Par

Ovale Masqué

Publié le

16 mars 2026 à 18h42
; mis à jour le 16 mars 2026 à 21h49

Pour une fois, le terme « à couper le souffle » n’est pas galvaudé. Samedi soir, sous les coups de 23h, nous étions tous dans le même état que Louis Bielle-Biarrey après un sprint de 80 mètres. Sauf que nous, si on avait envie de vomir, c’était pour les mêmes raisons que Simon Jérémy dans la Cité de la Peur.

HYPER CONTENT !
HYPER CONTENT ! (©France 2)

Ce France-Angleterre, en clôture du Tournoi des 6 Nations, n’était même pas un vrai match de rugby. On aurait dit un spectacle généré par une IA qui on aurait demandé « invente un truc pour faire exploser le nombre de licences en France stp ». On a tout eu : du jeu, des essais spectaculaires, une dramaturgie tellement incroyable qu’on pourrait écrire une série télévisée de 3 saisons pour raconter ce match. Il faut d’ailleurs être honnête et prévenir ceux qui regardaient ce sport pour la première fois samedi : non, ce n’est pas toujours comme ça. Le rugby, c’est aussi des rencontres entre Bayonne et Montauban dans la boue, ou une impasse de Clermont-Ferrand à Toulouse un dimanche soir. C’est même d’ailleurs plus souvent comme ça.

À bien des égards, le match de samedi n’avait rien de rationnel. Déjà parce qu’il nous a permis de voir des Anglais qui jouent bien au rugby. Pire, des Anglais qui jouent bien au rugby et qui auraient très largement mérité de gagner, ce qui ne manquera certainement pas d’ironie si vous avez déjà quelques dizaines de Crunchs au compteur, et les quelques désillusions qui vont avec.

France - Angleterre, le mythe décisif.
France – Angleterre, le mythe décisif. (©France 2)

Évidemment, il ne faudra pas se leurrer sur cette performance des Bleus et cette victoire miraculeuse. C’est désormais un fait établi, la France possède l’attaque des Fidji, la mêlée de l’Australie et la défense de la Namibie. Ce sera très certainement un problème dans le futur. Mais il n’est pas encore l’heure de chercher à le régler. D’abord, savourons et célébrons. Célébrons cette équipe qui a remporté son troisième Tournoi des 6 Nations en 6 ans. Savourons ce nouveau Pas-Grand-Chelem qui en vaut peut-être un ou même deux, car gagner une édition aussi dense, où tout le monde pouvait battre tout le monde, c’est peut-être plus beau et plus fort que distribuer cinq dérouillées à la suite. 

Ces moments-là sont rares et il ne faut pas s’y habituer. On ne sait jamais s’ils vont durer. Regardez ces pauvres Gallois qui, après avoir gagné 5 tournois en 13 ans, célèbrent aujourd’hui une victoire à domicile contre l’Italie comme une victoire à la Coupe du monde. Le pire peut toujours revenir dans nos vies. Philippe Saint-André peut revenir, lui aussi, comme Palpatine dans Star Wars.

Plutôt se faire une auto-Jégou que revivre les années PSA.
Plutôt se faire une auto-Jégou que revivre les années PSA. (©France 2)

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Dans ce compte rendu, vous ne trouverez donc pas d’analyse complexe, de critique sévère ou de solutions toutes faites pour qu’on puisse enfin gagner la Coupe du monde  en 2027 – de toute façon je ne sais pas faire, et vous pouvez trouver tous les plus grands esprits du rugby sur Twitter si c’est ce que vous recherchez. Je vous propose juste de revivre cette soirée, heure par heure, minute par minute, pour prolonger le plaisir.

Et prolonger l'agonie des Anglais, aussi, un peu.
Et prolonger l’agonie des Anglais, aussi, un peu. (©France 2)La compo

Retrouvez là ici.

Le film du match 

20h30

Exceptionnellement, le JT de France 2 est en partie amputé pour laisser place au grand événement de la soirée. Allez, Laurent Delahousse, ça dégage ! À la place on aura Vincent Clerc, et que ce soit journalistiquement ou au niveau du brushing, on n’y perd pas tant que ça. Surtout, pendant 3h, on va pouvoir se couper du monde et de sa folie, ne plus penser à la guerre au Moyen-Orient, aux municipales ou au plein d’essence qui coûte 100 boules, soit le même prix que le maillot délavé collector du XV de France. Enfin ça c’est si vous ne faites pas partie des influenceurs à s’être fait arroser par Adidas –  vous comprendrez derrière l’amertume de ce commentaire que ce n’est pas mon cas. En même temps je ne me fais plus d’illusion sur mon influence, je sais bien que mon audience à la même moyenne d’âge et à peu près la même sociologie que le public d’un concert de Vincent Delerm.

Heureusement, une grande partie des gens viennent juste pour voir des GIFs de Ramos qui fait des têtes marrantes.Heureusement, une grande partie des gens viennent juste pour voir des GIFs de Ramos qui fait des têtes marrantes. (© France 2)

20h35

France 2 nous permet de revivre la semaine du XV de France à Marcoussis avec un petit reportage. On aperçoit tout le staff technique : Fabien Galthié, Patrick Arlettaz, les kinés, les analystes vidéo, les cuisiniers, le chauffeur du bus. Bizarrement, Shaun Edwards n’apparait jamais.

À noter également, les Bleus ont reçu la visite de Philippe Lacheau, venu détendre l’ambiance et partager quelques conseils issus de sa précise expérience de cinéaste engagé. Reste à voir si « chier dans l’en-but » ou « faire rentrer Chantal Ladessous à l’aile pour déconcentrer les Anglais » seront des tactiques retenues par Fabien Galthié.

Alors cet exercice là par contre, je sais pas s'il sort d'un film de la bande à Fifi ou si c'est un sport dans Kaamelott.
Alors cet exercice là par contre, je sais pas s’il sort d’un film de la bande à Fifi ou si c’est un sport dans Kaamelott. (©France 2)

20h45

On s’approche du coup d’envoi, la pression monte ! Fabien Galthié est interviewé par Hélène Macurdy. Comme souvent, on sent le sélectionneur tendu, déjà dans son match, il n’a aucune envie d’être là et il fait de son mieux pour ne pas le cacher. La journaliste lui demande « comment ça s’est passé la semaine dernière à Cardiff ? ». « À Cardiff,  ça s’est bien passé », répond le sélectionneur, qui ne se laisse pas décontenancer mais qui se dit qu’on aurait pu le prévenir qu’il participait aux Rencontres du Papotin.

On a beau avoir l'habitude, ça surprend toujours.
On a beau avoir l’habitude, ça surprend toujours. (©France 2)

20h50

Pour ce 120e Crunch historique, la Fédération Française de Rugby a décidé de mettre les petits plats dans les grands en nous proposant un spectacle d’avant-match exceptionnel. En exclusivité, les journalistes d’investigation d’Actu Rugby ont enregistré et restitué  la conversation entre le président de la FFR, Florian Grill, et l’agence d’évènementiel chargée de la réalisation de cette cérémonie :

— Oui monsieur Grill, c’est tout à fait dans nos cordes ! On peut vous proposer la formule premium, façon cérémonie d’ouverture des JO, ça vous irait ?

— Euh c’est -à -dire que… les caisses de la fédé sont un peu vide, vous savez… c’est à cause de Bernard Laporte, hein, moi je suis un gestionnaire sérieux… puis bon de toute façon, Katerine à poil et les drag queen, j’ai peur que ça passe mal avec une partie de notre public…

— Oui oui, pas de problèmes Monsieur Grill, nous proposons aussi une formule économique pour les petits budgets, un peu plus cheap, façon Coupe du monde 2023. Je crois que Dujardin est sur un tournage en ce moment, mais on peut peut-être vous avoir Gille Lellouche dans le rôle d’un charcutier hâbleur de Ménilmontant.

— C’est quand même un peu vieillot comme imagerie, non ? Vous avez pas quelque chose de plus dans le style guerre de 100 ans ? Pour marquer l’histoire de la rivalité franco-anglaise ? Un truc épique à la Ridley Scott !

— Vu votre budget, Ridley Scott c’est jouable, mais alors plus la pub Quézac que Gladiator peut-être. Que diriez vous d’un petit truc style Puy-du-Fou ? Ou même ambiance bannière de profil Twitter de PatrioteDu85 ? On peut vous mettre de lourds chevaliers médiévaux, des aigles, des grandes croix enflammées partout. Si vous voulez on peut même projeter un message dans le ciel un message en hommage à Q…

— Non non non non, trop politique ! Mettez juste des canassons, des gosses qui jouent au rugby, un vilain anglais qui se fait plaquer, un truc bon enfant, que personne se foute de notre gueule sur les réseaux, d’accord ?

Game of Thrones version France 3 Midi-Pyrénées.
Game of Thrones version France 3 Midi-Pyrénées. (©France 2)

— Pas de problèmes Monsieur Grill. On va ajouter un petit poème de Kipling avec le tout, ça plait à tout le monde ça, c’est un peu le Coldplay de la poésie ! Et je vous remet quand même le coq de la cérémonie d’ouverture de 2023 ? Ça fait 2 ans qu’il bosse plus, le pauvre.

—  Ça lui fait un point commun avec notre entraîneur de la défense, mais non merci ça ira. On va prendre Michalak, lui aussi ça fait deux ans qu’il branle rien au Racing.

Petite dédicace à Bruno Salomone au passage, le meilleur Nous c Nous donc logiquement celui parti en premier.
Petite dédicace à Bruno Salomone au passage, le meilleur de Nous c Nous donc logiquement celui parti en premier. (©TF1)

21h10

Ah mais au fait, y’a un match de rugby à jouer ! On a l’impression qu’il est déjà 23h, on s’attendait presque à voir Léa Salamé débarquer et interviewer Fabrice Luchini sur son énième film à la con où il se joue lui-même. Mais non, les joueurs entrent enfin sur le terrain, emmenés par Sam Underhill, mis à l’honneur à l’occasion de la journée internationale contre le racisme anti-orc.

On sent les Anglais remontés à bloc par le discours de Saroumane dans les vestiaires.
On sent les Anglais remontés à bloc par le discours de Saroumane dans les vestiaires. (©France 2)

C’est Fin Smith qui donne le coup d’envoi, et la première chose qui nous saute aux yeux, c’est que rien ne nous saute aux yeux. Ce soir, ce sont les Blancs contre les Blancs, on ne sait pas vraiment si on est aux Jeux Olympiques d’hiver ou dans un rêve humide de David Gérard. Il va nous falloir un peu de temps d’ajustement pour tout comprendre.

D’ailleurs, même les Bleus Pâles n’ont pas l’air de comprendre grand chose. Dès les premières secondes du match, on manque d’assister à un revival de la Damien Trouillade de la demi-finale de la Coupe du monde 2007. Une belle façon de raviver des vieux traumatismes d’entrée. Heureusement, l’essai d’Atkinson est refusé pour un en-avant de Freeman. 

De toute façon une Attissogbade ça sonne pas bien, on dirait un nom d’ailier du Stade Français.
De toute façon une Attissogbade ça sonne pas bien, on dirait un nom d’ailier du Stade Français. (©France 2)

Ce premier frisson n’entame pas l’enthousiasme des Bleus, qui obtiennent leur premier ballon d’attaque après un bel arrachage de Cros. Derrière, Ramos enclenche le cheat code COUP DE PIED À SUIVRE dans le couloir Louis Bielle-Biarrey. Hélas, le ballon termine directement en touche. En tout cas pas mal la tactique, à votre avis ils vont la retenter ce soir ?

5e minute

Toujours 0m ballon en main pour Dorian Aldegheri sur ce Tournoi, qui se casse cette fois les dents sur M. Amashukeli. 

Les mauvaises langues diront que c’est une habitude pour lui de reculer face à des Géorgiens. 
Les mauvaises langues diront que c’est une habitude pour lui de reculer face à des Géorgiens. (©France 2)

6e minute

Les Bleus profitent d’une faute pour aller jouer dans le camp adverse. Après une belle avancée de Matiu au centre du terrain, les Batman et Robin français, Jalibert et Ramos, prennent le jeu en main. La suite, vous la connaissez : COUP DE PIED À SUIVRE ! En même temps pourquoi arrêter quand ça marche à chaque fois ?

Comme pour les films de Jackie Chan dans les années 80, je me dois de préciser que les images n’ont pas été accélérées.
Comme pour les films de Jackie Chan dans les années 80, je me dois de préciser que les images n’ont pas été accélérées. (©France 2)

LBB crame tout le monde à la course et colle même un raffut à Attissogbe au cas où. Et ça fait déjà 7-0.

Il a vu un mec en blanc avec des tresses, il a dû croire que c'était Paul Sackey.
Il a vu un mec en blanc avec des tresses, il a dû croire que c’était Paul Sackey. (©France 2)

9e minute

En voyant ça, on peut se dire qu’on est invincibles et que cette soirée va se dérouler sans accroc. Or, il y avait quelque chose qu’on avait pas  tout à fait prévu : les Anglais essayent de jouer au rugby, sans doute pour la première fois depuis la demi-finale de la Coupe du monde 2019. Et en plus, ils savent le faire ! Qui aurait pu prédire ? Autant contre l’Écosse, fallait être con pour se faire avoir, mais là, c’est vraiment surprenant. Après un mouvement d’attaque limpide, Roebuck est décalé sur son aile et répond quasi-instantanément à son vis-à-vis, qui semble d’ailleurs aux fraises défensivement, mais pas tellement plus que Dupont. En bref, tout le monde fait n’importe quoi, ça promet une soirée sympa. Smith rate la transformation, 7-5.

Roebuck déter.
Roebuck déter. (©France 2)

12e minute

Sur le renvoi, les Anglais se remettent instantanément sous pression en commettant un en-avant. Et on retrouve notre XV de France impitoyable : sur la mêlée qui suit, Jalibert hérite du ballon. Le maestro identifie l’espace dans le dos de la défense anglaise et ajuste un coup de pied aussi suave que la voix d’un crooner pour offrir un doublé à LBB. 14-5.

Deux bordelais qui brillent dans un match décisif au Stade de France, profitez, ça n'arrive pas si souvent.
Deux Bordelais qui brillent dans un match décisif au Stade de France, profitez, ça n’arrive pas si souvent. (©France 2)

18e minute

Le match se poursuit sur un rythme toujours aussi élevé et ce sont encore une fois les Anglais qui imposent le tempo. En même temps, y’a pas un Français pour mettre le nez dans un ruck, donc forcément ça fluidifie le jeu. Les Perfides enchaînent les phases et pénètrent dans les 22 bleus. Pas plus cons que les autres, eux aussi connaissent l’existence des coups de pied rasants. Ben Spencer en tape un dans l’en-but. Sous pression, Attissogbe se troue à nouveau, et cette fois ce n’est pas sans conséquence : Cadan Murley est là pour marquer un essai de chacal et ramener son équipe au contact. Heureusement, Fin Smith n’en met toujours pas une, 14-10.

Dire que Lartot n'a pas eu l'occasion de caler sa vanne « Il est décalé Cadan ».
Dire que Lartot n’a pas eu l’occasion de caler sa vanne « Il est décalé Cadan ». (©France 2)

22e minute

On continue à se rendre coup pour coup. En fait, ce n’est pas un match du Tournoi des 6 Nations, c’est une kermesse de fin d’année au CE1. Tout le monde fait plus ou moins n’importe quoi et essaye de briller pour faire plaisir à papa et maman assis dans les gradins. Franchement, je ne serai même pas étonné de voir Meafou tenter une rondade.

Beach rugby Marcoussis.
Beach rugby Marcoussis. (©France 2)

Sur une séquence, les Bleus enchaînent une série d’aufelodes comme une équipe de Sonny Bill Williams sous extasy. Puis Jalibert tente… UN COUP DE PIED À SUIVRE ! Pour lui-même cette fois, de temps en temps il faut aussi penser à sa gueule. Le pire, c’est que ça marche presque à nouveau, mais Murley réussit à aplatir in extremis avant de se faire chiper le ballon. On revient néanmoins à une pénalité, et on se dit que ce serait une bonne idée de souffler un peu, Ramos la prend. C’est réussi, 17-10.

On notera aussi enfin le retour du GRAND Maro Itoje, qui se prend Meafou lancé comme un train et bouge à peine.
On notera aussi enfin le retour du GRAND Maro Itoje, qui se prend Meafou lancé comme un train et bouge à peine. (©France 2)

25e minute

On avait presque l’impression d’assister à un match de rugby à XIII avec toute cette vitesse et toutes ces passes. Mais rassurez-vous, le bon gros rugby de bourrins préhistoriques n’est pas encore mort. La preuve avec les Anglais qui décident de faire un ballon porté à 15 .

Là, clairement, on est plus sur une ambiance CA Bègles que UBB.
Là, clairement, on est plus sur une ambiance CA Bègles que UBB. (©France 2)

La machine infernale est arrêtée près de la ligne, mais après une séquence de pilonnage, Chessum va franchir en force pour l’égalisation. Ce troisième ligne anglais, certes moins flashy qu’un Pollock, est un pur objet de cauchemar. Imaginez une sorte de Pascal Papé, mais encore plus roux, plus rouge et plus méchant, élevé au bœuf à la menthe et aux stéroïdes. Brrr.

Le Grand Rouquin blanc.
Le Grand Rouquin blanc. (©France 2)

30e minute 

Jusque-là, on était sur une belle bagarre de saloon, où tout le monde s’envoie des grands moulinets dans la gueule avec enthousiasme, comme dans un film de Bud Spencer et Terrence Hill. Mais subitement, on part sur un autre type de combat, beaucoup moins équilibré, où un boxeur complètement cramé se fait acculer et tabasser contre les cordes. Et ce boxeur, c’est la France.

On se croirait téléportés à Murrayfield il y a une semaine : la défense a l’air perdue, à l’image de Marchand qui se retrouve inexplicablement au centre et se fait enrhumer par Freeman. Antoine Dupont est lui probablement parti sur le tournage d’une énième publicité, vu qu’il est en retard sur tous les rucks. Enfin, la mêlée est nulle, mais bon ça je crois qu’il va falloir apprendre à vivre avec, ou rejoindre les manifs de l’Australie et la Nouvelle-Zélande qui demandent à la faire interdire.

Pendant ce temps, Fred Godard fait ce que tous les réalisateurs français font depuis l'invention du cinéma : des gros plans gratuits sur des tétons.
Pendant ce temps, Fred Godard fait ce que tous les réalisateurs français font depuis l’invention du cinéma : des gros plans gratuits sur des tétons. (©France 2)

Forcément, la sanction finit par arriver. Après un nouveau ballon porté dans les 22 français, Spencer joue toujours aussi juste et envoie une grande sautée sur l’aile occupée par Chessum. En plus d’être énorme et effrayant, il a des mains, et sert Coles à son intérieur pour essai imparable. 

On est sûrs que c'est la même équipe qui a joué les 4 premières journées ?
On est sûrs que c’est la même équipe qui a joué les 4 premières journées ? (©France 2)

Les Anglais passent donc devant. Et alors que le ballon chute du tee sur la transfo, Fin Smith le ramasse… et claque un drop toute en décontraction, comme un putain de beau gosse. Là, c’est l’insulte de trop. On peut accepter que les Anglais soient plus forts que nous. mais qu’ils soient plus cools que nous ? Ça, c’est intolérable. En plus, Smith profite d’une faute française pour agrandir l’écart quelques secondes plus tard. 17-27. A ce stade, c’est donc l’Irlande qui gagne le Tournoi des 6 Nations. Vous imaginez vous, Sam fucking Prendergast soulever la Coupe avec ses bras tout maigres ?

Désormais, le rugby international a deux Finn trop stylés.
Désormais, le rugby international a deux Finn trop stylés. (©France 2)

40e minute

Messieurs les Anglais, tirez les premiers, blabbla. Et quand ils tirent, ils aiment souvent viser leurs propres pieds. Alors qu’ils auraient pu rentrer tranquillement au vestiaire avec 10 points d’avance, les Sujets de sa majesté commettent deux fautes consécutives. Les Bleus, plutôt que de prendre les points, décident de taper en touche avec panache. On part sur un ballon porté, effondré par les Anglais tout près de la ligne. La bande à Toto tente d’aller marquer sur l’avantage, sans succès.

Mais M. Amashukeli fait appel à la vidéo pour revoir le maul. Et là, alors qu’on n’avait rien demandé, c’est Noël ! Faute sifflée contre Ellis Genge, carton jaune et essai de pénalité. Comme ça, du premier coup ! Franchement, c’est la même sensation que quand tu vas pour jeter le paquet de Shockobons à la poubelle et que tu te rends compte qu’en fait, il en restait deux à l’intérieur. Allez, on prend !  24-27.

Genge aura donc probablement fait perdre son équipe parce qu’il avait envie de faire une prise de judo à Aldegheri, comme ça, gratuitement. On peut donc dire que Doudou aura été décisif dans cette victoire. Genge aura donc probablement fait perdre son équipe parce qu’il avait envie de faire une prise de judo à Aldegheri, comme ça, gratuitement. On peut donc dire que Doudou aura été décisif dans cette victoire.  (©France 2)

41e minute

Après la pause, les Bleus reviennent avec des intentions. Et avec Mickaël Guillard, qui ne sera pas de trop contre des Anglais qui ont globalement dominé les débats physiquement.

8 à lunettes, nous en met plein les mirettes.
8 à lunettes, nous en met plein les mirettes. (©France 2)

Ce qui ne sera pas de trop non plus, c’est un Antoine Dupont qui se souvient qu’il est le meilleur joueur du monde. D’entrée de jeu, il fait la différence et sert Moefana dans l’intervalle. Le trois-quarts sert Attissogbe, qui élimine un joueur et trouve Charo Livon à l’intérieur. Fin Smith réussit à le plaquer pour l’empêcher de faire gonfler ses stats d’essais d’ailier, mais Ollivon réussit malgré tout à relever le ballon pour Dupont qui dégaine une passe laser pour le triplébébé. Là, oui, d’accord. Sur les 17827 essais marqués lors de ce Tournoi de déglingos, je crois que celui-là, c’est peut-être mon préféré. Et voilà les Bleus qui repassent devant, 31-27.

Pas mal non ? C'est français.
Pas mal non ? C’est français. (©France 2)

48e minute

Au tour des Anglais d’être dans les cordes. Les fautes s’enchaînent (dont une incroyablement conne à ce niveau : une pénalité pour être parti devant sur un coup d’envoi) et les mangeurs de grenouilles en profitent pour appuyer là où ça fait mal. Ça tape fort dans l’axe, ça avance, ça sort vite les ballons. On est rapidement sous les poteaux, et les Britons sont encore à la faute. Là, on retrouve définitivement le vrai Dupont, celui qui ne veut pas y passer la journée. Pénalité vite jouée, passe interminable jusqu’à l’aile d’Attissogbe et nouvel essai. Attissogbe, c’est donc 10 essais en 13 sélections, une stat que tout le monde trouve franchement bof, car LBB existe. 38-27.

Toto a même pris la réal de vitesse.
Toto a même pris la réal de vitesse. (©France 2)

50e minute

Voilà une supériorité numérique rondement menée. En 11 minutes, les Anglais sont passés de +10 à -11. Le genre de coup derrière la nuque qui devrait suffire à les calmer pour de bon. Mais aujourd’hui, le XV de la Rose est comme Tintin : il a beau se faire assommer 8 fois par un coup de gourdin, un mouchoir au chloroforme ou une branche d’arbre qui tombe du ciel, il se réveille toujours et revient à la charge.

Et c’est encore ce diable d’Ollie Chessum qui sonne la révolte. Le gigaroux lit parfaitement bien une passe de Jalibert et intercepte le ballon avant de finir (pas) sous les poteaux. Une action qui nous fait dire que finalement, Thomas Ramos est un humain et qu’il a quelques défauts. Certes, il a une vision du jeu exceptionnelle, un mental d’acier, une technique au pied digne d’un Ballon d’Or. Par contre, il est probable que dans un bon jour, vous puissiez le taper sur un 100 mètres. 

CHEH ! SEUM !
CHEH ! SEUM ! (©France 2)

38-32. Chessum est fort, mais heureusement il est aussi très con et n’a pas pensé une seule seconde à se rapprocher des poteaux pour faciliter la vie de Fin Smith, qui rate une nouvelle transformation. 

Non mais arrêtez de le huer à chaque apparition, vous voyez bien qu'il aime ça et que ça remplit sa barre de vie.Non mais arrêtez de le huer à chaque apparition, vous voyez bien qu’il aime ça et que ça remplit sa barre de vie. (©France 2)

56e minute

On pensait que c’était terminé, mais le week-end des promos en folies continuent chez le XV de France. 1 entrée dans les 22m = 1 essai offert, franchement ce serait dommage de se priver. Après une grosse action anglaise qui dure plus de 17 phases, Marcus Smith, qui vient de rentrer en jeu, hérite du ballon.

Et oui, ce soir on a Matthieu Jalibert, le petit Justin Bieber du rugby, contre Marcus Smith, le petit Billy Crawdford de l’Ovalie. Les faciès sont agaçants, mais les talents fascinants. Le joueur des Harlequins va marquer sur son premier ballon, après avoir effacé Demba Bamba dans un de ses fameux duels improbables que seule cette défense française sait nous proposer. 38-39. Et vous savez quoi ? IL RESTE VINGT PUTAIN DE MINUTES.

Ça fait un mois que le gars sert à rien et forcément il se réveille contre nous.
Ça fait un mois que le gars sert à rien et forcément il se réveille contre nous. (©France 2)

62e minute

Ça chauffe encore après une belle transversale de Fin Smith, qui profite des espaces de la taille de l’espace laissés par la défense française. Les Anglais sont encore dans les 22m quand la combinaison de deux événements magiques se produit : un plaquage de Jalibert et… UN GRATTAGE de Jean-Baptiste Gros ! Vous vous souvenez des grattages ? Vous pensez qu’ils avaient été interdits ? Et bien non, c’est juste qu’on avait la flemme depuis 10 matchs. En tout cas, celui-là fait vachement de bien.

Mais derrière, Ralos se transforme en Deglingos et vient agresser Pollock gratuitement. 

Le fouille-merde ultime.
Le fouille-merde ultime. (©France 2)

Normalement, ce genre de comportement devrait aboutir sur une pénalité. Mais bon, c’est sur Pollock, donc apparemment on a le droit, c’est bon à savoir.

Franchement quand deux têtes de cons légendaires comme ça se rencontrent, on peut juste prendre du popcorn et applaudir les artistes. 
Franchement quand deux têtes de cons légendaires comme ça se rencontrent, on peut juste prendre du popcorn et applaudir les artistes.  (©France 2)

67e minute

Les Anglais sont encore et toujours à l’initiative. Sur une passe du demi de mêlée remplaçant, Cros commet un en-avant (peut-être ou pas volontaire), mais l’arbitre laisse l’avantage. Les Anglais jouent quelques temps de jeu sans vraiment progresser, puis se débarrassent du ballon au pied, sans avoir entendu que l’arbitre venait de mettre fin à l’avantage. Pas de chance pour eux. VRAIMENT pas de chance pour eux. Car voici le retour…  de la French Chatte ! 

Merci François, tu es un peu notre Etzebeth à nous ! 
Merci François, tu es un peu notre Etzebeth à nous !  (©France 2)

Les Français récupèrent le ballon, Dupont arrive et là… ben oui, vous avez deviné, COUP DE PIED À SUIVRE ! Bielle-Biarrey, qui désormais dispose de ses propres starting blocks et ne fait rien d’autre qu’attendre le coup de feu, démarre en trombe. Vous connaissez la suite. Rien n’arrêtera LBB, même pas Van Poortvliet qui ragequit et essaye de se jeter dans ses jambes. 45-39. Comment cet essai a pu exister ? Comment ce match peut exister ? Clairement, rien n’a de sens ce soir.

efbiezbfdziubediuzebdzbdiuebczbeuid (j'ai rien trouvé à dire de plus)efbiezbfdziubediuzebdzbdiuebczbeuid (j’ai rien trouvé à dire de plus) (©France 2)

76e minute

Et c’est toujours pas fini. Le rythme du match chute un tout petit peu, les jeux au pied et les maladresses sont plus nombreux, et c’est une sacrée mauvaise nouvelle pour la France, puisque ça veut dire qu’il va y avoir des mêlées. Bamba est sanctionné et les Perfides reviennent squatter les 22. Les fautes s’enchaînent, et Demba gagne le droit d’aller se doucher en solo et de prendre tout le savon pour lui tout seul.

Sur leur ligne, les Bleus résistent, réussissent à retourner un anglais dans l’en-but pour se donner de l’air. Mais les vagues anglaises reviennent jusque dans les 22m quasi instantanément. Et ça finit par craquer, avec Freeman qui file sous les poteaux. 45-46, C’est plus un score là, c’est la moyenne de poids pris par Posolo Tuilagi après chaque repas en famille.

Par contre tu t'excites peut-être un peu vite mon petit Henry.
Par contre tu t’excites peut-être un peu vite mon petit Henry. (©France 2)

78e minute

Plus que deux minutes à jouer. Il va falloir tenter un truc, même un truc stupide. Surtout un truc stupide. Et pour ça, on peut toujours compter sur Batman et Robin. Ramos envoie Jalibert dans l’intervalle, qui progresse dans le camp anglais.

Franchement, je suis sûr qu'il y a des gens qui vont écrire des fictions érotiques sur cette bromance.
Franchement, je suis sûr qu’il y a des gens qui vont écrire des fictions érotiques sur cette bromance. (©France 2)

Les phases s’enchaînent, avec plus ou moins de vitesse, Antoine Dupont ayant désormais la même démarche que votre grand-oncle de 68 ans qui s’est bloqué le dos en s’obstinant à vouloir courir le marathon. Du coup, Jean-Baptiste Gros est sympa et lui donne un coup de main à la mêlée. Et oui, Serin n’est pas rentré. Gailleton non plus. Auradou, oui par contre,  pour quelques minutes, et on va pas se mentir, comme d’habitude, personne ne l’a remarqué. On essaye donc de gagner des rencontres internationales à 20 contre 23, ça aussi c’est le French Flair.

Les Coqs sont à l’entrée des 22 et ne semblent plus avancer. Pire, sur une charge de Flament, Pollock arrache le ballon ! Le match va donc se terminer comme ça, sur un exploit du mec qu’on voulait absolument pas voir faire un exploit aujourd’hui…

… sauf que comme son pote Chessum, Pollock est très fort. Mais il est surtout très bête ! Dans son enthousiasme, le gamin tente une relance et une passe impossible qui termine au sol, ce qui permet à la France d’avoir une dernière munition avec une minute à jouer.

Franchement c'est presque du niveau de la Yionelade de Beauxis en 2018, merci pour ce moment.
Franchement c’est presque du niveau de la Yionelade de Beauxis en 2018, merci pour ce moment. (©France 2)

On a maintenant bien reculé dans le camp anglais. Il y a 50 mètres à faire et il va falloir prier pour un miracle, ou sur le fait que les Anglais soient VRAIMENT très cons et fassent une faute. Et bien devinez quoi ? M. Amashukeli lève le bras. Dupont veut jouer l’avantage, mais Ramos le ramène à la raison et lui dit : « laisse petit, papa s’occupe de tout ».

Le mec a un 6 Nations au bout du pied, et il se marre.
Le mec a un 6 Nations au bout du pied, et il se marre. (©France 2)

Au moment où le coup de sifflet a résonné, on savait tous que c’était gagné. Si un terroriste me kidnappait, me ligotait, me braquait avec un fusil et me disait : « tu dois choisir un joueur pour réussir une pénalité à 50m. Mais s’il rate, je t’exécute », je choisirais évidemment Thomas Ramos et je ne transpirerais pas une seule seconde. Maro Itoje tente bien de déconcentrer le buteur en allant chercher les embrouilles, mais c’est sans espoir.

à un moment j’ai même cru qu’il allait faire une Sénégal à la CAN en quittant le terrain, mais Ramos est imperturbable.
A un moment j’ai même cru qu’il allait faire une Sénégal à la CAN en quittant le terrain, mais Ramos est imperturbable. (©France 2)

Ramos s’élance, et bien sûr, passe la pénalité sans trembler. Le XV de France l’emporte sur le score absurde de 48 à 46. Et surtout le XV de France réalise le BACTOUBAC, le premier depuis les années 2006 et 2007.

Que les couilles de Ramos soit le sujet de discussion de tout un pays depuis ce week-end, ça doit être un peu gênant pour lui par contre.
Que les couilles de Ramos soit le sujet de discussion de tout un pays depuis ce week-end, ça doit être un peu gênant pour lui par contre. (©France 2)

Que dire après ça ? Que pour faire un match de légende, il faut être deux, alors bravo aux Anglais d’avoir joué le jeu. À l’image de ce brave Henry, cette équipe est encore bien jeune et elle risque de pas mal nous emmerder dans les années à venir. Tant mieux, ça veut dire qu’on a encore quelques Crunchs mémorables à venir. 

Si on veut continuer à en gagner, on a intérêt à bosser , et peut-être aussi à trouver deux-trois autres tours dans notre sac que le COUP DE PIED À SUIVRE. Mais encore une fois, ce n’est pas le moment d’y penser. Comme d’habitude, la déprime post-Tournoi va rapidement arriver. La vie va reprendre le dessus, l’actualité déprimante aussi, puis il y aura le Tournoi féminin et là c’est même pas la peine d’espérer battre les Anglaises.  Alors profitons !

A l'année prochaine !
A l’année prochaine ! (©France 2)

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