Ils passent leur tour. Les électeurs de Lissy (Seine-et-Marne) sont les seuls en Ile-de-France à ne pas se rendre aux urnes pour voter dans le cadre du premier tour des élections municipales, ce dimanche 15 mars. Comme dans 67 autres communes en France qui sont dans la même situation, dont le village de Bienville (Oise), le combat cesse, faute de combattants !
Dans ce village de 372 habitants, situé au milieu des champs à 10 km au nord de Melun, le maire sortant, Jean-Claude Lecinse (SE) achève son cinquième mandat. « Un de mes adjoints a voulu monter une liste mais il n’a pas réussi », constate l’édile âgé de 85 ans. En clair : aucun dépôt de candidature dans sa commune, rendant ainsi toute élection impossible. En 2020, 168 personnes s’étaient déplacées aux urnes, sur 223 inscrits, pour réélire le maire sortant, seul en lice.
Une délégation spéciale va être nommée
La préfecture de Seine-et-Marne a transmis à Jean-Claude Lecinse une feuille de route précise. « Cette situation entraîne l’impossibilité de constituer le conseil municipal et impose, dans les huit jours suivant la date du premier tour, la nomination, par le préfet, d’une délégation spéciale, conformément au Code général des collectivités territoriales (CGCT). Le maire et les adjoints sortants demeurent en fonctions jusqu’à cette nomination », écrivent les services de l’État.
Composée de trois membres dans une commune de cette taille, « choisis pour leurs compétences et leur impartialité », la délégation spéciale assurera exclusivement la gestion des affaires courantes et urgentes, « afin de garantir la continuité du service public dans la commune et de préparer l’organisation de nouvelles élections municipales ».
Bienville, dans l’Oise, fait partie des 68 communes de France où aucune liste n’a été enregistrée pour les municipales. LP/Florent Heib
Situation similaire à Bienville (Oise), où une délégation spéciale va également être mise en place. Ni Patrick Leroux, maire (SE) sortant, qui arrête pour des raisons de santé, ni un autre élu, n’a choisi de se porter candidat. « C’est la première fois que ça nous arrive, s’étonnait alors Gaston, un retraité du village interrogé par Le Parisien. J’ai toujours voté ici. D’ailleurs, il y a souvent eu deux listes. On n’est pas du tout habitué à cette situation. »
« Je ne peux pas laisser ma commune comme ça »
En Seine-et-Marne, le budget 2026 sera élaboré par la préfecture avec la Trésorerie, selon Jean-Claude Lecinse. Un nouveau scrutin devra être organisé dans un délai de trois mois à compter du 15 mars. La délégation spéciale prendra fin dès la constitution d’un nouveau conseil municipal.
Lissy, 1er mars 2026. Agé de 85 ans, après déjà cinq mandats de maire, Jean-Claude Lecinse (SE) va devoir devoir rempiler en l’absence de candidat déclaré aux prochaines élections municipales.
Jean-Claude Lecinse en a aussitôt informé ses administrés par une distribution de tracts. « Les habitants attendent, ils sont un peu inquiets, reconnaît-il. Certains m’appellent pour savoir si je repars. Je dis oui et ça les rassure… »
Toujours bon pied bon œil, l’élu compte donc rempiler, comme d’autres maires octogénaires de Seine-et-Marne le font, certains par choix, d’autres par obligation. Il se dit prêt à remonter une liste. « Je ne peux pas laisser ma commune comme ça. Après deux mandats d’adjoint et cinq mandats de maire, ça fait mal au cœur », souffle celui qui est né dans ce village, comme son père auparavant.
En forme, il souligne qu’il est également « épaulé par Rebecca », la secrétaire de mairie qui partage à ses côtés cette situation inédite. Jean-Claude Lecinse admet que la fonction de maire ne l’empêche pas de cultiver son jardin. « C’est une détente », sourit l’élu. Un nouveau mandat ne compromet pas ses projets. « Je n’avais pas prévu de faire des voyages… », s’amuse-t-il.