Dans le ciel des Émirats Arabes Unis (EAU), les Rafale français ne chôment pas pour neutraliser missiles et drones tirés par Téhéran et qui frappent ce pays du Moyen-Orient situé en face de l’Iran ainsi que des intérêts américains basés dans cet émirat. Dans le cadre des accords de défense signés entre Abu Dhabi et Paris, la France vient donc légitimement en aide aux EAU. Depuis une quinzaine de jours, les pilotes français de Rafale ont intercepté plusieurs dizaines de drones Shahed en tirant des missiles air-air MICA avec un taux de réussite très élevé. « Nous avons mobilisé un certain nombre de Rafale et de systèmes de défense antiaérien et de radars aéroportés pour venir en aide à nos partenaires du Golfe touchés par les attaques iraniennes », a prudemment confié des sources diplomatiques. 

Mais, au-delà du savoir-faire indéniable de l’armée de l’armée française, il y a un problème. Un très gros problème même. Le stock de missiles MICA a très (trop) rapidement fondu sous le chaud soleil des Émirats malgré la fameuse économie de guerre lancée depuis plus de trois ans par Emmanuel Macron. Si la France aide autant qu’elle le peut son partenaire émirien reconnaissant, ce conflit révèle à nouveau et cruellement l’une des vulnérabilités les plus criantes des armées françaises, dont l’armée de l’air : les stocks de munitions complexes sont encore très échantillonnaires. C’est le cas aujourd’hui des missiles MICA fabriqués notamment à la Selles-Saint-Denis (Loir-et-Cher) par MBDA, coentreprise détenue par Airbus (37,5%), le britannique BAE Systems (37,5%) et l’italien Leonardo (25%).

Cette situation aux EAU met en tension tout le ministère des Armées et au-delà. Ce qui génère quelques chicayas et pas mal de mauvaise foi entre l’état-major des armées (EMA) et la Direction générale de l’armement (DGA) mais aussi entre l’hôtel de Brienne et MBDA, qui a des délais de livraisons de près de deux ans pour la livraison de missiles MICA supplémentaires. Le Premier ministre, qui a été auparavant ministre des Armées et chef d’orchestre de l’économie de guerre, a décidé de s’impliquer dans le dossier. Selon des sources concordantes, Sébastien Lecornu a convoqué tout ce petit monde sur les nerfs pour une réunion de crise mardi à Matignon et trouver des solutions capacitaires dans la durée.

L’EMA reproche à la DGA de ne pas accélérer pour trouver des solutions alternatives moins onéreuses qu’un MICA pour intercepter les drones bas-coût comme les Shahed, dont le coût atteint environ 30.000 à 50.000 dollars l’unité. Un missile d’ancienne génération MICA coûte quant à lui entre 600.000 et 700.000 euros, selon les estimations les plus basses. De son côté, la DGA ne veut pas prendre le risque de livrer aux armées des systèmes d’armes fabriqués par des nouveaux entrants très agiles, qui ne seraient ni fiables, ni performants. Ce qu’on ne manquerait pas de lui reprocher in fine. En d’autres termes, les missiles MICA sont chers mais ils sont ultra-performants pour défendre les EAU et les cibles visées par les Iraniens.

Quant au ministère des Armées, il reproche à MBDA de pas avoir anticipé les commandes à venir de la DGA et donc de ne pas pouvoir accélérer les livraisons de MICA. Si le missilier a augmenté les cadences de production de ses missiles, il ne souhaite pas pour autant, comme tout bon industriel qui se respecte, fabriquer sans avoir signé un contrat. Mardi à Matignon, le PDG de MBDA Eric Béranger, qui a déjà été dans le collimateur de Sébastien Lecornu dans le cadre de l’économie de guerre, va se trouver à nouveau dans une situation très compliquée face la puissance publique.

Pour ceux qui avaient oublié, la guerre coûte cher en étant consommatrice de munitions, notamment de missiles. Malgré la remontée des budgets des armées depuis 2017, la France paie aujourd’hui cash ses désinvestissements massifs dans son outil de défense à partir du milieu des années 1990. En dépit de la future recapitalisation de la loi de programmation militaire (LPM), il manque encore de l’argent, beaucoup d’argent pour que les armées soient prêtes à une guerre de haute intensité et pour faire face aux différentes crises internationales, qui peuvent entrainer des pays alliés ayant signé des accords de défense avec la France comme les Émirats Arabes Unis.