Bernard et Régine Verger, un couple de Lyon touché par la maladie d'Alzheimer.Bernard et Régine Verger, se battent ensemble contre la maladie depuis 3 ans. © DR

Le diable se cache souvent dans les détails, mais il y a des signes, dans l’intimité d’un couple qui se connaît par coeur, qui ne trompent pas. Les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer se détectent le plus souvent dans le quotidien, et ce sont les proches qui, le plus souvent, en font le premier constat.

“Il n’arrivait plus à se diriger en voiture”… Infirmière à la retraite, Régine Verger a fait une grande partie de sa carrière aux Hospices Civils de Lyon, ainsi qu’en Haute-Savoie, entre Sallanches et Mégève. Déformation professionnelle oblige, elle suspecte immédiatement le pire, lorsque les indices s’accumulent. Nous sommes en juin 2023 et son mari Bernard, 79 ans, multiplie en effet distractions et maladresses, plutôt inhabituelles chez ce chef d’entreprise qui a toujours mené sa vie avec assurance.

“Les premiers signes se sont manifestés par des oublis dans la mémoire immédiate, et par une conduite dangereuse, il n’arrivait plus à se diriger en voiture. À la maison, il oubliait d’éteindre la lumière, de couper les plaques de la cuisinière, de fermer les portes, de brancher l’alarme de la maison, etc. Toutes ces choses qu’il avait l’habitude de faire sans problème, et qui peuvent porter à conséquence”.

“J’ai pensé tout de suite à Alzheimer”

Alors que Bernard cultive un inévitable déni, l’ancienne soignante, elle, ne se pose pas de questions. “J’ai pensé tout de suite à Alzheimer et je l’ai incité à aller voir notre médecin traitant”. Ce dernier prescrit une IRM et une série de tests, qui conduisent à la consultation d’un neurologue, à l’hôpital “Neuro” (hôpital neurologique Pierre Wertheimer, Groupement Est des Hospices Civils de Lyon).

Un petit mois après les premiers signes, le verdict, implacable, tombe pour ce couple, dont la retraite s’écoulait jusqu’ici dans le paisible décor de Dommartin, dans l’Ouest lyonnais. “C’est allé très vite”, confirme Régine. “Le ciel m’est tombé sur la tête… Un tel diagnostic est extrêmement traumatisant. Bernard a eu du mal à l’accepter. Mais le déni s’est rapidement mis en place. Il disait qu’il allait très bien et qu’il n’y avait pas de raison de s’en faire…”

L’ancien patron villeurbannais fait de la résistance, mais son neurologue, le Dr Bernard Croisile, l’aide à surmonter cette phase de déni : “C’est quelqu’un d’anxieux”, témoigne sa femme. “Il prend matin, midi et soir, un anxiolytique et un antidépresseur pour être plus calme et mieux aborder sa pathologie”.

Maladie d’Alzheimer : les bienfaits d’une prise en charge précoce

Trois ans plus tard, Bernard suit avec assuidité son traitement destiné à repousser les symptômes de la maladie, administré dès le départ. Cette prise en charge précoce, selon son épouse, a son incidence : “en regardant autour de moi, je constate une différence. La maladie se développe, mais je trouve que mon mari va mieux que d’autres patients, qui eux sont déjà placés dans des établissements spécialisés”.

Au côté des thérapies conventionnelles, il multiplie les exercices et ateliers voués à entretenir sa mémoire. Cette stimulation cognitive a pour cadre de multiples acteurs, entre Hôpital de Fourvière, deux jours par semaine, et le dispositif d’accueil de France Alzheimer Rhône, où il participe notamment à des séances de “karaté santé”. “Un professeur de karaté, dont l’épouse est atteinte de la maladie, a décidé de prendre un groupe en charge et de faire travailler ses membres au niveau gestuel, assouplissement des articulations, assouplissement musculaire…”

Ces différentes approches et techniques  rythment le quotidien de la plupart des malades d’Alzheimer. Et de leurs proches. Régine, elle, s’est formée à l’accompagnement de son mari, suivant notamment par deux fois une formation spécifique aux aidants. Aujourd’hui, elle donne une partie de son temps à France Alzheimer Rhône, “une association magnifique qui prend en charge tous les malades. Enfin, ceux qui le souhaitent, car nombreux sont ceux qui restent à la maison…”

“Qui est ce gars, qui était là hier ?”

Son quotidien, pour autant, reste focalisé sur Bernard. La maladie, depuis trois ans, a évolué vers un syndrome amnésique complet : “il oublie ce que je lui ai dit quelques secondes auparavant…”, livre-t-elle. “Je lui prépare ses habits le matin, organise et assure ses repas… Je peux difficilement le laisser seul”. Si le cerveau vacille inéluctablement, cette présence constante et les efforts thérapeutiques payent : “mon mari est encore tonique. On faisait beaucoup de randonnées ensemble, et on continue”.

Régine Verger reste pudique sur ses propres sentiments. Son monde s’est effondré, mais elle s’accroche au souvenir d’une vie heureuse. D’autant que la perte de mémoire de son mari ne va pas encore jusqu’à l’indifférence : “je suis en permanence avec lui, donc il me reconnaît. Par contre, ce n’est pas le cas des amis, ou même de notre fils, qui n’habite plus à la maison. Il m’a déjà demandé qui était ce gars qui était avec lui la veille. Et cela, c’est extrêmement traumatisant et difficile à gérer pour moi”…

Malgré la douleur de ces instants qui s’échappent, Régine continue d’avancer, soutenant Bernard chaque jour. Si la mémoire s’efface et les repères s’évaporent, l’affection et le courage, eux, demeurent.

À SAVOIR

Régine et Bernard Verger ont tous les deux été conviés à partager leur expérience de la maladie d’Alzheimer, l’une comme aidante, l’autre comme victime, en ouverture de la 7eme conférence internationale sur la maladie d’Alzheimer, organisé par l’ADI (Alzheimer’s Disease International) et l’association France Alzheimer, du 14 au 16 avril 2026 au Centre de Congrès de Lyon. Le plus grand événement consacré à la maladie dans le monde réunit tous les deux ans un millier d’experts et délégués issus de toute la planète.

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