Après un dernier Crunch en montagnes russes, les Bleus ont remporté leur 28e Tournoi. Un trophée de plus dans l’armoire au terme d’une campagne où ils auront alterné beaucoup de bon, un peu de moins bon, et appris pour la suite.
Les sourires n’avaient pas quitté les visages, les supporters étaient toujours en train de célébrer sur le parvis et aux abords du Stade de France, qu’il était déjà l’heure de tirer le bilan et de se projeter vers la suite. Vainqueur de l’Angleterre sur une pénalité après la sirène de Thomas Ramos (48-46), samedi 14 mars, le XV de France a arraché l’édition 2026 du Tournoi des six nations envers et contre tout, pour deux petits points dans le Crunch décisif.
Sur la plus haute marche du podium, avec un 28e trophée à ajouter au palmarès, les Bleus ont validé la plupart de les objectifs, au premier rang desquels la victoire finale, dans une compétition dont ils étaient annoncés grands favoris par leurs adversaires. « C’est une victoire finale, et je ne vais pas bouder mon plaisir de le répéter », a savouré le sélectionneur Fabien Galthié après la rencontre.
Pendant cinq semaines, les Bleus ont souvent montré qu’ils étaient capables de maîtriser leur sujet presque à la perfection. Portés par un modèle de jeu basé sur l’équilibre, après des années à alterner entre dépossession et repossession, une nouvelle organisation de charnière à trois, Antoine Dupont-Matthieu Jalibert-Thomas Ramos en plaque tournante du jeu, et du talent offensif à revendre sur les ailes, les Bleus ont d’abord fait forte impression.
Notamment en entamant par une démonstration et un premier grand coup frappé face à l’Irlande en match d’ouverture, avec une heure de domination dans tous les secteurs avant un léger relâchement en fin de partie. Face au pays de Galles, l’équipe la plus faible sur le papier, ils ont poursuivi le festival offensif, en signant leur victoire avec le plus de points inscrits face au XV du Poireau (54). Une semaine plus tard, malgré une sortie moins impressionnante face à l’Italie dans le contenu, ils ont réalisé le plein nécessaire d’une victoire bonifiée dans la quête du sans-faute. Quand il s’est mis en position de gagner et de démontrer sa supériorité sur la pelouse, le collectif tricolore l’a fait avec la manière.
Les Bleus semblent également avoir passé un cap sur le plan mental, à l’image du combat acharné pour aller chercher la victoire et le titre sur une ultime pénalité, après avoir été transpercés à la 76e minute par un septième essai anglais qui aurait pu tout changer. Une semaine plus tôt, en grande difficulté en Ecosse, ils s’étaient accrochés pour sauver un point de bonus offensif très précieux dans le tableau des comptes. « C’est le caractère de cette équipe, capable de chercher un point de bonus en Écosse (défaite 50-40) alors qu’on était en difficulté ou de gagner ce soir alors que c’était pas fait », a ainsi assuré Matthieu Jalibert sur France 2.
« Je dirais que cette victoire et ces deux matchs (avec celui de l’Ecosse) sont le fruit de l’apprentissage de ces sept dernières saisons. ».
Fabien Galthié, sélectionneur du XV de France
Dans un Tournoi qui n’a pas eu beaucoup de sens, où il n’y a pas d’équipe invaincue et pas de cuillère de bois, où le pays de Galles a mis fin à une série de trois ans sans succès, où l’Angleterre, qui arrivait pleine de confiance sur une série de 11 victoires de rang, a concédé la première défaite de son histoire face à l’Italie, ce sont finalement eux qui ont tiré leur épingle du jeu avec le plus de brio. « Une fois qu’on a gagné, on ne retient que le nom du vainqueur », estimait d’ailleurs le capitaine Antoine Dupont avant le match, espérant un sacre pour faire oublier « beaucoup de choses passées ».
La victoire et le doublé, le premier pour le rugby français depuis presque 20 ans (2006-2007), ne sont évidemment pas à renier, et l’explosion de joie qui a traversé le Stade de France sur la dernière pénalité de Thomas Ramos, tant en tribunes que sur la pelouse, en est sans doute la plus belle preuve. Mais ce Tournoi 2026 a aussi pointé des failles qui subsistent dans le jeu et l’organisation tricolores, des axes sur lesquels les Bleus de Fabien Galthié continuent de pêcher, et à travailler.
Les deux dernières sorties, en Ecosse et face au XV de la Rose samedi soir, ont souligné la fébrilité de l’organisation défensive et du dernier rideau face à une opposition bien huilée (Angleterre) ou portée par des talents individuels sur les lignes arrières (Ecosse). Sur ce plan, la fin de Tournoi est à oublier, avec 14 essais concédés sur les deux dernières journées, soit trois de plus que sur l’intégralité de l’édition 2025, et une impression latente de craquer trop facilement sur la ligne. Samedi soir, la première mise en échec significative de l’attaque anglaise n’est arrivée qu’à la 75e minute, à un joueur de moins (ce qui peut aussi s’ajouter au tableau de la progression mentale). « Pour la suite, il faudra se dire les choses, car on ne peut pas, à ce niveau-là, prendre 50 points. Si on veut exister dans les grandes compétitions… Avec autant d’essais encaissés, ça sera sans nous », a prévenu Thomas Ramos au micro de France 2. Une analyse « juste », selon son sélectionneur, et évidemment identifiée parmi les points de progression, tout comme la discipline, « deux points forts qui se sont ensuite délités », selon Matthieu Jalibert.
Le choc de la claque reçue en Ecosse, et dans une moindre mesure le scénario fou du Crunch, ont aussi rappelé que cette équipe pouvait encore perdre le fil. Depuis le Grand Chelem de 2022, elle n’a plus réalisé une année complète à haut niveau, se prenant les pieds sur des rendez-vous souvent importants. « On a commencé de la manière la plus idéale, peut-être qu’inconsciemment, on a cru que ce serait plus simple. On est vite rappelés à l’ordre », a expliqué Fabien Galthié. « C’était un peu linéaire, on a toujours besoin d’avoir parfois une piqûre de rappel, alors elle n’est pas volontaire, et on préférerait gagner tous les matchs, mais on en a besoin aussi, ça en fait partie », estimait Dimitri Yachvili, consultant France Télévisions, après le match en Ecosse.
Signe qui ne trompe pas, Antoine Dupont n’a pas voulu s’étendre sur les raisons de cette fin de Tournoi chaotique : « On aura le temps de l’analyser. Aujourd’hui, on est plus dans l’appréciation du moment, a-t-il dit après la victoire sur l’Angleterre. Il y a beaucoup de choses à revoir, tactiques, techniques, l’approche du match… »
Car les occasions d’apprendre vont inévitablement se resserrer à l’approche du rendez-vous de l’automne 2027, point d’orgue du deuxième mandat de Fabien Galthié. À ce Tournoi 2026 suivra la première édition du Championnat des nations, qui s’étendra sur les tournées d’été et d’automne, et qui mettra les Bleus aux prises avec toutes les meilleures nations de l’hémisphère sud, avant d’espérer les retrouver sur la scène mondiale en Australie à l’automne 2027. Ensuite, « il nous reste encore un tournoi », se projetait Fabien Galthié. « On va essayer d’être encore meilleurs pour le Tournoi prochain, mais c’est une compétition tellement difficile ». Il faut au moins ça pour continuer de progresser et de passer les caps.