Dans ses mémoires très attendues, Les enfants, attendez d’entendre ça !, l’icône hollywoodienne Liza Minnelli lève le voile sur l’un des chapitres les plus sulfureux de sa vie : une liaison avec le réalisateur Martin Scorsese dans les années 1970.
À la fin des années 1970, deux tempéraments volcaniques se rencontrent. D’un côté, Liza Minnelli, star mondiale révélée par Cabaret. De l’autre, un cinéaste déjà respecté, Martin Scorsese, obsédé par son art et par la scène new-yorkaise. Leur rapprochement se produit pendant la préparation et le tournage de New York, New York, une ambitieuse comédie musicale qui devait rendre hommage à l’âge d’or d’Hollywood. Très vite, la relation professionnelle bascule.
Dans ses mémoires, Les enfants, attendez d’entendre ça ! (publiés le 10 mars aux Éditions Grand Central Publishing), Liza Minnelli décrit un amour «avec plus de couches que dans des lasagnes». Les deux artistes se reconnaissent immédiatement : même énergie, même intensité, même colère prête à exploser. «Nous étions Italiens, passionnés et totalement engagés dans notre travail», écrit-elle. Mais leur histoire naît dans la clandestinité, car tous deux sont mariés.
Drogues, jalousie et nuits sans fin
Le tournage devient rapidement un tourbillon. Selon Liza Minnelli, la cocaïne envahit leur quotidien. Ce qui n’était au départ qu’un usage festif devient une habitude permanente. «C’était jour et nuit», raconte-t-elle. «Sur le plateau, entre les prises, et le soir quand nous sortions». Le réalisateur aurait justifié sa consommation par son besoin incessant de créativité. Une illusion classique, note aujourd’hui l’actrice avec un mélange d’ironie et de lucidité.
La jalousie n’arrange rien. Un soir, dans le quartier de Greenwich Village, Martin Scorsese explose après avoir entendu dire que Liza Minnelli fréquentait aussi le danseur étoile Mikhail Baryshnikov. Elle admet aujourd’hui que la rumeur n’était pas totalement fausse… Et résume sa relation avec Scorsese par une expression française : un «amour fou».
Un film chaotique et un budget qui explose
L’atmosphère sur le plateau de tournage de New York, New York se ressent aussi sur la production. Le film dépasse largement son budget initial : prévu à 7 millions de dollars, il grimpe à 12 millions et son tournage passe de 14 à 22 semaines. À sa sortie en 1977, il déçoit d’ailleurs au box-office. Pour Liza Minnelli, le projet restera associé à une période de désordre total.
Après le film, l’actrice exige néanmoins que Scorsese mette en scène sa nouvelle comédie musicale à Broadway, The Act. Une décision risquée : le cinéaste n’a jamais dirigé de spectacle sur scène. Les tensions apparaissent immédiatement. Lors de son arrivée au théâtre, Scorsese demande une loge personnelle,un privilège réservé aux acteurs, pas aux metteurs en scène. Minnelli comprend alors que la situation devient ingérable. Elle finit par le licencier. «Cela m’a presque tuée et m’a brisé le cœur», écrit-elle.
À la même période, la santé de Martin Scorsese se détériore. Épuisé et miné par les drogues, il est hospitalisé. Selon Minnelli, son ami proche Robert De Niro lui adresse alors une sévère mise au point : il doit reprendre sa vie en main pour sa fille. C’est ce moment charnière qui mène le réalisateur vers un projet décisif : Raging Bull. Le film deviendra un chef-d’œuvre et marquera la renaissance artistique du réalisateur.
Une rencontre glaciale des décennies plus tard
Le temps a passé, mais les blessures ne semblent jamais totalement cicatrisées. Liza Minnelli raconte avoir tenté de saluer Martin Scorsese lors de la cérémonie des Oscars en 2014. Le réalisateur aurait détourné le regard. «Très triste», conclut-elle simplement.
Dans ses mémoires, l’actrice ne cache rien de ses propres combats. Fille de Judy Garland et du réalisateur Vincente Minnelli, elle dit avoir grandi dans un univers où les addictions étaient omniprésentes. Elle évoque ses passages en cure de désintoxication, son abus d’analgésiques dans les années 2000 et plusieurs épisodes où sa vie a failli basculer. Aujourd’hui, l’artiste affirme être sobre depuis plus d’une décennie. «C’est la plus grande victoire personnelle de ma vie», écrit-elle. Avant d’ajouter une phrase qui sonne comme un avertissement : «Un addict est toujours en rémission… ou en train de mourir».