Alors qu’il a survolé toute la campagne dans les sondages, le candidat de la droite et du centre est devancé par le maire écologiste Grégory Doucet. Mais c’est sans doute LFI qui détient les clés du scrutin de dimanche prochain.

«Édouard, tu rentres dans la salle s’il te plaît. » À quelques minutes de l’annonce des premières estimations sur les municipales lyonnaises, l’ambiance est devenue lourde, dimanche 15 mars au soir, au QG de campagne du candidat de la droite et du centre, Jean-Michel Aulas, situé dans un ancien centre de formation sans charme du 8e arrondissement. Les rares candidats présents, comme Édouard Hoffmann (société civile) sont priés par l’attachée de presse de se replier dans une salle interdite aux journalistes pour suivre les résultats.

Tout l’inverse de l’ambiance à la Guillotière à In-Sted, l’espace événementiel réservé par la gauche et les écologistes, où les députés Marie-Charlotte Garin (EELV), Sandrine Runel (PS) et Boris Tavernier (EELV) explosent de joie au milieu d’élus et de militants à l’annonce des premières estimations. Alors que les sondages lui prédisaient une large défaite depuis un an face au très populaire ancien patron de l’OL, le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, finit le premier tour en tête, à 37,36 %, contre 36,78 % pour son concurrent.

Le second tour du scrutin s’annonce pourtant très incertain, d’autant que la candidate LFI Anaïs Belouassa-Cherifi est en capacité de se maintenir avec 10,41 %, contrairement au candidat soutenu par le RN Alexandre Dupalais, qui plafonne à 7,07 %.

Mais Jean-Michel Aulas a tellement dominé les sondages depuis un an, que les résultats de ce premier tour créent une dynamique pour son concurrent. En janvier, le maire de Lyon était encore annoncé à 25 % dans un sondage OpinionWay pour Lyon Mag et Radio Espace, quand Jean-Michel Aulas était mesuré à 47 %. À ce moment, peu croyaient à la possibilité d’une « remontada ».

« Il a des ressources »

Depuis la préfecture, Alexandre Dupalais (UDR) fulmine : « Mes amis de LR pensaient qu’ils avaient décroché le “golden ticket” avec Aulas. Ils se sont trompés ! La gauche a fait une très bonne campagne sur le terrain et a bien mobilisé ses électeurs, mais Jean-Michel Aulas a fait une très mauvaise campagne. Honnêtement, c’est même une honte d’avoir été aussi mauvais malgré les moyens qu’il avait… Résultat, Doucet est en situation de gagner la ville. »

En attendant que Jean-Michel Aulas fasse son apparition au QG de campagne, quelques candidats sortent timidement à la rencontre des journalistes. « On est un peu surpris quand même par ces résultats, mais c’est conforme à la dynamique que l’on perçoit ces dernières semaines », reconnaît Édouard Hoffmann, « maintenant on attend de voir la stratégie de Jean-Michel pour le second tour, il a des ressources. »

L’ancien député Emmanuel Hamelin (Horizon) le rejoint, la mine aussi grave : « Dans une ville comme Lyon, on savait que cela se resserre toujours à la fin. Bon, là ça s’est vraiment resserré, mais ça reste jouable… »

« Les accords de la honte »

Resté chez lui pour suivre les résultats, Jean-Michel Aulas finit par arriver à 22 h 15 et ne cache pas sa déception : « C’est un équilibre un peu différent de ce qu’on avait attendu » lâche-t-il en forme de litote, en ajoutant : « C’est un premier match, il y a le match retour la semaine prochaine », voulant croire en ses « chances tout à fait acceptables de l’emporter ».

S’il a dénoncé « les fake news » et « les process déloyaux » de ses adversaires qui auraient caricaturé son programme, « le meilleur qui n’ait jamais été présenté », l’angle d’attaque semble tout trouvé : « Je ne vois pas Lyon passer à l’extrême gauche » a-t-il lancé, en fustigeant « les accords de la honte en train de se mettre en place » entre écologistes et LFI.

Après ce court laïus, Jean-Michel Aulas a filé à la préfecture, où l’attendait Véronique Sarselli (LR), tout sourire, au pied des marches de l’escalier d’honneur. Car les résultats sont bien meilleurs pour la droite dans l’agglomération que dans la ville centre. Réélue dès le premier tour maire de Sainte-Foy-lès-Lyon, Sarselli semble en position de force pour devenir la première femme présidente de la Métropole.

« Une fusion technique »

« La dynamique sur la métropole va porter Aulas », lâche-t-elle, tout en assurant qu’elle « n’a pas besoin de lui donner de conseils, c’est un grand chef d’entreprise qui a réussi à réunir beaucoup de sensibilités différentes ». Arrivé quelques minutes plus tôt, l’actuel président de la Métropole, l’écologiste Bruno Bernard, avait en effet la mine sévère lors de son passage rapide à la préfecture, pour appeler « chacun à gauche à prendre ses responsabilités ».

Son porte-parole, le maire socialiste de Villeurbanne, Cédric Van Styvendael traduisait : « La ligne du PS, c’est qu’il n’y aura pas d’accord national avec LFI. À Villeurbanne, j’ai dit qu’il n’y aurait pas d’alliance. Mais ailleurs, si une alliance est nécessaire, je peux le comprendre. Grégory Doucet a eu l’honnêteté de dire qu’il ne l’excluait pas et les électeurs l’ont placé en tête, donc à lui de voir. »

De son côté, LFI plaide pour « une fusion technique », comme la défend son chef de file sur la métropole, Florestan Groult, d’autant plus disposé à négocier avec les écologistes qu’il termine le mandat en tant que vice-président aux Sports de la Métropole.