Adkins, l’homme, la légende (presque)

Il faut rendre à César ce qui appartient au roi du kick retourné : Scott Adkins reste, envers et contre tout, l’un des artistes martiaux les plus impressionnants de sa génération. Dans Prisoner of War, l’acteur incarne l’officier des forces spéciales James Wright, capturé par l’armée japonaise en 1942, et détenu dans un camp de prisonniers aux Philippines. Et dans ce contexte, Adkins ne ménage pas ses efforts pour transformer chaque escarmouche en une démonstration de force brute.

Soutenu par le travail du chef cascadeur Stephen Renney (Monkey Man) et du chorégraphe Alvin Hsing (Bullet Train, Ninja Apocalypse), Adkins bénéficie d’un écrin qui met splendidement en valeur sa technique hors norme. Contrairement aux productions qui cachent l’incompétence de leurs acteurs derrière un montage épileptique, la caméra de Mandylor a le bon goût de rester fixe et fluide, souvent collée aux corps de ses combattants. L’action y est d’une lisibilité exemplaire, permettant d’apprécier la précision millimétrée des enchaînements.

Et cette clarté visuelle sert parfaitement l’inventivité des chorégraphies, qui n’hésitent pas à s’aventurer sur le terrain du grand guignol le plus total. Le film assume pleinement son statut de divertissement régressif à travers des séquences d’anthologie qui fleurent bon la série B décomplexée des années 80.

On retiendra notamment ce moment de grâce absurde où Adkins, dans un élan de bravoure surhumain, balance un drop kick (venant du catch, un coup sauté où on balance ses pieds joints dans la trogne/le torse de l’adversaire) phénoménal projetant un soldat ennemi directement sur une mine. L’explosion qui s’ensuit, pulvérisant le malheureux dans un déluge d’effets pratiques approximatifs, constitue le pic émotionnel (et comique) d’un film qui sait flatter les bas instincts des amateurs de tatanes.

prisoner of war scott adkins

Dans trois secondes, il aura bonne mine

Le plaisir pris devant ces fulgurances est d’autant plus grand qu’Adkins semble être le seul à croire sincèrement à ce qu’il fait (mention spéciale à Peter Shinkoda, Nobu Yoshioka dans la série Daredevil sur Netflix, en service minimum). Son sérieux imperturbable, même lorsqu’il exécute des mouvements physiquement impossibles en pleine jungle, insuffle une énergie brute au film. On sent une réelle volonté de proposer des combats rugueux, où chaque coup porté semble avoir un poids et un impact réel. C’est du travail d’artisan, de la sueur et du muscle, qui rappelle que le cinéma d’action est avant tout une affaire de performance physique et de géométrie dans l’espace.

Ceci dit, ce tableau presque idyllique pour le fan de baston se heurte à une frustration majeure, celle d’une retenue visuelle inexplicable pour un film classé Rated-R (soit interdit aux moins de 17 ans non accompagnés d’un adulte). Pour une œuvre traitant de la brutalité des camps de prisonniers et des combats rapprochés à la baïonnette (en mousse, certes, mais tout de même), l’absence de gore se fait cruellement sentir. On aurait aimé que la caméra de Mandylore soit aussi généreuse en hémoglobine qu’elle l’est en coups de pied sautés.

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« On t’a dit qu’il ne peut en rester qu’un !!! »Rambof

Et s’il n’y avait eu que de la baston, on aurait été content. On lui pardonnerait presque son côté fauché, flagrant à chaque seconde de Prisoner of War. Entre les méchants qui brandissent des couteaux en mousse dont on voit clairement la lame plier au moindre contact avec une surface dure, et des costumes de soldats qui semblent avoir été dénichés au Kiloshop du coin le matin même du tournage, l’immersion est mise à rude épreuve.

Les décors, quant à eux, se battent en duel : on a l’impression que toute la guerre du Pacifique se résume à quatre buissons de fougères et deux clairières tournées en boucle sous des angles différents. Un manque de moyens qui peut prêter à sourire au début, mais finit par souligner la pauvreté globale de l’entreprise.

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Scotty quand on dit du mal de ses films

Le véritable problème de Prisoner of War ne réside pas dans son portefeuille vide, mais dans son fond idéologique proprement consternant. Le scénario recycle une vision manichéenne et périmée de la guerre du Pacifique, digne d’un dépliant de propagande de 1942. Les héros occidentaux – blancs, musclés et impeccables de moralité – y sont opposés à des sadiques caricaturaux dont la seule fonction est de ricaner bêtement en torturant des prisonniers.

Et sur cette tartine de malaise, on vient étaler une écriture d’une platitude désolante. Les dialogues s’enchaînent sans aucune conviction, servant uniquement de remplissage entre deux séquences de combat. Aucun personnage n’existe en dehors de sa fonction archétypale, et le peu d’enjeux dramatique est systématiquement désamorcé par des résolutions stupides. On assiste à un défilé d’acteurs aux fraises, dont le regard vide semble crier leur envie d’être ailleurs, perdus dans un récit qui ne sait jamais s’il veut être un drame de guerre sérieux ou un pur véhicule pour la star Adkins.

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Quand Scott chope quelqu’un qui refuse de faire des heures sup’

On a évidemment gardé le pire meilleur pour la fin. Pour le spectateur francophone, le supplice de Prisoner of War atteint des sommets avec une version française absolument apocalyptique. La médiocrité du doublage rappelle les pires heures du direct-to-video des années 90, évoquant le « travail » de Godfrey Ho sur ses films de ninjas multi-remontés, voire le doublage du dessin animé Ken le Survivant (version années 80).

C’est tellement hors-sol, avec des intonations à côté de la plaque et une synchronisation labiale inexistante, qu’on finit par se demander si la distribution n’a pas eu recours à une IA pilotée par un stagiaire au bout du rouleau. Un véritable naufrage qui achève de transformer le film en terrible nanar, tout juste sauvé des tréfonds de catalogue VOD grâce aux scènes de bagarre sauvage d’Adkins.

Prisoner of War est disponible en VOD depuis le 6 mars 2026.