Prière de ne pas s’asseoir ! Ça pourrait céder. « Ce n’est quand même que du papier mâché ! »
Et pourtant l’incitation est forte : dossier rebondi, assise généreuse, table avenante. Au plafond des suspensions Belle Époque, sur le buffet bouteilles, quiches, pâtés lorrains et même plateau de fruits de mer ! L’illusion est assurée. Et pourtant, en effet, ce décor qui affiche des ressemblances (en rien fortuites) avec l’emblématique brasserie L’Excelsior, est bel et bien fabriqué en simple papier, habilement peint et adroitement façonné. Le tout « reconstitué » dans les murs du CCGP, Centre Culturel Georges Pomp It Up.
Salon de coiffure
À l’œuvre ? Des spécialistes du genre : la Fédération française du papier mâché, un collectif hétéroclite, basé à Nantes qui, depuis le Covid, a trouvé des vertus dans cette matière du pauvre dont on peut faire une vraie richesse plastique.
« Et ça, c’est grâce à un bar qui a eu l’idée d’inviter des artistes à venir faire un truc derrière ses vitrines, faute de pouvoir y faire entrer des clients, détaille Rozenn, membre du collectif, parmi beaucoup d’autres. C’est un ensemble assez informel de peintres, plasticiens, illustrateurs, métiers d’art, etc. »
Derrière la vitrine a été imaginée une scène de bar, en ce fameux papier à qui, par le truchement d’un liant (souvent de la colle) gagne en rigidité. « Puis on a refait un autre bar en mode PMU. Ensuite une terrasse. La scénographie d’un festival de film, et même un salon de coiffure dans le cadre du festival Michtô. »
Quand l’association Spraylab les a invités en résidence quinze jours durant, le temps de transformer centre culturel de la rue Mouilleron, l’Excelsior s’est imposée d’emblée. Car là se sont illustrés certains des plus célèbres représentants de l’École de Nancy, à savoir Daum, Gruber et Majorelle.
Tables et banquettes prêtes à accueillir le « client ». À un détail près : interdit d’y poser son séant ! Photo Séverine Kichenbrand
Hommage leur est donc ainsi rendu, non sans un brin d’humour, grâce à la FFPM, qui a pris l’habitude de s’appuyer sur le renfort de bénévoles pour voir grand.
Un truc assez énorme
Aujourd’hui, ce sont Aïcha et Kazy qui jouent du pinceau pour permettre que la « reconstitution » aboutisse en temps et en heure. « C’est d’ailleurs ce qu’il y a de bien avec le papier mâché, souligne Juyalouisa, autre membre de la FFPM. C’est une technique assez simple à maîtriser, une matière assez brute, tout le monde peut le faire, et ça permet d’avoir l’ambition de faire un truc assez énorme, tant qu’on peut s’appuyer sur un collectif. »
Et que ce soit Rozenn ou Juyalouisa, les deux artistes ont une certaine expérience, aussi, dans l’art de coordonner des chantiers.
Dès vendredi soir, chacun pourra donc franchir la devanture (en papier) de ce nouvel établissement qui « fait référence », pour y jouer son propre personnage dans un décor pas tout à fait de carton-pâte, où l’on pourra toutefois s’accouder au comptoir et deviser à loisir sur l’authenticité du monde, les biais de perception et la fragilité des choses !
Du 14 au 22 mars, du mardi au dimanche, de 14 h à 18 h, entrée libre. Vernissage vendredi 13 à partir de 18 h 30.