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Le djihadiste français Sabri Essid, présumé mort, est jugé par contumace devant la Cour d’assises de Paris le 16 mars 2026 dans le cadre du premier procès en France lié au génocide des Yézidis en Syrie.
Le procès par défaut du jihadiste français Sabri Essid, soupçonné d’avoir participé au génocide de la minorité religieuse yazidie en Syrie, s’est ouvert ce lundi 16 mars devant la cour d’assises de Paris. Il s’agit du premier procès en France lié au génocide des Yézidis en Syrie.
Cet homme, né en 1984 à Toulouse et présumé mort, sera jugé jusqu’à vendredi pour génocide, crimes contre l’humanité et complicité de ces crimes, commis entre 2014 et 2016. Trois femmes yazidies seront parties civiles au procès et deux d’entre elles témoigneront à la barre.
Figure centrale du jihadisme, proche des frères Clain (les voix de la revendication des attentats du 13-Novembre 2015), et de Mohamed Merah (auteur de tueries dans le sud-ouest de la France en 2012), Sabri Essid a rejoint les rangs de l’État islamique (EI) en Syrie en 2014 et y aurait été tué en 2018, dans des circonstances inconnues.
Mais en l’absence de preuves formelles de son décès, il est considéré comme étant en fuite et donc jugé à ce titre, mais par une cour d’assises composée de trois juges professionnels, sans jury populaire.
Viols, enlèvements et traitements inhumains
La population yazidie, minorité kurdophone adepte d’une religion pré-islamique, présente dans le nord de l’Irak et de la Syrie, a été victime de viols, d’enlèvements, d’esclavage et autres traitements inhumains dans les zones contrôlées par les jihadistes de l’EI, qui les considèrent comme des hérétiques.
Le 3 août 2014, les combattants de l’EI avaient lancé une attaque coordonnée sur la région du Sinjar, en Irak, où vivaient 400 000 membres de cette minorité, tous tués, capturés ou déplacés. Ils procédaient notamment à la déportation en Syrie de femmes et d’enfants.
Selon les juges d’instruction chargées des investigations, Sabri Essid, connu en Syrie sous le nom de Abou Dojanah al-Faransi, s’est « entièrement associé à la politique d’asservissement » de cette communauté par l’EI, « la mettant en œuvre personnellement ».
Il a ainsi acheté plusieurs captives yazidies sur des marchés, les a soumises à de l’« esclavage sexuel » en commettant sur elles des « viols répétés et réguliers », et leur a infligé des « mauvais traitements » en les privant d’eau et de nourriture, ont souligné les magistrates.
L’épouse de Sabri Essid doit être entendue
Le jihadiste français, condamné en France en 2009 à cinq ans de prison, dont un avec sursis, pour association de malfaiteurs terroriste, était le fils d’un compagnon de la mère de Mohamed Merah. Ce dernier avait tué en 2012 trois militaires ainsi que trois enfants et un enseignant dans une école juive dans son périple meurtrier dans le sud-ouest de la France, entre Toulouse et Montauban.
Sabri Essid s’était rendu début 2014 en zone irako-syrienne, où il avait été rejoint par sa femme, leurs trois enfants et le fils de cette dernière, né d’une précédente union.
Il figure dans une vidéo de propagande de l’EI diffusée le 10 mars 2015, dans laquelle il poussait son beau-fils, alors âgé de 12 ans, à exécuter un otage palestinien d’une balle dans la tête. Son épouse, incarcérée depuis son retour dans l’Hexagone, doit être entendue comme témoin au procès.
Un autre procès lié à ce génocide prévu en 2027 en France
S’il s’agit du premier procès du genre en France, plusieurs condamnations de membres de l’EI pour le génocide des Yazidis ont déjà été prononcées en Europe ces dernières années, la première en Allemagne en 2021, puis l’an dernier en Suède et en Belgique.
Un autre procès lié à ce génocide devrait suivre à Paris en 2027, celui d’Abdelnasser Benyoucef, émir de l’EI aussi présumé mort, et de son ex-compagne Sonia Mejri, revenue en France. Au total, le parquet national antiterroriste (Pnat), compétent en matière de crimes contre l’humanité, a 11 procédures liées à ce contentieux, a indiqué lundi sur RFI son chef, Olivier Christen.