Par

Brian Le Goff

Publié le

16 mars 2026 à 19h06

C’est une problématique à laquelle les policiers font de plus en plus face – et sont parfois eux-mêmes pris au piège – avec des victimes qui ont souvent du mal à récupérer l’argent volé. À Rennes, les arnaques au faux conseiller bancaire explosent, alerte la cheffe de la brigade financière à la division de la criminalité territoriale.

C’est un fléau que l’on connaît déjà tous. Pourtant, il y a une très forte hausse des plaintes. Aux mois de janvier et février 2025, nous avions 17 plaintes. Sur ces deux mêmes mois en 2026, on avoisine la cinquantaine.

Cheffe de la brigade financière à la division de la criminalité territoriale de Rennes

Cette arnaque (pourtant) bien connue commence presque toujours par un SMS. « On a tous déjà reçu un message un peu intriguant d’un transporteur qui indique que notre colis ne passe pas dans la boîte aux lettres. Ça peut être aussi des SMS pour le renouvellement de sa carte vitale ou de l’Antai (Agence nationale de traitement automatisé des infractions) pour une amende non réglée. »

« Les arnaqueurs récupèrent les informations personnelles »

Une fois que l’on a cliqué sur le lien dans un SMS comme celui-ci, il va nous être demandé de compléter nos coordonnées et de régler une petite somme d’argent (à ne jamais faire ! ; N.D.L.R.) pour recevoir à nouveau son colis : « À partir de là, les arnaqueurs récupèrent les informations personnelles et savent, entre autres, quel est notre établissement bancaire. »

Quelques semaines ou mois après, les victimes sont contactées par un appel laissant penser qu’il s’agit de leur banque. « Les escrocs ont même la capacité de faire apparaître un libellé sur le numéro émetteur copiant le nom de l’agence bancaire locale de la victime. »

Les arnaqueurs se font passer pour le conseiller bancaire de la victime et lui indiquent qu’elle a une opération dont elle n’est pas à l’origine en attente et qu’il faut agir immédiatement en effectuant des virements vers des comptes précis. Et puis après c’est terminé, c’est trop tard, l’argent est parti vers un compte sur lequel l’arnaqueur va pouvoir récupérer la somme. Alors, le mieux, c’est de casser l’urgence en raccrochant et en rappelant sa banque soi-même de suite pour vérifier.

Cheffe de la brigade financière à la division de la criminalité territoriale de Rennes

Il y a aussi l’arnaque avec le « coursier »

Une autre méthode, mais avec le but d’arnaquer, a pris de l’ampleur depuis près d’un an, c’est celle avec un faux coursier. Nous vous en parlions déjà en juillet 2025 sur actu Rennes. Elle fonctionne de la même manière que le faux conseiller bancaire par téléphone, sauf que dans ce cas, c’est un « coursier » qui doit d’urgence récupérer la carte bancaire et son code auprès de la victime, pour ensuite la détruire.

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Mais, dans les faits, il n’en est rien. Malgré la demande de couper la carte en deux, la puce n’étant pas atteinte, les fraudeurs réalisent directement des retraits ou achats, notamment de téléphones portables, ensuite envoyés à l’étranger, en particulier au Maroc.

Des mules comme dans le trafic de stupéfiants

« Ici, les arnaqueurs, souvent à l’étranger, recrutent des mules sur Snapchat et Telegram, comme dans le domaine du trafic de stupéfiants, qui réalisent la mission de coursier et de retrait avec la carte bancaire contre quelques dizaines d’euros », détaille la cheffe de la brigade financière, qui ne cache pas que cette partie dépasse de loin la capacité du service rennais.

Toutefois, en ce qui concerne les mules, la police arrive raisonnablement à les retrouver, à travers la téléphonie et la récupération des vidéos des caméras aux distributeurs automatiques de billets.

« Il faut casser l’urgence »

Dans tous les cas, les arnaqueurs vont jouer sur la sensibilité émotionnelle des victimes. « D’abord, grâce à toutes les données récupérées, elles arrivent à trouver des informations qui rassurent les victimes. Par exemple, elles vont réussir grâce aux réseaux sociaux ou aux opérations sur le compte qu’elles voient avec un partage d’écran invisible pour la victime à évoquer les dernières dépenses effectuées. C’est du hacking de haut vol. »

Autre élément à prendre en compte, les escrocs mettent de l’urgence et beaucoup de rythme dans l’échange afin que ceux qui sont en train de se faire avoir par téléphone trouvent la chose oppressante et agissent immédiatement sans réfléchir : « Les victimes nous disent qu’elles se sont senties comme hypnotisées. Des fois, les appels peuvent durer jusqu’à 1h30 ou 2 h. Il faut casser l’urgence, raccrocher pour appeler directement son agence bancaire soi-même. »

« Il faudra bien que les banques finissent par rembourser »

Car, une fois que le mal est fait, les personnes galèrent à récupérer les fonds volés. « Quand les personnes se rendent très rapidement compte de la supercherie et au vu de la somme, la banque va demander un retour de fonds. Quand il s’agit de virements instantanés, qui plus est validés par la victime, il n’y a pas de remboursement. Mais il faudra bien qu’il y ait un jour jurisprudence et que les banques finissent par rembourser leurs clients de ces arnaques », estime la cheffe de la brigade financière au commissariat de Rennes.

Ce qu’il ne faut pas faire

En attendant, elle veut rappeler qu’il ne faut jamais cliquer sur un lien dans un SMS inattendu et toujours vérifier l’adresse mail précise si tel est le cas et le lien vers une page internet : « Très souvent, il y a des choses incohérentes dans ces informations. »

La police rappelle aussi de bien lire les messages de prévention et de recommandation des banques qui s’affichent souvent au moment de se connecter à ses comptes et qui stipulent que jamais un banquier ne vous demandera d’informations personnelles par téléphone et encore moins les identifiants et codes ou mots de passe d’accès à vos comptes.

Il a forcément accès aux informations bancaires utiles de son côté. « Tout comme il est très peu probable qu’un conseiller vous contacte en dehors des horaires d’ouverture de la banque, comme en soirée ou un dimanche par exemple. »

Sur l’année 2025, ce sont 177 plaintes que la police de Rennes a enregistrées au sujet de ces arnaques. C’est presque un tiers qui ont été enregistrées sur les deux premiers mois de l’année en 2026. « C’est un phénomène national auquel tout le monde doit bien prêter attention », insiste la cheffe de la brigade financière de Rennes.

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