Par
Zoe Hondt
Publié le
16 mars 2026 à 8h16
C’est un prévenu taciturne qui s’avance à la barre, ce lundi 9 mars 2026. Mis en cause pour refus d’obtempérer, conduite à vitesse excessive, conduite sans permis et sous l’usage de stupéfiants et recel de bien provenant d’un vol, un homme de 37 ans a été jugé au tribunal de Lille (Nord). Il a gardé le silence tout le long de l’audience, mais cela n’a pas empêché le président de détailler les faits : le mercredi 4 mars 2026, à Lezennes, il refuse d’obtempérer à un contrôle de police. Débute alors une folle course-poursuite sur près de quinze kilomètres, à une vitesse ahurissante. Récit.
À près de 200 km/h, le prévenu a « pris tous les risques »
Il est 14 h 20, à Lezennes, lorsqu’une patrouille de police veut procéder au contrôle d’un automobiliste. Le conducteur acquiesce, mais accélère en direction du centre commercial Aushopping V2, à Villeneuve-d’Ascq. Les forces de l’ordre s’engagent alors dans une longue et sinueuse course-poursuite.
Le conducteur « prend tous les risques pour tenter de les semer » : il grille des feux rouges, roule sur le trottoir, manque de percuter un cycliste et des piétons, fonce dans deux véhicules à l’arrêt au rond-point des Acacias à Ronchin. Tout ça à l’impressionnante vitesse de 140 km/h !
L’automobiliste continue à fuir par l’autoroute A27 : il double les autres usagers par la bande d’arrêt d’urgence à plus de 190 km/h ! C’est lorsqu’il tente de sortir en direction de Baisieux, que son véhicule s’encastre dans un pont. L’homme, déterminé, tente désormais de fuir à pied, mais est facilement rattrapé. Au total, près de quinze kilomètres ont été parcourus avant de l’interpeller.
Les policiers ne sont pas au bout de leurs surprises : le conducteur est sorti de prison dix jours avant les faits, il n’a jamais eu le permis et est sous l’emprise de stupéfiants. Le véhicule, quant à lui, ressort volé depuis la veille.
Un casier judiciaire déjà bien fourni
« Vous savez qu’il y a des règles, mais vous faites partie des gens qui décident de ne pas les respecter », clame le président. Depuis 2008, le prévenu compte 25 mentions à son casier judiciaire, dont 11 pour délits routiers. Malgré toutes les condamnations, le tribunal n’observe « aucun investissement » de la part de cet homme, qui avait pourtant des obligations de soins et de travail.
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Sur le banc des parties civiles, une avocate représente les deux automobilistes malmenés au rond-point de Ronchin. L’ampleur des dégâts sur leurs véhicules est telle que la première victime, une retraitée, a vu sa voiture immobilisée pendant quinze jours. L’avocate réclame 1 000 euros d’indemnisation pour le préjudice moral subi, ainsi que la somme de 350 euros afin de rembourser la franchise.
Le véhicule de l’autre victime est également « très endommagé ». L’avocate souhaite des dommages et intérêts du même montant, et 480 euros pour amortir la franchise.
Face au multirécidiviste, la procureure admet « un échec total » de la justice
L’avocate de la défense reconnaît être dans une situation délicate « tant le dossier [de son client] semble indéfendable ». Elle plaide son enfance compliquée : « Il se dérobe car il est accablé. Il s’est construit dans les foyers, dans la rue, puis dans la délinquance. Il n’a pu compter que sur lui-même depuis qu’il est petit. » L’avocate ne peut ignorer les précédentes incarcérations de son client, qui n’ont visiblement « pas de grande prise sur lui ». Elle souhaite donc une peine mixte avec du sursis probatoire.
« C’est un échec total face à quelqu’un qui ne veut pas respecter le cadre légal », se désole la procureure de la République. « Un fou furieux de la route ! C’est complétement inadmissible et extrêmement grave. Il met en danger et pourrit la vie des autres pour sauver sa petite peau sans scrupule ! » invective-t-elle.
Le prévenu de 37 ans « a fait le choix de la délinquance et a commis délibérément » les accidents, selon elle. La procureure requiert 3 ans d’emprisonnement et la révocation d’un précédent sursis probatoire à hauteur de 4 mois.
Le tribunal semble totalement découragé : « Il y a beaucoup trop d’infractions après beaucoup trop de condamnations. »
Le prévenu de 37 ans est condamné à 3 ans de prison ferme avec mandat de dépôt et à deux amendes de 200 euros chacune. Le tribunal révoque le précédent sursis probatoire et prononce une interdiction de passer le permis de conduire pendant 3 ans.
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