui sont utilisés comme de la chair à canon par le réseau pour s’en mettre plein les poches. Ce sont des personnes qui ont un âge plus avancé, ce qui démontre qu’on arrive au cœur de la structure de la DZ Mafia », se félicite Nicolas Bessone.
Un avocat et deux rappeurs visés par des soupçons
Trois chefs présumés de la DZ Mafia, incarcérés dans le cadre d’autres procédures, sont également dans le collimateur parmi lesquels Gabriel O. « La persistance des activités [illicites] depuis la détention [de cette personne] » est même à l’origine de l’ouverture de l’enquête en 2024, pour « direction et organisation d’un groupement ayant pour activité le trafic de stupéfiants ». « C’est une infraction criminelle punie de la réclusion à perpétuité », souligne le procureur.
« Plusieurs centaines de techniques spéciales d’enquête ont été mises en œuvre », ajoute le magistrat alors que l’avocat lyonnais de Gabriel O. faisait partie des personnes ciblées par le coup de filet de l’opération Octopus. Soupçonné d’avoir permis à son client de communiquer avec l’extérieur, Mᵉ Kamel A. fait partie des quinze personnes placées en détention provisoire dans ce dossier.
« Un artiste de rap » a également été incarcéré tandis qu’un autre a été laissé libre sous contrôle judiciaire. « L’immixtion dans le monde du rap de la DZ Mafia répondait à plusieurs objectifs. Le premier est celui d’avoir une diversification de sources de revenus, dans une économie légale finalement. Mais également de blanchir des fruits des activités illicites. Et puis il y avait un troisième objectif qui est un relais publicitaire également pour la franchise, notamment auprès de la population pénale », explique Nicolas Bessone.

Des centaines de personnes impliquées
Au-delà des liens présumés avec le microcosme musical, « les investigations menées pendant plus d’un an et demi permettaient de dessiner la toile complexe de la DZ Mafia et d’identifier les flux financiers ou les sociétés liées à ce groupe criminel ».
« La circulation des flux financiers par de multiples structures permettait de faire transiter des fonds à des centaines de personnes et d’entités participant de près ou de loin à l’organisation criminelle. » Ce « blanchiment de proximité » se traduira par des fermetures administratives ou judiciaires de commerces dans les prochaines semaines, annonce le procureur.
« Parmi les vecteurs de blanchiment décelés étaient identifiées plusieurs sociétés de location de véhicules et notamment de véhicules de luxe », précise-t-il. D’autres secteurs, tels que celui de la formation sont également évoqués.
« Comment nous nous y sommes pris pour arriver à un tel résultat ? C’est la création d’une Task Force d’une trentaine d’enquêteurs chevronnés, sélectionnés, de la section de recherches (SR) de Marseille, appuyés par des enquêteurs volontaires venus de toute la France », détaille le colonel Olivier Leblanc, à la tête de la SR. « C’est une innovation, nous y avons intégré des enquêteurs financiers, des cyber-enquêteurs, des analystes du renseignement… »
Des investissements à l’étranger
Le coup de filet de la semaine s’est également traduit par plusieurs saisies d’avoirs, à hauteur de 4 millions d’euros : douze biens immobiliers (2,4 millions d’euros), dix-huit véhicules, huit motos et trois quads (756.000 euros), numéraire, cryptomonnaies et comptes bancaires (212.000 euros)… ainsi que de nombreux articles de luxe (sacs, montres chaussures).
« Cette vague d’interpellations ne met pas un terme à cette procédure, ce n’est qu’un début », prévient Nicolas Bessone. « Je peux d’ores et déjà vous indiquer qu’avec le matériel probatoire accumulé, nous allons désormais remonter les circuits de blanchiment plus sophistiqués. » Notamment à l’étranger.
« On a des investissements à Dubaï mais je ne vais pas plus rentrer dans le détail car c’est la deuxième phase de cette enquête. » La rémunération des chefs de la DZ Mafia a pu être estimée à 300.000 euros mensuels.