PORTRAIT – Elle est nommée dans la catégorie meilleure actrice dans un second rôle aux Oscars pour Une bataille après l’autre. Star montante du grand écran, Teyana Taylor subjugue partout où elle passe.

Les premières images que l’on voit d’elle dans Une bataille après l’autre, c’est lorsqu’elle tire avec une mitraillette, enceinte de huit mois, son ventre rond à nu, prête à en découdre. Il s’agit de seulement quelques secondes dans la bande-annonce du film, mais la séquence reste en tête. Si bien que lorsqu’on la voit (vraiment) dans le long-métrage, on comprend rapidement pourquoi le rôle de Perfidia Beverly Hills, membre d’un groupe de révolutionnaires aux États-Unis venant en aide aux migrants, colle si bien à la peau de Teyana Taylor. Durant les premières 40 minutes du film, on ne voit qu’elle, déterminée, confiante, comme si rien ne pouvait l’ébranler.

Tout juste mère d’une petite fille, interprétée par Chase Infiniti, qu’elle a eue avec le personnage de Leonardo DiCaprio, elle est frappée de plein fouet par la dépression post-partum, tout en étant harcelée par un militaire raciste (Sean Penn), complètement envoûté par la jeune femme. Sa performance si puissante lui a permis de remporter le Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle en février. Elle pourrait bien rafler l’Oscar dans la même catégorie.


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Déjà célèbre à 15 ans

Avant de donner la réplique à Leonardo DiCaprio, ou encore à Kim Kardashian dans All’s Fair, Teyana Taylor avait déjà une longue carrière derrière elle. Elle naît le 10 décembre 1990 et grandit à Harlem. Adolescente, elle pratique la danse et crée des chorégraphies avec un groupe d’amies, fait du skateboard et se passionne pour N.E.R.D, un groupe de rock/hip-hop fondé par Pharrell Williams et Chad Hugo. «J’étais cette gamine trop mature. Pas dans le bon sens du terme. Je n’étais pas rapide, mais je chorégraphiais pour différentes équipes de danse à Harlem. J’étais célèbre dans le quartier», racontait l’actrice à The Hollywood Reporter  en novembre 2025.

Cette passion pour la danse et la musique lui permet alors de rencontrer les personnes qui changeront sa vie. À l’âge de 15 ans, Teyana Taylor a la chance de collaborer avec Beyoncé : la chanteuse cherchait quelqu’un pour lui apprendre une danse devenue virale sur les réseaux sociaux, appelée «Chicken Noodle Soup». La jeune fille se retrouve alors créditée en tant que chorégraphe sur le clip du morceau de Queen B, Ring the Alarm. «J’étais l’un des visages de la Chicken Noodle Soup», expliquait Teyana Taylor dans le podcast de LeBron James, «The Man Thing».

Des débuts en musique

C’est d’ailleurs grâce à Beyoncé que Teyana Taylor collabore ensuite avec Jay-Z en tant que danseuse dans le clip de son morceau Blue Magic, en 2007. Au même moment, la future actrice fait ses débuts dans la musique et signe un contrat avec le label Star Trak Entertainment de Pharrell Williams. Elle sort alors son premier single intitulé Google Me, déjà un présage de sa future notoriété. Mais sa musique a du mal à trouver sa place. En 2010, elle participe alors à l’album de Kanye West, My Beautiful Dark Twisted Fantasy. Deux ans plus tard, après avoir mis fin à son contrat avec Pharrell Williams, désormais directeur artistique de Louis Vuitton, elle signe dans les labels G.O.O.D Music et Def Jam de Kanye West. À la petite vingtaine, l’auteure-compositrice-interprète travaille d’arrache-pied et sort trois albums : VII en 2014, K.T.S.E en 2018 et The Album, en 2020.

En 2016, Kanye West l’engage pour jouer dans le clip de son morceau Fade, une sorte de réinterprétation de la danse de Jennifer Beals dans le film Flashdance. Cette performance lui permet d’obtenir le prix de la meilleure chorégraphie lors des MTV Video Music Awards en 2017. L’artiste de 35 ans a longtemps comparé son lien avec Kanye West à celui d’une famille. Un lien de plus en plus difficile à maintenir aujourd’hui. «Je ne suis pas obligée d’être d’accord avec tout ce qu’il fait ou dit, mais je ne vais pas l’abandonner et dire : “Oui, qu’il aille se faire foutre, cet enfoiré”», expliquait-elle à Vanity Fair  en début d’année. «Mes frères font des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord… Je ne m’en mêle pas.»

Ses premiers pas au cinéma

Cinq ans avant le succès d’Une bataille après l’autre, la chanteuse est épuisée par ses années dans l’industrie de la musique qui ne se sont pas totalement passées comme elle le souhaitait. «Partout où j’allais, j’étais traitée avec le plus grand respect», expliquait-elle à The Hollywood Reporter. «Mais nous savons comment sont les maisons de disques, et parfois, les machines ne savent tout simplement pas quoi faire de vous.» Elle décide alors de prendre un autre chemin et met un terme à sa carrière musicale. «C’est peut-être le sagittaire qui est en moi qui a parlé, et j’ai changé de cap», confiait-elle à Vanity Fair.


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Teyana Taylor joue alors dans Un prince à New York 2 de Craig Bewer. Puis c’est son rôle dans A Thousand and One d’A.V. Rockwell qui attire l’œil des réalisateurs du monde entier. Dans le long-métrage, elle incarne Inez, une femme qui kidnappe un garçon de 6 ans placé en famille d’accueil et l’élève comme son propre enfant. «Même si Hollywood ne la connaissait pas encore très bien, elle était déjà sous les feux de la rampe», expliquait le réalisateur à The Hollywood Reporter. «Je voulais donc m’assurer qu’elle serait capable de se fondre dans son personnage sans se soucier de son image.» En 2023, le public la découvre dans le film de Calmatic, Les Blancs ne savent pas sauter, puis l’année suivante dans Le Livre de Clarence de Jeymes Samuel. Arrive alors l’année 2025, le temps de la consécration.

Teyana Taylor apparaît dans la série All’s Fair, réalisée par Ryan Murphy, aux côtés de Kim Kardashian, Sarah Paulson, Glenn Close, Niecy Nash et Naomi Watts. Elle y incarne Milan, une avocate junior ambitieuse et déterminée à se faire une place dans le prestigieux cabinet dirigé par le personnage de Kim Kardashian. Tout au long de la promotion de la série, Teyana Taylor éblouit par ses tenues audacieuses. Et plus encore lors de la saison des récompenses. Aux Critics Choice Awards, début janvier, elle portait un tailleur-pantalon à l’esthétique masculine, des cuissardes noires et un boa en plumes signé Yves Saint Laurent. Puis aux Golden Globes, quelques jours plus tard, c’est dans une robe Schiaparelli noire qu’elle apparaît, décorée d’un string incrusté de strass en forme de nœud qui dépassait de l’arrière de sa jupe.

Un passage aux Grammy Awards

En parallèle de ses débuts d’actrice, c’est un drame amoureux qui l’incite à se remettre à la musique. En 2023, elle divorce de l’ancien joueur de NBA Iman Shumpert, qu’elle avait épousé sept ans plus tôt, et avec qui elle a deux filles, Junie (10 ans) et Rue (5 ans). «Pour moi, le divorce, c’est comme pleurer la mort d’un être vivant», confiait-elle à Vanity Fair. «Je pense qu’une fois que des enfants sont impliqués, on comprend l’importance de continuer à être présent l’un pour l’autre. Au moins pendant les 18 prochaines années, et d’être les meilleurs coparents possibles.» Cette rupture lui inspire alors un nouvel album, Escape Room, salué par la critique et nommé aux Grammy Awards dans la catégorie Meilleur album R&B. Le 1er mars, c’est avec sa fille, Rue, qu’elle se rend à la cérémonie des SAG Awards. Sur le tapis rouge, elles offrent au public un moment touchant pendant lequel la petite sœur de Junie prend soin d’aider sa mère à placer correctement sa robe pour les photos.

Un rôle pour frapper fort

Si les spectateurs l’ont apprécié dans All’s Fair, ils l’aimeront encore plus dans Une bataille après l’autre. Grâce à l’histoire de son personnage, Perfidia, elle libère un peu plus la parole autour de la dépression post-partum. «En tant que mère, nous sommes toutes confrontées à la dépression, mais nous la gérons toutes différemment», expliquait-elle à The Standard  en janvier dernier.

Si la performance de l’actrice est vivement saluée lors de la sortie du film, certaines critiques contestent la façon dont son personnage est sexualisé par deux hommes blancs (Leonardo DiCaprio et Sean Penn). Un point de vue que Teyana évoque auprès de Vanity Fair – ne mâchant pas ses mots : «N’est-ce pas ce que vivent les femmes noires ? Nous sommes fétichisées, en particulier par des salauds répugnants», déclarait-elle sans filtre. «Et nous sommes malheureusement les personnes les moins protégées. Montrer ce que vivent les femmes noires est une réalité difficile à accepter. Ce film devrait susciter le débat, je l’ai toujours su, car parfois, il faut savoir secouer le cocotier.»


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Sa carrière au cinéma ne fait que commencer : en janvier 2026, elle apparaissait dans une nouvelle création Netflix, intitulée The Rip aux côtés de Ben Affleck et Matt Damon. En parallèle, elle est aussi à l’affiche de la comédie 72 Hours réalisée par Kevin Hart. Et si un jour tout s’arrête ? La mère de Junie et Rue a déjà un plan B. Depuis l’été dernier, elle suit une formation de chef cuisinier à l’Auguste Escoffier School of Culinary Arts, près de Denver. De quoi ajouter une ligne à ce CV déjà bien rempli.