« En 2026, c’est inacceptable de psychologiser ça », s’indigne Ryan, atteint d’un Covid long depuis quatre ans, lors d’une manifestation devant l’Hôtel-Dieu (AP-HP) à Paris, avec une dizaine d’autres patients. Tous sont touchés par cette pathologie apparue avec la pandémie de Covid au début des années 2020 et se caractérisant par des symptômes durables après l’infection elle-même : fatigue, troubles respiratoires, douleurs musculaires…

Covid longs, maladie de Lyme…

Il est difficile d’estimer combien de personnes sont concernées, les définitions variant sur le délai à partir duquel on peut parler de Covid long. Toutefois, selon les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 6 % des malades du Covid ont fini par développer une forme prolongée.

Aujourd’hui, de nombreuses associations de patients expriment une grande frustration, à l’instar de Winslow Santé publique, à l’origine du rassemblement de vendredi. Elles regrettent un manque de reconnaissance de la part des institutions sanitaires, ainsi que le manque de pistes offertes par la recherche en matière de traitements.

Pourtant, le Covid long a donné lieu à une quantité de recherches sans équivalent dans le domaine des syndromes dits « post-infectieux », tels par exemple les troubles durables à la suite d’une maladie de Lyme, souvent peu étudiés. Plusieurs mécanismes sont soupçonnés : la persistance du virus Sars-Cov-2 dans l’organisme, une inflammation durable des tissus, ou un dérèglement du système immunitaire qui se retournerait contre lui-même. Mais ces différentes pistes n’ont abouti à aucun traitement efficace. « Il y a plus d’une dizaine d’essais thérapeutiques cliniques qui sont lancés à travers le monde, mais on est en échec total », regrettait cette semaine Mireille Laforge, chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français, lors d’une conférence de presse organisée par l’institut ANRS Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE).

Plusieurs Covid longs ?

Pour la chercheuse, cet échec s’explique par le fait de ne « pas bien viser » : il existe probablement plusieurs Covid longs qui ne relèvent pas d’un mécanisme unique mais de processus physiologiques variés.

C’est dans ce contexte qu’une école dissidente de pensée redonne de la voix. Dans une tribune au journal « Le Monde », portée par le psychiatre Cédric Lemogne, des chercheurs appelaient fin 2025 à se concentrer sur « une science des symptômes » au lieu de se focaliser sur l’identification des causes physiologiques. La tribune a suscité la vive opposition de plusieurs associations, et d’autres chercheurs, pour qui il s’agissait essentiellement de réactiver la thèse d’un Covid long principalement psychologique.

Le profil de Cédric Lemogne irrite particulièrement les associations, le psychiatre étant partie intégrante d’un parcours proposé à l’Hôtel-Dieu face au Covid long, donnant une large part à la psychothérapie. Dans le Covid long, « le facteur déclenchant est souvent physique mais pas forcément les facteurs de perpétuation des symptômes », avance Cédric Lemogne. « Parmi ces mécanismes, il y en a qui sont d’ordre psychologique, mais c’est un terme parfois vécu comme stigmatisant, donc je pourrais dire cognitifs ou cérébraux ». Le psychiatre souligne que seules les psychothérapies et la rééducation physique ont donné des effets, certes modestes, pour améliorer la vie des patients atteints de Covid long, comme l’illustre une étude parue en 2025 dans la prestigieuse revue médicale « BMJ ».

La thèse pyschologique, marginale

« Le militantisme antipsy de certaines associations, c’est une perte de chance pour certains patients », ajoute-t-il. Bien que Cédric Lemogne se défende de porter une « position de chercheurs franco-français », la thèse psychologique reste marginale dans la littérature scientifique.