Les cancers du sang en forte augmentation en France.On en parle moins, par rapport aux autres cancers, mais 45 000 nouveaux cas sont signalés chaque année en France. © Freepik

Leucémies, lymphomes ou myélomes : les cancers du sang regroupent plus d’une centaine de maladies différentes qui affectent la moelle osseuse, le système lymphatique ou les cellules sanguines.

En France, ils représentent environ 45 000 nouveaux cas chaque année, selon les estimations de Santé publique France et de l’Institut national du cancer, soit près d’un cancer sur dix. Dans le monde, plus de 1,3 million de nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année.

Malgré ces chiffres élevés, ces maladies restent mal connues du grand public. Pourquoi semblent-elles plus fréquentes aujourd’hui ? Comment les détecter et mieux les traiter ? Éléments de réponse avec le Pr Hervé Guesquières, responsable du service d’hématologie adulte des Hospices Civils de Lyon à Lyon-Sud.

La France connait-elle une recrudescence des cancers du sang ?

Sur les données épidémiologiques, on a surtout vu une augmentation de l’incidence des cancers du sang à partir des années 2000, avec une augmentation très significative. On a l’impression que l’incidence se stabilise. Sur l’ensemble des cancers du sang, nous avons 45 000 nouveaux patients par an en France, ce qui est finalement assez proche de l’incidence de certains cancers solides, comme par exemple le cancer du poumon, avec 53 000 nouveaux patients par an en France.

Les raisons de cet essor sont-elles les mêmes que pour les autres cancers ?

Très probablement. Il n’y a pas de cause bien identifiée. Sur les premières augmentations d’incidence, on pensait qu’il y avait surtout un effet diagnostique, avec l’amélioration des dépistages.

Très clairement, on a le sentiment aujourd’hui qu’il y a un véritable effet de l’environnement. Nous sommes sur des pathologies du système immunitaire, et l’interaction entre l’environnement et le système immunitaire peut très probablement favoriser l’émergence des cancers du sang. Il y a de nombreuses études épidémiologiques, toujours très difficiles à conduire, qui tendent à le démontrer.

En tout cas, il y a un certain nombre de pistes pour expliquer l’augmentation de l’incidence des cancers du sang.

Quels sont les principaux cancers du sang ?

Les cancers du sang sont très divers et très complexes. Les plus fréquents sont les lymphomes, avec 18 000 nouveaux patients par an en France. Suivent les myélomes, et les myelodysplasies qui sont un petit peu plus rares.

Pourquoi parle-t-on d’épidémie silencieuse ?

Pour le grand public, nos patients et même nos étudiants en médecine, les cancers du sang sont difficilement appréhendables. On a du mal à s’identifier à ce type de cancers, à les visualiser. D’où ce concept d’invisibilité, parce que par définition ces cancers touchent le sang, l’ensemble du système lymphatique, la moelle osseuse.

Nous ne sommes pas du tout sur des pathologies dites d’organes, comme par exemple le cancer du sein, le cancer du poumon, pour lesquels il y a une meilleure visualisation par rapport aux cancers du sang. On doit probablement améliorer le côté pédagogique et le niveau d’explication par rapport à ces pathologies qui, je le répète, sont très complexes.

Quels sont les symptômes qui peuvent alerter ?

Par essence, les cancers du sang sont très compliqués. Les médecins traitants peuvent être alertés par certains signes cliniques, comme un ganglion de taille augmentée, ou par des bilans sanguins anormaux. Le plus important, c’est d’avoir le déclic, de demander un avis.

À l’hôpital Lyon-Sud, par exemple, nous avons une hotline qui répondre aux questions des médecins traitants tous les après-midis. L’objectif est d’arriver en second rideau et, si cela s’avère nécessaire, de voir les patients le plus vite possible pour décortiquer rapidement le problème et déterminer la suite à donner, entre poursuite éventuelle d’un bilan en hématologie, prise en charge spécialisée spécialisé ou reprise en main par le médecin traitant.

Est-ce que ces cancers sont aujourd’hui bien traités ?

Les pronostics sont très variables d’un cancer du sang à un autre. Nous avons de très hauts niveaux de curabilité pour les lymphomes de Hodgkin, que l’on découvre plutôt chez les jeunes patients. Certaines pathologies, comme la leucémie myéloïde chronique, se contrôlent très bien. Nous avons également des pronostics intermédiaires, comme par exemple pour les lymphomes B agressifs, avec 60 à 70 % des patients pouvant être guéris…

Il reste en revanche de grands challenges thérapeutiques à relever, comme pour les leucémies aiguës, pour lesquelles des traitements assez lourds doivent être pratiqués pour obtenir une guérison.

Quelles sont les principales avancées notables de ces dernières années ?

Nous avons connu de grandes innovations thérapeutiques dans les cancers du sang. Nous sommes passés de l’ère de la chimiothérapie lourde à des thérapies ciblées, le plus souvent orales.

L’immunothérapie donne aussi d’excellents résultats, avec les anticorps monoclonaux de première génération, et maintenant de deuxième génération que l’on appelle les anticorps bispécifiques. Nous bénéficions également de l’avènement des thérapies cellulaires, comme par exemple les CAR-T cells pour les lymphomes et maintenant les myélomes, et que l’on essaye désormais dans les tumeurs solides, dans les maladies auto-immunes.

Nous sommes très clairement à l’ère d’innovations thérapeutiques, qui nous poussent, nous, soignants, à nous challenger pour accompagner les patients avec ces nouvelles façons de traiter.

À SAVOIR

L’hôpital Lyon-Sud (Hospices Civils de Lyon), qui a développé une solide expertise en matière d’hématologie, a accueilli en février 2026 l’exposition immersive itinérante Voyage au coeur du sang. Cette présentation interactive et pédagogique des différents cancers du sang (lymphomes, myélomes, leucémies) se déplace à l’initiative de Johnson & Johnson dans les différents CHU de France (Paris en 2024, Rennes en 2025) avec le soutien de différentes associations de patients (Laurette Fugain, ELKLyE, AF3M).

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé