5,6 milliards de dollars, c’est le coût des missiles tirés
par les États-Unis sur l’Iran lors des seuls deux premiers jours de la guerre
coordonnée avec Israël –soit environ 4,9 milliards d’euros. Depuis le 28
février 2026, date de reprise des bombardements sur la république islamique, qui
font écho à la guerre des Douze Jours lancée en juin 2015, et qui ont déjà fait
plus de 1.300 morts, les missiles pleuvent sur la région, avec pour premières
victimes les populations civiles.

Mais les stocks d’artillerie ne sont pas infinis et les
experts se demandent jusqu’à quand pourront durer les assauts des puissances
impliquées. Alors que le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas
Araghchi, a déclaré que son pays était «prêt à poursuivre ses attaques par
missile sur [les pays du Golfe alliés aux États-Unis] aussi longtemps qu’il le
faudra», la riposte iranienne, qui a ciblé jusqu’à présent treize pays différents,
pourrait bien tourner court par épuisement des munitions.

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter de Slate !
Abonnez-vous gratuitement à la newsletter de Slate !Les articles sont sélectionnés pour vous, en fonction de vos centres d’intérêt, tous les jours dans votre boîte mail.

Une guerre d’usure?

Avant la guerre des Douze Jours, l’Iran comptait entre 2.000
et 3.000 missiles en réserve, indique un article de Vox. Environ 600 ont été tirés lors de ce précédent conflit et d’autres ont été détruits au sol par les bombardements israélo-états-uniens.
Bien que le pays attaqué ait tâché de reconstituer son arsenal, les frappes
aériennes, en visant notamment ses installations militaires, ont affaibli ses
infrastructures d’attaque et de défense.

Selon l’armée des États-Unis, l’assaut amorcé fin février aurait
mené à une diminution de 90% des lancements de missiles et de 83% de l’utilisation
de drones iraniens. Cette forte réduction de la cadence des frappes iraniennes
pourrait toutefois être en partie liée à une question de stratégie, le pays se
préparant à une guerre à plus long terme nécessitant de garder des réserves.

Si la taille du stock iranien en matière de drones est inconnue,
la capacité de production du pays était estimée à environ 10.000 par mois avant
la guerre. Bien qu’elle ait probablement baissé depuis, le Shahed, un drone d’attaque
unidirectionnel développé par l’Iran à faible coût, permet notamment au pays de
maintenir le détroit d’Ormuz fermé aux exportations de pétrole: une réponse économique
qui frappe les États-Unis au portefeuille, à défaut de pouvoir les atteindre
militairement.

En ciblant l’économie pétrolière mondiale, l’Iran prend
exemple sur ses alliés houthis du Yémen, qui étaient parvenus à paralyser le
transport d’armateurs en mer Rouge à l’aide de relativement peu de missiles et
de drones visant les navires dans la zone, en réponse au génocide
perpétré à Gaza.

Préserver son arsenal de défense et d’attaque

Du côté d’Israël, des États-Unis et des pays du Golfe, c’est
surtout le stock de missiles d’interception antiaérienne (principalement
des systèmes de missiles Patriot ou THAAD) qui pose problème. Ces systèmes de
défense
sophistiqués représentent un coût colossal, qui se chiffrait déjà du
côté des États-Unis à plus de 2,4 milliards de dollars (2,1 milliards d’euros environ) au bout des cinq
premiers jours de guerre.

Lors du conflit de juin 2025, l’armée américaine avait utilisé
près d’un quart de son stock de THAAD, alors que seulement onze missiles intercepteurs
sont fabriqués chaque année. Même ses missiles de croisière Tomahawk ont été
tirés à une cadence dépassant de loin la chaîne de production, qui pourrait
mettre plusieurs années avant de permettre une reconstitution des stocks.

Au total, et bien qu’Israël ait refusé de publier ses taux d’interception
afin de rendre plus ardue l’évaluation de ses propres réserves, on estime que
90% des missiles et des drones envoyés depuis l’Iran ont été interceptés, mais
le 10 mars, plus de 25% des drones tirés sur les Émirats arabes unis ont réussi
à passer à travers le système de défense.

Si l’Iran n’a pas les moyens de submerger les systèmes de défenses
de la région, le pays reste en capacité de maintenir une pression accrue sur
ses ennemis, et de leur infliger des pertes financières massives en jouant la
carte de la crise pétrolière.