Ce dimanche, pour la première fois depuis 2001, les Lillois n’ont pas eu le choix d’élire ou pas Martine Aubry. La patronne n’a pas rempilé cette fois, laissant le soin à son poulain, Arnaud Deslandes, qui occupe le fauteuil de maire depuis un an, d’assurer la suite. Sauf qu’à l’hôtel de ville, un scénario hitchcockien a tenu la foule en haleine jusqu’à 23 heures, lorsque les résultats finaux sont tombés, qualifiant cinq candidats pour le second tour.

Dans l’un des cinq bureaux de vote de l’hôtel de ville, la couleur des bulletins fraîchement dépouillés dès la fin du vote, à 19 heures, donnait déjà le ton. Du rouge, pour le maire PS sortant, Arnaud Deslandes, du violet, pour la candidate LFI, Lahouaria Addouche, et pas mal de vert aussi, pour Stéphane Baly, l’écologiste qui a failli faire tomber Martine Aubry en 2020.

« C’est terrible de voir arriver le RN au conseil municipal »

Mais la suite, personne ne s’y attendait. Au fur et à mesure que les résultats des 128 bureaux de vote étaient affichés sur l’écran géant installé en mairie, les visages des badauds venus assister à la soirée électorale affichaient une perplexité grandissante. Voyant sans cesse le candidat RN passer au-dessus puis en dessous des 10 %, Rachida croise les doigts. « On n’a jamais eu le FN à Lille au second tour, je n’y crois pas », se persuade-t-elle. Et puis si, finalement. Avec 10,92 %, Matthieu Valet est passé. « C’est terrible de voir arriver le RN au conseil municipal », lâche, dépité, un jeune homme arborant un badge Deslandes.

En réalisant que cinq candidats avaient dépassé la barre des 10 %, synonyme de qualification, une trentenaire très loquace commence à imaginer des scénarios : « Avec qui il peut s’allier Deslandes sinon avec les écolos ?, s’interroge-t-elle. Il va pas aller avec Spillebout quand même. »

Le maire sortant arrive premier, avec 26,26 % des voix, suivi de près par LFI, 23,36 %. Derrière, l’écologiste Stéphane Baly (17,75 %), Violette Spillebout (Centre) à 11,14 % et le RN, 10,92 %. En voyant cela, Quentin, la vingtaine, fervent soutien de Stéphane Baly, est un peu dégoûté. « Deslandes peut très bien gagner seul au deuxième tour, mais je le vois bien fusionner avec LFI, il y a beaucoup de similitudes dans leurs programmes », estime-t-il. Pour Adria, 25 ans, « il a manqué à Baly les quartiers populaires ». La jeune femme déplore que l’écologiste « n’a pas vu les électeurs se radicaliser ».

Baly courtisé

Ce dimanche soir, Stéphane Baly n’a pas dit sa déception. Mais celle-ci se lisait tout de même sur les traits tirés de celui qui a loupé le coche en 2020, arrivé 228 voix derrière Martine Aubry. Il ne sera pas maire, dont acte. Mais sa position de troisième au premier tour lui donne un pouvoir incroyable sur le second tour, celui de faire un roi ou une reine.

Arnaud Deslandes et LFI n’ont pas attendu que les urnes soient froides pour le courtiser. « Comme je l’avais proposé aux écologistes dès avant le premier tour, ce soir je leur tends la main pour nous rassembler et construire ensemble une majorité de progrès », a déclaré le socialiste lors de son allocution en mairie. Si la candidate LFI n’a pas parlé d’alliance avec les écologistes, celui qui était à sa place en 2020 l’a fait pour elle : « Nous lui tendons la main, il a l’occasion de participer à un autre avenir pour Lille », a lancé Julien Poix.

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De son côté, Stéphane Baly a assuré qu’il allait discuter avec « les deux autres candidats de gauche », conscient de sa position de faiseur de roi. Et il va commercer dès ce dimanche soir avec Arnaud Deslandes ont-ils déclaré tous les deux. Faut-il y voir un signe ?