Tout commence par un SMS banal : un colis en attente qui ne passe pas dans la boîte aux lettres, une amende routière à régler ou une carte vitale à renouveler. Ce message sert d‘appât pour récolter des coordonnées personnelles. Le piège se referme quelques semaines plus tard quand un faux conseiller bancaire rappelle, souvent avec le vrai numéro de l’agence bancaire de la victime. Le discours de l’escroc est rodé, pressant, presque « hypnotique », selon la cheffe de brigade financière de la Direction territoriale de la criminalité. Le faux conseiller explique qu’une somme importante va être retirée d’un instant à l’autre du compte bancaire de la victime. L’urgence absolue incite la victime à valider elle-même des opérations ou à transférer ses économies vers des comptes sécurisés… qui appartiennent aux malfaiteurs.
L’apparition du « faux coursier »
Une variante de cette arnaque aux faux conseillers bancaire est celle du faux coursier. Là l’escroc s’invite sur le pas de la porte de la victime. Un « faux coursier » débarque en deux-roues au domicile de la victime pour récupérer physiquement sa carte bancaire, sous prétexte de la détruire suite à une fraude. La consigne est précise : couper la carte en deux. Les délinquants repartent avec les deux morceaux, la puce n’ayant pas été coupée, pour effectuer des achats de luxe (souvent des iPhones dernier cri) ou des retraits immédiats.
Des chiffres qui donnent le tournis
Les statistiques de la direction de la criminalité organisée de Rennes témoignent de la forte progression. Alors que l’année 2025 s’était clôturée sur un total de 177 plaintes liées à ces procédés, le début de l’année 2026 marque une accélération sans précédent. Sur les deux premiers mois de l’année, 50 plaintes ont déjà été enregistrées, contre seulement 17 sur la même période l’an dernier.
Les préjudices financiers oscillent régulièrement entre quelques centaines et milliers d’euros par personne, en fonction des plafonds bancaires. Un fléau qui touche tous les profils, des plus jeunes aux plus âgés. « Les voleurs sont extrêmement convaincants. Même des policiers se font avoir » , ajoute la cheffe de la brigade financière. « Nous avons arrêté deux équipes locales qui avaient fait au total une dizaine de victimes. Les faux coursiers sont des Rennais recrutés par des réseaux sociaux. Ce sont des petites mains de l’arnaque. Ils sont payés à la carte bancaire retirée. Les commanditaires sont à l’étranger. »
Quelques règles à observer
Ne jamais cliquer sur un lien SMS : Même si vous attendez un colis, passez toujours par le site officiel ou l’application dédiée; Vérifier l’adresse mail de l’expéditeur : Les escrocs utilisent souvent des extensions en .be ou .de qui ne correspondent pas aux services officiels; La banque ne demande jamais vos codes. Le vrai conseiller bancaire peut agir sur votre compte sans votre code; Raccrochez et rappelez : En cas de doute, raccrochez immédiatement et appelez vous-même votre conseiller ou votre agence avec le numéro que vous utilisez habituellement; Soyez vigilants aux heures d’ouverture : Les appels le dimanche soir ou tard en semaine, simulant une urgence alors que les agences sont fermées, sont des signaux d’alerte majeurs.
Le vide juridique du remboursement
Le drame de ces arnaques réside dans le remboursement. Contrairement à un vol de carte classique, les banques opposent souvent une fin de recevoir aux demandes d’indemnisation. Le motif ? En validant l’opération via leur application mobile ou en remettant leur carte à un tiers, les victimes sont considérées par les établissements financiers comme ayant agi en leur âme et conscience. Pour les enquêteurs, l’évolution de cette pratique paraît importante tant la manipulation exercée par les réseaux, souvent basés à l’international, est sophistiquée.